Matriarcat Bijagos (Guinée Bissau) : reines, prêtresses et déesses libertines contre la circoncision et l’excision

L’Archipel des Bijagos, aussi appelé Archipel des Bissagos, est un archipel de Guinée-Bissau, constitué de quatre-vingt-huit îles et îlots, et situé dans l’Océan Atlantique, en face de la capitale Bissau, à l’embouchure du Rio Geba. Seulement une dizaine de ces îles sont habitées de façon permanente (30 000 hab. en 2006). Les Bijagos ont gardé leurs traditions qui donnent un aspect authentique à l’archipel. Le matriarcat et les croyances fortement enracinées font des Bijagos l’une des régions du monde où la tradition est aussi puissante que la loi. La vue de femmes et d’enfants qui se rassemblent autour d’une dame âgée est un indice de la structure matriarcale de la societé du Bijagos, les hommes, reconnaissent dans les femmes une force vitale supérieure (arebuko).

Un mode de vie conservé par l’isolement insulaire

Le mode de vie dans les archipels, et particulièrement sur l’île de Canhabaque (3500 habitants), la plus traditionnelle des îles, est resté pratiquement intact et n’a pas ou peu subi l’influence de la civilisation moderne… La maison est la propriété de la femme et l’homme emménage chez sa femme, dit matrilocale. Fondé sur un principe matrilinéaire, le système bijago attribue aux femmes un rôle incontournable dans le monde religieux, leur conférant le pouvoir de contrôler largement la vie sociale. Ils représentent dans le pays l’exemple type de la société traditionnelle, dont les îles permettent l’isolement du continent et du «développement ». La femme est le chef de la famille, et a le droit de choisir et de divorcer de son mari à volonté. Le mari n’a aucun droit sur les enfants et ceux-ci portent le nom de famille de leur mère. La brousse et la mer (chasse, pêche) sont principalement le domaine des hommes ; alors que toute la zone du village, l’éducation des enfants et les questions spirituelles, sont sous la principale responsabilité des femmes.

Structure clanique matrilinéaire

Bien que le père transmette son patronyme aux enfants, c’est la mère qui choisit le prénom, et c’est à son clan qu’ils sont liés. Les Homi Grande (Homme Grand – ou Femme Grande) encadrent la vie sociale, économique et culturelle du monde Bijogo. Chaque village est autonome, chaque île aussi mais tous se disent descendants de l’un des quatre « clans » d’origine. Le pouvoir des femmes y est important, sans pour autant représenter un véritable pouvoir matriarcal (à l’exception de Canhabaque). Il faudrait plutôt parler de pouvoir de la lignée matriarcale : on appartient à une lignée matriarcale, à un clan, à un village, puis à une île et pour finir au peuple Bijogo.

Des clans organisés par sexe et par classes d’âge

Les Bijagós ont une organisation sociale complexe, basée sur quatre clans matrilinéaires ayant chacun des pouvoirs et des droits qui lui sont propres. Ce système clanique défini ainsi de façon très claire la division territoriale des îles de l’archipel. Cette société s’articule aussi autour des tabancas (villages), unités politiques et économiques de base qui jouit d’une autonomie décisionnelle et d’une quasi autosuffisance socio religieuse et économique (INEP-PNUD, 1991). Les clans sont organisés par sexe et par classes d’âge, chacune ayant un rôle et des devoirs bien précis au sein de la société. Ainsi les canhocám, de 12 à 17 ans sont initiés aux travaux agricoles et aux règles sociales puis les jeunes cabaros entre 18 et 27 ans vivent une période de loisirs et de conquêtes amoureuses durant laquelle le travail est irrégulier. Les cérémonies religieuses occupent une place prépondérante, près de trois mois par année, dans la tradition Bijagó. Un fanado (principale cérémonie des Bijagós) sur l’île de Canhabaque peut ainsi se poursuivre pendant plusieurs années.

Liberté sexuelle : ni circoncision, ni excision

Les Bijago sont la seule ethnie de Guinée-Bissau à ne pas pratiquer la circoncision des garçons, ni l’excision des filles. « Ici, quand une femme veut un homme, elle ramasse des coquillages sur la plage. Elle prépare un bon plat et le pose devant sa case. S’il le mange, cela veut dire qu’il accepte de l’épouser », explique une jeune fille qui n’est pas encore mariée. Une de ses aînées lâche en riant : « Beaucoup d’hommes aimeraient les épouser, mais ils n’ont pas le droit de formuler la demande. Ici, cela ne se fait pas. Ce serait considéré comme choquant, c’est aux fem­mes de choisir… Une fois qu’elles ont été initiées par les prêtresses dans les îles sacrées. » Avant d’être initiées et de jeter leur dévolu sur un époux, elles choisissent des amants à leur guise. « Ici, il n’y a pas de tabou autour de la sexualité. Nous pouvons avoir des relations avec qui bon nous semble, même si nous ne sommes pas encore mariées ou initiées. Les femmes font ce qu’elles veulent. C’est notre dieu Nindo qui en a décidé ainsi », explique une autre.

Les hommes ne font que trois choses

En 1594, déjà, un voyageur, Alvarès d’Almada, note que, sur cette île, « les hommes ne font que trois choses : la guerre, construire les embarcations et récolter le vin de palme. Tandis que les femmes font tout le travail qu’ailleurs font les hommes. » (Extrait du livre de Christine Henry).

Cette domination féminine s’exerce aussi sur les rapports amoureux. La femme décide de son époux. Ce qui n’est pas fréquent dans les familles rurales africaines. Une fois mariée, elle peut s’en défaire aisément si elle n’est plus heureuse. « Les femmes sont libres de choisir, c’est comme ça, souligne Domingo Salvo, un époux qui ne voit aucun problème dans ce système. En plus, il est facile de changer de mari, car nos mariages sont traditionnels et non officiels. »

Les Bijagos sont polygames. Ainsi, treize femmes ont pris le père de Domingo Salvo comme mari. « Les hommes mariés peuvent être choisis par une autre femme que leur épouse. Il n’y a pas d’interdits. Même si cela n’empêche pas les tensions entre coépouses »,note Raoul Mendes Fernandes, chercheur en sciences sociales à l’Institut national d’études et de recherche (Inep) de Bissau.

Sous l’autorité des prêtresses Okinka

L’île est gouvernée par une reine. Il existe aussi un roi, mais son rôle y est limité, il est un simple porte- parole. Ils ne sont pas mariés entre eux. Chaque village est dirigé par un conseil de femmes élu pour un mandat à vie. Les réunions sont interdites aux hommes. Les femmes prennent toutes les décisions importantes au village. Que ce soit pour les rituels, les traditions comme en particulier les décisions concernant la retraite des femmes et des hommes (voir ci- contre). On pourrait dire qu’elles ont un pouvoir exécutif, administratif et judiciaire. Elles décident des affaires importantes du tabanca (village).

Chaque village est placé sous l’autorité du conseil des anciens présidé par son roi et la prêtresse du village. Elles sont les intermédiaires entre les hommes et les esprits. La société Bijagos est matriarcale au sens où les femmes sont les maitres de cérémonies et dotées de puissant pouvoirs. C’est sous un arbre sacré, un Fromager que les prêtresses rendent leurs décisions de justice. Elles incarnent l’esprit des défunts et démontrent parfois leur pouvoir en terrassant des singes d’une simple tape. Des cérémonies d’initiation (Fanado) se déroulent toujours assurant ainsi la continuité de cette culture très subtile . Le pouvoir des femmes y est important , c’est le pouvoir de la lignée matriarcale. On appartient à une lignée matriarcale, à un clan, à un village, puis à une île et pour finir au peuple Bijogo. Sous régime « matriarcal » les femmes possèdent tous les biens , mais font tous les travaux…les hommes cultivent et pensent…

Dominga est une prêtresse : les esprits se sont incarnés en elle pour lui enseigner le respect des aînés, les coutumes, les relations avec les hommes : « Nindo a créé l’homme pour récolter la sève de palme, sarcler les champs, chasser le macaque, pêcher, aider la femme en tout, explique Neto, un habitant de l’Archipel. Car c’est la femme qui est la plus forte et la plus intelligente, et même si, nous, nous aimerions commander et organiser, nous ne nous sentons pas capables d’être les “chefs de famille”. C’est la tradition de nos ancêtres. » « C’est ainsi que le veut Nindo, qui vit dans le ciel avec les défunts » confirme Dominga.

« Oui, en effet, dans la communauté, aucune décision ne peut être prise sans l’accord des prêtresses. Elles sont en contact direct avec les forces spirituelles, avec Nindo. Une fois que leurs décisions sont prises, elles sont irrévocables. Un individu qui ne les respecterait pas serait banni, chassé de l’île. C’est tellement impensable que le cas ne s’est jamais produit ».

Orango, l’île dirigée par les femmes

La plus grande des îles, Orango Grande, qui abrite aussi le parc national des Bijagos, est le fief des femmes au pouvoir. Si les villages ont leur chef, c’est aux prêtresses, descendantes de la reine Pampa Kanyimpa, que revient le pouvoir suprême. Aucune décision ne peut être prise sans leur accord et leurs jugements sont irrévocables. Ne pas les respecter reviendrait à se faire chasser de l’île. Et toute la communauté repose sur un schéma matriarcal. Les femmes choisissent ici leurs amants et plus tard leur époux. C’est à elles aussi que reviennent les éventuelles initiatives de divorce et les enfants restent à leurs côtés quoiqu’il advienne. À Orango, les femmes ne contrôlent pas seulement la vie spirituelle. Dans cette microsociété matrilinéaire (le lien de parenté se transmet de la mère à l’enfant), elles possèdent les sols, les rizières et décident de la construction des maisons.

Le temple de la reine-déesse et du dieu Nindo

Dans un temple sacré sont vénérés les esprits des ancêtres, notamment ceux de la reine Pampa Kanyimpa, que les Bijagos considèrent comme une divinité. Deux femmes d’âge mûr surveillent l’entrée du temple. Personne n’a le droit de toucher la porte du temple. Même les villageois n’y sont pas autorisés. « S’ils le faisaient, ils seraient condamnés à sacrifier un bœuf pour calmer la colère des dieux », prévient la grande prêtresse. En protégeant toujours la porte, elle ajoute : « Nindo veut que les décisions soient prises par les femmes, car les hommes ne sont pas à même de faire des choix judicieux pour l’avenir de la communauté. » À l’intérieur du temple, les prêtresses allument un feu sacré afin d’invoquer les mânes des ancêtres. Elles psalmodient le nom de Pampa Kanyimpa, la reine défunte. Elles acceptent d’être prises en photo, mais sans le “chef” du village. Car il n’occupe pas un rang assez important pour être sur le même cliché que les prêtresses qui régissent la vie de la communauté.

La reine Pampa Kanyimpas, résistante aux colons portugais

En apparence, Eticoga ne diffère en rien des autres villages bissau-guinéens. Le jour, les femmes pilent le mil, lavent le linge dans des bassines en plastique, ramassent les coquillages, essentielle source de protéines des habitants. Les fillettes défilent pour récupérer l’eau du puits. La nuit tombée, des lampes de poche à l’effigie de Barack Obama, et des bougies pallient l’électricité qui n’est toujours pas installée.

Pourtant, il semble que le pouvoir des femmes soit établi pour longtemps, dans ce village de 3 400 habitants. Eticoga héberge la sépulture de la reine Pampa Kanyimpas. C’est le chef du village en bermuda, chemise trop large et sandales bleues en plastique qui vous pousse la porte du caveau, orné de scènes de vie de la reine.

Les Bissau-guinéens vouent un véritable culte à la plus célèbre souveraine des Bijagos. Malgré des rapports tendus avec l’ancienne colonie portugaise, la Reine a su conclure un accord de paix juste pour son peuple. Pampa Kanyimpas a régné jusqu’à sa mort, en 1923.

Une société initiatique

Tout au long de leur enfance et de leur adolescence, les jeunes sont entièrement pris en charge par leurs familles. Ils ne travaillent pas et, à partir d’un certain âge, peuvent avoir une activité sexuelle avec plusieurs partenaires. Mais lorsqu’ils parviennent à l’âge de 22 ans, tout change et ils doivent s’exiler dans des îles éloignées de leur village où ils consacrent leur temps au travail et à l’initiation. Cet exil est obligatoire car il est vu comme une initiation pour passer du statut d’adolescent à celui d’adulte. Chaque Bijago appartient à la classe d’âge qui lui est propre et en change tous les 8 ans avec, à chaque fois, un nouveau rituel qui lui permet d’accéder à l’univers des ancêtres et de revivre dans l’au de là.

En route vers le patriarcat

La résidence est patrilocale et la filiation matrilinéaire. La société s’organise non pas autour des clans, qui ne sont pas des groupes organiques, mais plutôt autour des classes d’âges. Fortement hiérarchisés, mais sans pouvoir central, les villages sont régis par le conseil des anciens, les aînés, qui exercent des fonctions d’arbitrage, dirigent l’économie et contrôlent les institutions sociales et religieuses. La vie matrimoniale des Bijago et la maternité dépendent entièrement de l’initiation. Or l’initiation féminine n’est elle-même qu’une contribution à l’initiation masculine.

Le mariage n’est pas un commerce

Bien que la résidence soit virilocale et patrilocale, la filiation est matrilinéaire. Les épouses et leurs enfants habitent la maison du père, mais la descendance appartient au clan de la mère. Le mariage est exogamique au niveau du clan mais de tendance endogamique au niveau du village. Les mariages à l’extérieur du village supposent le déplacement de la femme dans le village du mari, où elle devient pour toujours une hôte. Il n’y a pas de compensation matrimoniale en biens matériels, ni sous forme d’échange dépouses. On prétend, dans plusieurs îles, que le choix du partenaire matrimonial est fait par les femmes en offrant un plat de riz cuisiné au jeune homme qu’elles ont élu. Ce choix féminin n’empêche nullement les hommes, en cas de mariage dans une autre île, de parler de rapto. Il n’est pas impossible que cette idée de rapt, qui présente une contradiction avec le choix du conjoint par les femmes, soit une réminiscence de l’époque où toutes les îles étaient en guerre les unes contre les autres et où les femmes capturées étaient prises comme concubines.
Toutefois, qu’elles se marient dans un autre village, une autre île ou même sur le continent, les femmes reviennent toujours dans leur village d’origine, pour accomplir leurs propres rites d’initiation féminine.

Les prêtresses initiatrices des guerriers défunts

Une femme a pour obligation première d’initier un jeune homme décédé appartenant à sa famille matrilinéaire. À défaut, elle s’occupera de l’initiation d’un membre de son clan, où les possibilités s’élargissent considérablement. Mais pour que toutes les femmes aient un mort qui les possède il faudrait que le taux de mortalité des jeunes hommes atteigne le double de celui des jeunes femmes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il se peut que la mortalité masculine ait été beaucoup plus forte dans le passé, au temps des guerres entre les îles et contre les étrangers.

L’adoption de la personnalité d’un « guerrier » par les femmes en possession, renforce l’hypothèse de l’existence dun lien entre l’initiation féminine et les antécédents historiques, plus précisément les guerres qui marquèrent l’archipel pendant des siècles. Par la possession, les femmes auraient comme fonction de récupérer l’orebok, ou principe vital, des jeunes guerriers morts à la guerre pour le réintroduire dans un cycle perpétuel entre vie et mort. Une fois soumis aux colonisateurs et à la pax lusitunia, la survie des jeunes hommes aurait cessé d’être spécialement menacée et le taux de décès se serait équilibré entre genres. De nos jours, pour que toutes les
femmes puissent initier un défunt, il faut recourir à des méthodes de « récupération » de défintos. On peut en venir à initier un mort qui aurait déjà pris en possession une autre femme, mais qui n’aurait pas achevé, grâce à elle, son initiation. En effet, la femme peut elle-même mourir sans avoir pu terminer l’initiation de son défunt. Celui-ci prend alors en possession une nouvelle jeune femme pour la terminer. On peut ainsi récupérer des jeunes gens morts il y a des années, voire des décennies. Mais ce qui n’est pas concevable, c’est de rester sans défunto.

L’île d’Orango sous la lignée matristique

Un article de penelope.fr

Au sud de la Guinée-Bissau (à 60 km des côtes) se trouve un archipel d’îles, appelées les îles Bijagos. Au sein des îles Bijagos, l’île d’Orango « la grande » attire par sa faune et ses coutumes. L’île d’Orango « la grande » est elle-même composée de 5 îles principales et de plusieurs îlots : Canogo, Menèque, Orangoziinho, Mbone. Au total, 3500 habitants peuplent ces terres où ce situe le Parc National des Bijagos, classé réserve naturelle par l’UNESCO.

La Biosphère qui constitue les îles Bijagos est très riche. Des mangroves, des tortues, des hippopotames marins, des singes, des lamentins, une forêt équatoriale, des savanes sont l’apanage d’Orango « la grande ». Les Bijagos sont animistes.

Au sein même d’Orango « la Grande » se love Orango. C’est une île comptant en son sein qu’une seule ville : Ecotiga. Cette île, précisément, attire les regards aussi bien pour sa faune et flore que pour la condition de vie des femmes.

Dans la ville d’Eticoga, les femmes sont les seules décisionnaires de leur vie. Elles choisissent leur époux. Quand une femme a choisi un mari, elle dépose devant son logement un plat de poisson/crustacé mariné à l’huile de palme. Si l’homme mange le plat, le mariage est fixé. Si l’homme refuse, il est déshonoré par le village. Le divorce est possible. Seulement, il doit être prononcé par l’épouse. Lorsqu’il est prononcé, elle garde la maison et les enfants.

Les hommes n’ont aucune décision à prendre dans la ville. Seules les femmes prennent position. Cependant, une hiérarchie existe. Les habitants de chaque village est soumis à la décision du chef de l’île qui lui-même est soumis à la décision des 12 prêtresses (les Okinka) soumises à leur tour à la décisions des Iras (les esprits).