La servante écarlate (film) : GPA biblique au service d’une théocratie chrétienne

Ce roman de science-fiction décrit une réalité possible où la religion domine la politique dans une coalition totalitaire. Il a été adapté au cinéma en 1990 par Volker Schlöndorff.

Synopsis

Dans un futur sombre, peut-être proche, un régime totalitaire nommé Galaad – dont le symbole est une pyramide maçonnique avec l’œil qui voit tout – s’est installé, un régime où les femmes sont considérées comme « en voie de disparition ».

Elles sont divisées en trois classes :

  • Les Épouses, seules femmes ayant du pouvoir, elles dominent la Maison,
  • les Marthas qui entretiennent la maison,
  • et enfin les Servantes écarlates dont le rôle est la reproduction.

Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles,…) sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est en très forte baisse sûrement à cause de la pollution ou des déchets toxiques de l’atmosphère. Les rares nouveau-nés sont souvent « inaptes ».

L’héroïne du roman, rebaptisée Defred, est une Servante écarlate. Elle ne peut pas séduire, son rôle est la reproduction. Elle raconte peu à peu son histoire, se remémore ses moments avec sa famille, Luke,sa fille, Moira,sa mère,… Son unique raison de vivre, ce à quoi elle se raccroche pour ne pas sombrer, ce sont ses souvenirs.

Analyse

Ce film d’anticipation se base sur un thème largement exploité par la S.F. : celui de la fertilité altérée par la pollution.

Gestation Pour Autrui

La majorité des femmes sont stériles et celles qui ne le sont pas sont cloîtrées dans des centres où on les conditionne pour cette seule fonction : donner un enfant aux couples qui ont les moyens de se payer ce service. Lors du viol rituel de fécondation, l’Ancien Testament est lu :

Quand l’esclave Agar donna un fils, Ismaël, au patriarche Abraham et son épouse stérile Sarah.

Dans ce cadre, on suit le destin d’une jeune mère qui, en tentant de fuir l’univers carcéral auquel sa fertilité la condamne inexorablement, perd sa petite fille dans une rafle. Elle est alors enfermée dans un couvent de procréatrices où on la prépare à la gestation pour autrui.

Seuls les hommes donnent  la vie

Dans cet univers, la maternité est niée : c’est le lien génétique avec le père qui importe. On n’adopte pas les enfants mais on s’assure de la transmission des gènes du père à une mère qui n’en a jamais ni le nom ni la fonction. Elle fait office de ventre auquel on arrache définitivement le nourrisson à la naissance. L’enfant est un bien que les pères se procurent et s’attachent en dégradant la maternité au rang de fonction productrice.

«Pourquoi Zeus nous oblige à passer par les femmes pour avoir des fils?» – Eschyle

« Ce n’est pas la mère qui engendre ce qu’on appelle son enfant, argumente-t-il ; elle n’est que la nourrice du germe versé dans son sein ; celui qui engendre, c’est le père. La femme, comme un dépositaire étranger reçoit d’autrui le germe ; et quand il plaît aux dieux, elle le conserve. La preuve de ce que j’avance, c’est qu’on peut devenir père sans qu’il y ait besoin d’une mère ; témoin cette déesse, la fille de Zeus, du roi de l’Olympe. Elle n’a point été nourrie dans les ténèbres du sein maternel et quelle déesse eût produit un pareil rejeton ? » – Oreste le matricide à propos d’Athéna

Épouses et concubines

Les épouses de la haute société ont un sort à peine plus enviable : en proie aux tourments de la jalousie parce qu’elles craignent de déchoir, elles jouent la comédie du bonheur familial pour dissimuler leur hantise de la répudiation.

Les 3 castes féminines

Finalement, dans cet univers d’une violence rare, les hommes qui détiennent le pouvoir gèrent une économie de la femme qui correspond à trois produits différents, selon la dotation de la nature et selon leur classe sociale : reproductrice, épouse-gouvernante ou objet de plaisir sexuel. Les autres sont abandonnées à une survie bien précaire.

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