Da Vinci Code (Dan Brown) : le secret du féminin sacré dans la Bible, la Joconde est la déesse Isis

Da Vinci Code (The Da Vinci Code) est un roman écrit par Dan Brown en 2003, et composant le deuxième volet de la trilogie Robert Langdon. Le titre de la première édition francophone était Le Code de Vinci. Il fut adapté au cinéma en 2006 par Ron Howard. Best-seller, le livre s’est vendu à 86 millions d’exemplaires dans le monde (janvier 2010).

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Marie Madeleine, incarnation de la Déesse-Mère

En 2003, l’écrivain américain Dan Brown développe dans le roman Da Vinci Code (86 millions d’exemplaires vendus en 2010), la thèse d’un secret vieux de 2000 ans caché par l’Église catholique. Jésus aurait été marié à Marie Madeleine. Après la crucifixion, elle se serait installée dans le sud de la France afin de protéger leur fille Sarah de la persécution romaine. Depuis 1099, les membres du Prieuré de Sion, fondé par Godefroy de Bouillon, seraient chargés de protéger les descendants de Sarah c’est-à-dire le Saint Graal ou Sang Réel. Ces initiés maintiennent aussi vivace l’enseignement ésotérique du culte de la Déesse Mère dont Marie Madeleine serait une incarnation.

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L’épouse du Christ

Le cœur de la thèse de Dan Brown est l’affirmation selon laquelle Jésus et Marie-Madeleine étaient mariés, et ont engendré la lignée royale mérovingienne qui a survécu en secret jusqu’à nos jours. Pour garder et perpétuer ce secret, une mystérieuse organisation se serait mise en place, héritière des Templiers : le Prieuré de Sion. Elle aurait comme ennemi le Vatican dont le bras armé actuel serait l’Opus Dei. L’Eglise catholique romaine, ainsi que l’Opus Dei, auraient œuvré pour nous cacher la vérité, non seulement le rôle majeur joué par Marie Madeleine dans la transmission de l’enseignement de Jésus, mais encore sur le mariage du Christ et de sa «disciple préférée».

Robert Langdon explique à Sophie :

« Selon le Prieuré, l’empereur Constantin et ses successeurs masculins ont substitué au paganisme matriarcal la chrétienté patriarcale. Leur doctrine diabolisait le Féminin Sacré et visait à supprimer définitivement de la religion le culte de la déesse. » (page 227).

L’Eglise de Marie-Madeleine : l’utérus de la Femme Sacrée

Jésus n’aurait donc pas demandé aux apôtres et tout spécialement à Pierre de bâtir son Église, mais à sa femme et à ses enfants. Le Saint-Graal ne serait autre chose qu’un symbole de la Femme Sacrée, un vase renvoyant métaphoriquement à l’utérus féminin. Adorer Dieu serait adorer la Femme. L’Eglise catholique romaine telle que nous la connaissons et le catéchisme qu’elle dispense ne seraient qu’une imposture, basée sur la dissimulation de faits.

Le Sang Réel du Saint Graal

Le véritable Saint-Graal n’était pas le calice de la Cène, mais Marie-Madeleine elle-même qui, en tant qu’épouse de Jésus et mère de leur fille Sarah, d’une part assura la transmission de la lignée de Jésus aux souverains mérovingiens régnant sur la France, et d’autre part fut la personne mortelle que Jésus prit pour diriger son Église. Les indices révélant que Marie-Madeleine est le Saint-Graal sont dissimulés dans La Cène et dans d’autres tableaux de Léonard de Vinci, un des « grands maîtres » du Prieuré de Sion, comme l’indiquent les Dossiers Secrets de la Bibliothèque nationale de France.

Mona Lisa est la déesse-mère Isis

Le peintre Léonard de Vinci, en son temps chef du prieuré, aurait mis dans ses peintures des symboles codés de ce secret. La déesse Isis, autre incarnation de cet Éternel féminin, est citée çà et là au cours de l’intrigue. Le tableau La Joconde serait une représentation d’Isis. Mona Lisa porterait au cou un pendentif, seulement visible par rayon X, représentant Isis (chapitre 40). De plus, le nom Mona Lisa serait l’anagramme de Amon L’Isa, une expression qui révélerait que le dieu égyptien Amon a pour contrepartie féminine Isa, variante pictographique d’Isis (chapitre 26).

L’Isis de Lutèce

Dan Brown cite aussi la légende de la pseudo-statue d’Isis de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés détruite en 1514 (chapitre 19). Toutefois, pour les besoins de l’intrigue, l’église où cette statue était vénérée n’est pas l’abbaye mais l’église paroissiale de Saint-Sulpice qui a pour pittoresque avantage de renfermer, depuis 1743, un gnomon dont la forme s’inspire des obélisques égyptiens. Il est à noter qu’un petit opuscule pseudo-scientifique rédigé en 2011 par Thierry Gallier reprend le thème de l’inspiration égyptienne de la Joconde. Le tableau raconterait par d’ingénieux artifices picturaux le mythe d’Isis et d’Osiris.

Le faux Nouveau Testament

Le Nouveau Testament serait alors la version officielle, fausse, d’une vérité que seuls les livres apocryphes auraient conservée : Jésus est un homme et pas un dieu (le Vatican aurait mis sur pieds cette idée pour se donner du poids), sa femme est Marie-Madeleine; tous deux ouvrent un temps nouveau : l’ère du Verseau, dans laquelle les humains échapperont au pouvoir des dieux et des églises pour vivre de manière autonome.

Quand les dieux régnaient avec les déesses

Le principal thème du roman de Brown est le besoin urgent de retrouver le « féminin sacré », ainsi que le culte renouvelé d’une déesse ou de déesses. Brown, lorsqu’on lui fait remarquer que son roman insiste beaucoup sur le retour au pouvoir des femmes, déclare :

« il y a deux mille ans, le monde était peuplé de dieux et de déesses. Aujourd’hui, seuls les dieux persistent. Les femmes, dans beaucoup de cultures, ont été démunies de leur pouvoir spirituel. Ce roman tente d’expliquer comment et pourquoi ce changement a eu lieu et quelles sont les leçons que nous pourrions en tirer pour le futur. »

Dans une interview donnée sur CNN, le 17 juillet 2003, Brown insista sur cet aspect à plusieurs reprises :

« À cette époque, les gens vivaient dans un monde de dieux et de déesses. À Mars correspondait Athéna, au dieu de la guerre la déesse de la beauté ; dans la tradition égyptienne, Osiris et Isis… Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où il n’y a que des dieux. L’équivalent féminin a été supprimé. ». Il continue : « Il est intéressant de remarquer que le mot « dieu » fait référence au pouvoir et à la crainte alors que le mot « déesse » renvoie davantage à l’imaginaire. »

Afin d’expliquer ce qui, selon lui, pourrait offenser les chrétiens traditionnels qui pourraient se sentir offensés, il déclare :

« Il y a des gens dans l’Église pour qui ce livre est un peu choquant mais la réaction de la grande majorité du clergé et des érudits chrétiens a été positive. » Il continue : « notamment parmi les religieuses qui ont particulièrement apprécié le message féministe contenu dans ce livre. »

Le féminin sacré et Marie-Madeleine

La plus grande partie du Da Vinci Code se passe sur une période d’à peu près un jour, débutant avec le meurtre du conservateur du Louvre. Robert Langdon, symbologiste à Harvard (terme inventé par Brown pour désigner un expert en symboles ésotériques et religieux), aide la police à déchiffrer un message secret laissé sur le cadavre. Sophie Neveu, une jeune cryptologiste séduisante se joint à lui dans ses recherches. Rapidement, le couple devient suspect et tente d’échapper aux autorités. Alors qu’ils essayent de se protéger et de résoudre l’énigme de ce meurtre, ils s’allient à un riche historien fanatique du Saint Graal, Leigh Teabing, connaissance de Langdon.

Poursuivis par les autorités et par un « moine » qui est censé être membre de l’Opus Dei, ce petit groupe d’iconoclastes et de passionnés du Graal voyagent de Paris à Londres. Dans le récit, l’on découvre une série de discours donnés par Langdon ou Teabing sur l’identité du Graal, l’importance de Léonard de Vinci et de sa Cène, sur la vérité au sujet de Jésus et l’Église Catholique. Après quelques détours et retournements obligatoires, Langdon ressent une sorte de manifestation divine sur le lieu supposé où repose Marie-Madeleine : « dans un élan de révérence, Robert Langdon tomba à genoux. Il crut, pendant un moment, entendre la voix d’une femme… la sagesse des temps… chuchotant à travers les gouffres terrestres. » (p. 454)

Marie-Madeleine est le personnage principal du Da Vinci Code (la Marie-Madeleine de la mythologie féministe néo-gnostique). Selon le roman, la « Magdalénienne » fut l’apôtre avec un grand A de Jésus ; le saint Graal, c’est elle. Comme Sandra Miesel le fait remarquer dans le magazine Crisis:

« le livre de Brown est plus que l’histoire de la quête du Graal, il réinterprète complètement la légende du Graal. Ce faisant, Brown renverse l’idée selon laquelle le corps féminin est sur le plan symbolique un « récipient » et crée un récipient à la forme symbolique d’un corps féminin. Celui-ci porte un nom bien connu de tous les chrétiens puisque Brown prétend que le Saint Graal n’était que Marie-Madeleine elle-même. Elle fut le vaisseau qui contint le sang de Jésus-Christ dans ses entrailles lorsqu’elle portait ses enfants. »(« le démantèlement du Da Vinci Code», Crisis, septembre 2003).

Au milieu du roman, Langdon et Teabing font part à Sophie de ce principe. Après lui avoir expliqué que le calice du Saint Graal n’est pas une coupe mais un symbole « des entrailles féminines d’une femme » qui « communique la fertilité et la féminité », Langdon dit :

« Le Graal est littéralement l’ancien symbole de la féminité et le Saint Graal représente le féminin sacré et la déesse, qui bien sûr a disparu de nos jours, car l’Église l’a éliminée. Autrefois, le pouvoir des femmes et leur capacité à donner la vie était quelque chose de sacré, mais cela constituait une menace pour la montée de l’Église majoritairement masculine. Par conséquent, le féminin sacré fut diabolisé et considéré comme sale. Ce n’est pas Dieu mais l’homme qui créa le concept de « péché originel », selon lequel Ève goûta la pomme et fut à l’origine de la chute de la race humaine. La femme qui fut sacrée, celle qui donnait la vie fut transformée en ennemi » (p.238).

Il continue en disant que « l’Église, presque dès le début, avait assujetti les femmes, banni les déesses, brûlé les non-croyants et interdit la vénération du féminin sacré par les païens ».(p.239). Puis, quelques pages plus loin, Teabing dit que « le mariage de Jésus et Marie-Madeleine fait partie du registre historique. » (p.245). Sur ce point, Teabing cite ses sources, Elaine Paigels et son livre à controverses, The Gnostic Gospels (1979). Puis il cite l’Évangile de Philippe, qui décrit le Christ embrassant Marie-Madeleine « sur la bouche », ce qui offensa et contraria les disciples.

Un peu plus tard, Teabing en arrive à ce qui est, clairement, le principal argument de Brown : « Jésus fut le premier féministe. Il voulait être entre les mains de Marie-Madeleine, et ce, pour l’avenir de l’Église » (p. 248). Teabing proclame que cela, ainsi que « le mariage de Jésus avec Marie-Madeleine sont la plus grande dissimulation de l’histoire humaine » (p. 249). Il résume l’ensemble : « La quête du Saint Graal est littéralement la quête pour se mettre à genoux devant les restes de Marie-Madeleine. C’est un voyage dont le but est de prier aux pieds de l’exclue, le féminin sacré perdu » (p. 257).

Le roman s’achève quand Teabing est démasqué en tant qu’instigateur des meurtres et que Sophie s’avère la descendante de l’union de Marie-Madeleine et de Jésus, et donc le « vrai » Saint-Graal fait corps. À la dernière page, un Langdon enfin éclairé fait acte de vénération aux ossements de Marie-Madeleine secrètement enterrés sous la pyramide de verre érigée en 1986 pour servir d’entrée au Louvre.

La description que Brown fait de Marie-Madeleine, la considérant comme l’incarnation du « féminin sacré » est un thème récurrent des ouvrages féministes néo-gnostiques. Leurs auteurs essaient de réécrire l’histoire des débuts de l’Église en se reposant sur des écrits gnostiques comme l’Évangile de St Thomas, l’Évangile de St Philippe, l’Évangile de Marie et une poignée d’autres. Il y a d’autres récits ésotériques, en plus de l’œuvre de Pagel (Holy Blood, Holy Grail), qui font part des mêmes affirmations. Tout cela fait partie d’un intérêt grandissant pour le gnosticisme et pour des formes alternatives de la chrétienté qui apparaissent de façon flagrante dans les médias, à travers des romans, la télévision et le cinéma.

Le renouveau du gnosticisme

Les affirmations faites dans le Da Vinci Code ne peuvent être comprises sans une certaine connaissance des références sur lesquelles s’appuie Brown : une approche néo-gnostique de Jésus, de l’Église primitive et de la chrétienté.

Un concept clé adopté par plusieurs groupes gnostiques, est celui d’un dieu androgyne, d’une divinité qui offrirait un équilibre parfait entre les principes masculin et féminin. Pagel écrit que « certains groupes gnostiques voulaient absolument que le divin soit considéré comme masculo-féminin, le grand pouvoir mâle/femelle. D’autres prétendaient que les termes ne devaient s’entendre que comme des métaphores puisqu’en réalité le divin n’est ni mâle ni femelle. Un troisième groupe soutenait que l’on pourrait décrire la Source première soit en termes masculins soit féminins, selon l’aspect que l’on voulait privilégier ». Elle ajoute : « Les tenants de ces diverses théories acceptaient que le divin devait se comprendre en termes d’une relation harmonieuse et dynamique entre des contraires, un concept qui pourrait ressembler au ying et au yang des Extrêmes Orientaux, mais qui reste étranger au Judaïsme et au christianisme orthodoxes » (The Gnostic Gospels, p.51).

La divinité gnostique est à la fois dieu et déesse et les gnostiques méprisaient les chrétiens qui avaient « supprimé » la nature féminine de la divinité. Dans Da Vinci Code, Langdon chapitre Sophie à ce sujet, lui disant que le « Prieuré de Sion croit que Constantin et ses successeurs mâles réussirent à convertir le monde d’un paganisme matriarcal à un christianisme patriarcal, en lançant une campagne de propagande qui tendait à diaboliser le féminin sacré, oblitérant la déesse à jamais de la religion moderne » (p. 124). Cette suppression, d’après Brown, eut pour conséquence une humanité tordue et déséquilibrée, trop masculine et manquant d’un principe féminin rééquilibrant :

« Les jours de la déesse étaient finis. Le pendule repartit dans l’autre sens. La Terre Mère devint le monde de l’homme et les dieux de la destruction et de la guerre firent de nombreuses victimes. L’ego mâle avait passé deux millénaires sans être freiné par son contrepoids féminin. Le Prieuré de Sion pensait que cette suppression du principe féminin sacré dans la vie moderne avait causé ce que les Amérindiens Hopi appelaient koyanisquatsi ou « vie déséquilibrée », une situation instable marquée par des guerres alimentées à la testostérone, une pléthore de sociétés misogynes et un manque de respect croissant à l’égard de la Terre Mère » (pp. 125-6).

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Les attributs sexuels du divin : gnose et féminin sacré est un document vidéo amateur généraliste qui constitue une bonne introduction sur les qualités divines attribuées au principe féminin.
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