Matriarcat Agni, Adjoukrou et Fanti (Akans de Côte d’Ivoire et du Ghana) : quand l’héritier choisi est le neveu maternel

Des origines égyptiennes

Les Agnis (ou Anyis) sont un peuple d’Afrique de l’Ouest, surtout présent en Côte d’Ivoire, mais également au Ghana où il constitue l’une des principales ethnies. Les Agnis représentent environ 1 251 339 personnes. Ils ont été le premier peuple du pays à entrer en contact avec les Européens au xviie siècle. Originaire de la vallée du Nil, les Agnis ont gardé le nom de la première tribu attestée à avoir fondé Ta-Mery (La terre bien-aimée, la Basse-Égypte) à savoir les Anis ou Anus originaire de Ta-Khent (La terre du commencement, l’Éthiopie antique), appelée aussi Ta-Neter (La terre divine). Les roi Agnis portaient le titre de Amon, nom du démiurge de la cosmogonie égyptienne: Amon Azénia (XVIe siècle), Amon Tiffou (XVIIe siècle), Amon Aguire (XIXe siècle), etc.

Le Dictionnaire des peuples de Jean-ChristopheTamisier (Larousse, 1998) considère que les Agni ou Anyi appartiennent à l’ensemble de peuples Akan du sud-est de la Côte d’Ivoire. On distingue des sous-ensembles, les Anyi-Sanwi, les Anyi-Ndényé, les Anyi du Moronou. Avec les Abron et les Nzima, les Anyi possèdent les caractéristiques de l’ensemble Akan, à savoir : l’organisation sociale en royaumes, des lignages matrilinéaires bien que certains pouvoirs se transmettent par le père, l’importance religieuse liée à l’ancêtre fondateur du lignage. Les amateurs d’art africain connaissent bien les « sièges noirs », symboles de la légitimité du pouvoir des rois et réceptacles de l’esprit d’un ancêtre. Il faut cependant se garder de grandes généralités car il existe de nombreuses variations. Les Anyi, à l’image de l’ensemble Akan, ont eu une Histoire très complexe, relativement ouverte sur le monde car ils furent parmi les premiers africains de l’ouest en entrer en contacts (dont commerciaux) avec les Européens au XVIIe siècle.

Le neveu, héritier de son oncle maternel

La succession ou l’héritage chez les  Agni N’dénian est matrilinéaire. Les enfants des sœurs sont les héritiers de droit de leurs oncles maternels. Après le décès de l’oncle, une concertation familiale avec les membres de la famille associant hommes et femmes surtout, permettra de désigner l’héritier de droit de l’oncle défunt. Les femmes à cette occasion désignent par lignage et par droit d’aînesse l’héritier. La nature a horreur du vide dit-on, alors il faut trouver un hériter au défunt. Héritier capable de gérer les affaires et les biens de la famille. Il aura pour tâche de veiller sur tout (biens – femmes – enfants…). Une fois l’héritier désigné ou choisi, son intronisation se fait en général un Vendredi Saint (A nan ya) pour respecter la tradition. Il sera alors publiquement présenté à la famille. Suivra alors la cérémonie de saupoudrage suivie de cris et de chants de joie « Ho homo » (ossé yé) pour prouver que ce choix est approuvé.Il faut préciser qu’il n’y a pas de délai imposé pour installer un héritier. En fonction du charisme du défunt, les choses peuvent se précipiter.

Choisir un neveu héritier digne

Les enfants, les femmes du défunt vouent le même respect, la même considération à l’héritier. La nature a horreur du vide dit-on. Sans une autorité coutumière dans un village, les populations sont sans parasol, sans guide et s’interrogent. Devant le vide laissé par le décès du chef, face aux interrogations et aux angoisses des populations, la désignation ou l’intronisation de la nouvelle autorité coutumière s’impose. « Le Roi est mort, Vive le Roi ! » Le choix de la nouvelle autorité est du ressort de la famille régnante. Les Vieilles de la famille vont être consultées. Alors elles vont se concerter pour désigner selon le droit d’aînesse en lieu saint, le neveu qui a droit à la succession, car l’héritage se fait de façon matrilinéaire. Elles désigneront après plusieurs tractations le neveu de l’oncle défunt pour lui succéder. Celui-ci doit avoir certaines qualités reconnues comme la probité, l’intégrité. Il doit être de bonne renommée, respectueux, de bonnes moralités et être un rassembleur d’hommes. Toutes ces vertus sont des qualités essentielles exigées du nouveau chef. Une fois, le choix fait, alors les parents informeront le doyen des chefs de village qui à son tour informera le Roi de la désignation du nouveau chef. Toutes les dispositions seront prises pour la fixation de la date de l’intronisation et de l’organisation de la cérémonie. Le doyen des chefs en collaboration avec le Roi désignera un notable pour former, instruire le nouveau chef jusqu’à la date indiquée pour son intronisation, laquelle sera publiée. Arrive enfin le grand jour. Rassemblées à une heure de l’après-midi aux environ de quatorze heures, sur la place publique, les population parées de leurs plus beaux atouts attendent les membres de la famille refuante, les invités et les autres autorités ( coutumières, politiques et administratives).

Le peuple Adjoukrou, assimilés par le matriarcat Akan

Le peuple Adjoukrou (ou AdjukruAdiourkrouAdyukruBoubouriOdjukru), qui représente environ 1 % de la population de Côte d’Ivoire, est localisé dans le sud de ce pays, précisément dans la région de Dabou. Adioukrou sont venu de la région de Gagnoa-divo. Sous la pression des bétés ils migrent vers les lagunes, puis ils se mélangeront avec les peuples Akan venu du ghana. Les civilisations furent peu à peu dominées par des traits culturels Akan. C’est ainsi que les Adioukrou passeront de la succession patrilinéaire à la succession matrilinéaire.

Bonoua est une ville du département de Grand-Bassam, dans la région du Sud-Comoé, située au nord-est de Grand-Bassam. L’organisation politique abouré repose sur une sorte de monarchie coutumière où le pouvoir est héréditaire par la lignée matrilinéaire. La désignation du roi obéit à des critères de sélection basés sur les naissances, l’intégrité morale et l’aptitude physique. En effet, le proposé au trône doit nécessairement appartenir au clan royal Ehivevle, jouir d’une bonne moralité et ne doit présenter aucun handicap physique et mental. L’actuel roi de Bonoua est Nanan Ahoré Aka François. Il a été intronisé le 1er avril 2000. Dans l’ordre chronologique de succession, il est le 21e roi qui règne à Bonoua. En tant que chef, Nanan Ahoré Aka François est le garant de la tradition. Il lui revient de trancher les différents avec l’aide de ses notables.

Matriarcat Fanti

Les Fanti (ou MFantsefo, Fante, Fantsi, Fantse) sont environ 1 850 000 installés au sud-est du Ghana, débordant légèrement chez le voisin la Côte d’Ivoire. Avec les Asantefo ou Ashanti, ils appartiennent au peuple Akan. Après avoir su résister aux invasions portugaises, ils se sont alliés aux anglais pour diminuer la prédominance des Ashanti alors alliés aux hollandais, au 18e siècle. Par la suite, ils furent d’excellents intermédiaires pour le commerce entre la côte et l’intérieur. Les Fanti sont organisés en société matrilinéaire. Le principe des successions et le foncier sont aujourd’hui encore organisés en ce sens. Quelques célèbrités chez les Fanti :

- Le prélat catholique Peter Kodwo Appiah, Cardinal Turkson, est sans doute le Fanti le plus connu au monde.

- l’ex-secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan, a une ascendance Fanti.

- Le journaliste de télévision Jojo Chintoh a lui aussi une ascendance Fanti.