Matriarcat Bakuba & Bashilélé (Congo) : lignée royale utérine, totémisme et polyandrie

La société traditionnelle Kongo étant matriarcale, à l’instar de tant de sociétés africaines anciennes, on conçoit que son aïeul primitif fût nécessairement une femme, sinon réellement, au moins symboliquement.

Le royaume confédéral de Kongo

Les Kubas ou Bakuba (ba étant la marque du pluriel) sont une ethnie du centre de la République démocratique du Congo. Organisés en royaume, les Kuba sont connus pour leur art statuaire et parlent une langue bantoue. Le royaume Kuba est né vers 1600. Une société centralisée et très hiérarchisée a développé un art de cour. Le Royaume Kuba, ou la confédération Kuba, était une entité étatique et politique, regroupant près de 20 peuples bantous, qui se développa à partir de différent États bantous (notamment les Luba, les Leele, les Pende, les Dengese et les Wongo). Le royaume se situe dans le Zaire (RDC – Kongo), Kasaï-Occidental et le Sankourou. Les Ba-Kuba ont réuni le royaume durant le XVIIe siècle.

Constitution d’une royauté matrilinéaire

La personne du roi est sacrée et entourée d’un rituel complexe. La reine mère et la soeur du roi  jouent un rôle important car la succession est matrilinéaire. Le pouvoir absolu du roi est tempéré par un conseil de gouvernement comprenant six hauts fonctionnaires, dont le maitre du trésor qui perçoit les impôts, le Nibito (juge des crimes) et quatre grands dignitaires qui sont en même temps gouverneurs des 4 provinces. Les membres du conseil de gouvernement sont choisis dans le clan royal des Mbala mais les autres clans du royaume peuvent être également représentés à la Cour : les pygmées Twa, les différents corps de métiers (forgerons, tisserands…) et même les pères de jumeaux ont chacun leur représentant. Les restrictions apportées au pouvoir absolu du souverain apparaissent comparables à ceux du royaume du Congo ou des Balounda (Balunda).

La mère fondatrice d’un peuple

Selon l’une des versions mythologiques de leur origine, rapportée par Raphaël Batsîkama, l’ancêtre primordial (Nkâka ya kisina) des Bakongo serait une dame nommée Nzinga, fille de Nkuwu et épouse de Nimi. La société traditionnelle Kongo étant matriarcale, à l’instar de tant de sociétés africaines anciennes, on conçoit que son aïeul primitif fût nécessairement une femme, sinon réellement, au moins symboliquement.

Une lignée royale utérine

En principe, la succession à la tête de Kongo est matrilinéaire. En sorte qu’originellement, seuls les descendants de Lukeni Lwa Nzinga, la fille de l’ancêtre-mère primordiale, pouvaient prétendre au poste de Mwene. Les descendants de Vit’a Nimi ayant pour fonction de veiller au respect, entre autres, de cette loi de succession. Par conséquent, après avoir été élu par le Conseil des Sages, un Mwene ne peut être consacré ainsi que s’il subit une cérémonie rituelle organisée et présidée par le gardien des principes spirituels et politiques désigné nécessairement parmi la lignée des Nsaku.

Le pouvoir procède des femmes

C’est ainsi que le premier Mwene Kongo attesté dans les annales traditionnelles s’appelle Nimi’a Lukeni Lwa Nzinga, c’est-à-dire Nimi (du nom de son grand-père) fils de Lukeni et petit-fils de l’ancêtre-mère Nzinga Nkuwu. Où l’on voit que les fonctions de Reine-Mère ou d’Épouse-Royale sont particulièrement cruciales dans les sociétés matriarcales ; elles ne sont guère honorifiques comme cela peut être le cas ailleurs.

Matriarcat totémique polyandre Bashilélé (Congo)

Les Lele (ou Leele ou Bashilele) sont un peuple bantou d’Afrique centrale établi en République démocratique du Congo, dans la province du Kasaï-Occidental, à l’ouest de la rivière Sankuru, au sud de la rivière Kasaï. Ils font partie du grand groupe des Kuba. Par la langue et la culture, ils sont également proches des Wongo. Selon la tradition, les trois groupes sont issus d’un ancêtre commun, Woto. La polyandrie est l’une des caractéristiques de la société leele traditionnelle.

Le clan,  » ilonji « , est un ensemble de plusieurs familles élargies très souvent de parentés éloignées mais les relations sont régies par l’observance d’un même interdit alimentaire  » ikin « , c’est-à-dire un totem tabou généralement un animal, un oiseau ou un poisson qu’aucun membre du clan matrilinéaire ne peut ni toucher, ni tuer, ni manger .

Ce système d’appartenance matrilinéaire leele, fonctionne par un système de génération alternée au niveau des noms. C’est par les noms que l’on reconnaît la relation de parenté qui lie deux individus et détermine ipso facto ses oncles maternels et paternels. En effet, dès sa naissance, tout enfant reçoit les noms de ses grands parents. Le garçon porte le nom de l’un de ses oncles maternels, ou de l’un de ses oncles paternels puisé du côté maternel du père. La fille est appelée par les noms de ses grands-mères maternelles ou paternelles.

Matriarcat Pendé (Congo)

Les Bapendé (pluriel de Pendé) sont un peuple d’Afrique centrale, présent en province du Bandundu et du Kasaï-Occidental en République démocratique du Congo, dans les territoires d’Idiofa ; de Gungu et (Tshikapa). Ils sont connu pour leur costume Muganji, et leurs masques et danses traditionnels.

Matrilinéaires, les Pende remontèrent de l’Angola par la Lukala, affluent de la Cuanza, et se répartirent en deux groupes. Les Pende occidentaux s’établirent sur les deux rives du Kwilu, dans le territoire de Gungu. Les Pende orientaux habitent les rives du Kasaï en aval de Tshikapa. Leur art s’est épanoui à partir de la décoration de cases. Chez les Pende, c’est le lignage matrilinéaire qui constitue l’unité territoriale. C’est le chef d’un clan « noble » qui détient l’autorité. Il se distingue des chefs de clan ordinaires par la possession d’un charme magico-religieux.

Matriarcat Kwesé

Les Kwese (ou BaKwese normalement au pluriel) sont un peuple d’Afrique centrale apparenté au grand groupe des Pende. Ils sont établis entre les rivières Kwilu et Kasaï dans la province de Bandundu en République démocratique du Congo. Certains sont installés dans le Kasaï-Occidental. Ils vivent dans une région de moyenne altitude (500-800 m) au climat tropical humide. Leur domaine est celui de la savane boisée à galerie forestière le long des cours d’eau. Les principales localités sont Gungu, Kilombo et Kingandu. Les Kwese sont venus de l’ouest. Ils ont été colonisés par les Lunda et les Yaka au cours du XIXe siècle. Ils parlent le kwese (ou kikwese), une langue bantoue.

Masque en cuir revêtu de cuivre, de perles et de cauris / Ethnie des Kwese / Région du Bandundu. Il incarne un ancêtre matrilinéaire symbolisant la fécondité. Il participe également aux rites de circoncision ainsi qu’aux rites agraires pour fertiliser le sol et avoir une moisson abondante.

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