Matriarcat Ashanti (Ghana & Côte d’Ivoire) : royautés par l’oncle maternel et la reine-mère

L’empire matrilinéaire Ashanti

Les Ashantis (Achantis, Asantes), sont société matrilinéaire regroupant environ 40% de la population akan vivant au Ghana et en Côte d’Ivoire. La fédération ashanti se développe au XIIIe siècle. La capitale en est Kumasi. Au XIXe siècle, cette civilisation atteint son apogée et occupe près de 70% du Ghana actuel. La communauté ashanti a été la plus grande de tous les États akan et la plus longue dans le temps. Noyau du clan OyokoAsantemanso demeure leur lieu d’origine. Les Ashanti étaient très divisés et vivaient en petits groupes qui vont former des villes-États vassaux du royaume Denkyira. Les Oyoko vont devenir dominants et s’imposer. Osei Tutu sera le premier roi à unifier ces groupes. L’empire était tout d’abord continental, puis l’année 1806 marque le début de la conquête de la région côtière. Les Anglais finiront par annexer le Ghana. Ce sera la fin de l’empire ashanti.

Une royauté avunculaire conseillée par la reine-mère

Les Ashanti sont régis traditionnellement par un roi appelé Asantehene. Les chefs des peuples vassalisés continuent à s’occuper de la politique locale tandis que l’Asantehene s’occupe de la politique extérieure. Tous ces chefs sont au même niveau que les chefs ashanti. Un impôt annuel est levé pour payer l’armée qui maintient l’unité. Dès qu’un chef local tente de se rebeller, l’armée intervient. Comme généralement dans la communauté akan, la transmission du pouvoir royal est matrilinéaire. Le roi est nommé sur les conseils de la reine mère, dont les pouvoirs, ainsi que ceux des chefs provinciaux, contrebalancent les siens. Un fils de roi ne peut prétendre à la royauté, et les luttes pour les successions, parfois sanglantes, ont poussé à l’exil des vagues ashanti essentiellement vers l’actuelle Côte d’Ivoire. La reine-mère est un personnage de grande importance.

Grandeur et décadence du matrilignage

Chaque Asantehene possède son tabouret royal, précieusement conservé après son décès et vénéré, ainsi qu’un tambour. Le tabouret royal fondateur est représenté sur le drapeau ashanti. Le sabre et le parasol sont les deux autres symboles royaux. A la mort d’un chef ou d’un ancien, on prépare son siège de bain de façon à ce qu’il devienne un tabouret d’ancêtre : il peut préalablement être marqué d’un trait noir à sa base avant d’être placé dans la chambre des tabourets des ancêtres. Malgré son histoire, un matrilignage n’est pas une organisation figée : comme la chance peut tourner, sa réputation, sa puissance et sa richesse peuvent connaître des hauts et des bas.  Ainsi, quand la situation d’un matrilignage est au beau fixe, certains de ses ancêtres peuvent être promus.  Le lignage peut obtenir de nouvelles fonctions à la cour du chef ou ailleurs dans la communauté.  La stature et le respect de l’ancêtre, et par conséquent le tabouret de cet ancêtre, s’élèvent.

Le chef, possédé par l’esprit des ancêtres matrilinéaires

Le mot akan « okyeame » se traduit habituellement par « linguiste », faute de mieux. Le linguiste remplit les rôles de porte-parole, ambassadeur, diplomate, interprète, confident, conseiller et assistant d’un ancien ou d’un chef… Dans les cours akan, toutes les cérémonies religieuses prennent la forme de libations de vin de palme ou de schnaps, que seuls les linguistes (ou ceux jouant le rôle de linguiste) répandent sur le sol à l’intention des dieux et des ancêtres. Quand la personne du chef est sacrée – car possédée par les ancêtres matrilinéaires – les membres de l’assemblée ne peuvent lui adresser directement la parole ; le linguiste sert alors d’intermédiaire. Et quand un membre exprime ses idées crûment, il est très fréquent que l’ okyeame les reformule dans un langage plus courtois et réfléchi.  On dit parfois que les anciens à la cour d’un chef parlent le « langage des morts ». En réalité, lorsque les aînés se retirent pour délibérer, ils s’expriment en recourant à des proverbes traditionnels. Mais comme le peuple n’est pas en mesure de comprendre la signification de ces sentences, il appelle ce langage le langage des morts.

Le dieu-serpent arc-en-ciel

Chez les Ashanti, ce dieu était également connu pour avoir la forme d’un serpent. Ses messagers étaient une petite variété de boas, mais seule cette espèce était sacrée. Dans de nombreuses régions d’Afrique, le serpent est considéré comme l’incarnation des défunts.

Vaudou (diaspora africaine) : déesses aux serpents de la connaissance et de la fertilité

La Reine Mère, conseillère du roi, et femme libérée

Reine mère – Terme impropre qui désigne une femme de haut rang dans les cours royales ou princières de l’Afrique. La plus célèbre reine mère (ohemmea) est celle des Ashanti et des autres Akan matrilinéaires. La position désignée par ce terme, employé à l’origine pour l’aînée d’un lignage royal ou princier, a donné lieu aux spéculations les plus diverses. Il est incorrecte de parler de mère, car une soeur du roi peut détenir cette charge. Il est certain que l’ohemmea n’est pas la prêtresse d’un culte voué à la lune, comme l’ont soutenu certains auteurs. Au sens propre, elle n’est pas non plus une régente – ses pouvoirs sont trop limités – mais on respecte son autorité.

Malgré son titre spécifiquement féminin (le suffix mea est ajouté à la forme masculine de ohene – chef prince) elle n’est pas simplement un chef de sexe féminin. Son statut correspond à celui d’un homme (dont elle porte les habits lors d’une apparition en public) elle est mariée, mais peut avoir des relations sexuelles hors mariage. Elle a sa propre cour et est la seule femme a pouvoir donner des ordres. Elle est d’une grande importance mais ne symbolise pas le royaume comme le roi. Elle incarne plutôt l’idéal de la maternité (il importe peu qu’elle ait des enfants) et un lien sentimental avec les ancêtres féminins.

L’une des tâches essentielles consiste à pleurer la première les morts de l’année passée pendant les rites de purifications annuelles. En cas de querelle, sa parole est d’un grand poids et pour les décisions difficiles on fait appel à elle en dernière instance. Elle a sa propre cour de justice, composée par ailleurs uniquement d’hommes. Chez certains Akan, elle participe aux rites de puberté pour les jeunes filles (bragoro), les cérémonies de purification et celles liées à l’imposition d’un nom. Son importance politique tient surtout à ses connaissances généalogiques précises, dont elle dispose en tant que représentante du lignage royal. Pour cette raison, elle a le dernier mot dans l’élection d’un nouveau souverain qui peut seulement accéder au pouvoir après avoir été déclaré légitime. Elle a aussi le droit absolu de donner des conseils au roi en titre et de le censurer. Après la mort ou l’abdication du souverain, elle continue d’occuper sa charge et participe, de façon décisive à l’élection d’un successeur.

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