Matriarcat Haoussa (Niger – Nigéria) : reine-mère et serpent-totem d’une civilisation matrilinéaire pré-islamique

Les Haoussa vivent dans une région qui embrasse le nord de l’actuel Nigeria et le sud de la République du Niger. Le haoussa est une langue officielle au nord Nigeria, une langue nationale au Niger. Les zones haoussa Afrique de l’Ouest étaient gouvernés par une dynastie de reines, 17 en tout jusqu’aux alentours de 1050 (quand il s’est divisé en sept états). Plus tard, la reine Aminatu (règne 1536-1573) a élargi son royaume. Selon la légende, elle a pris un nouvel amant dans chaque ville qu’elle a conquise, et l’homme était décapité le lendemain matin. A l’heure actuelle, les femmes haoussa sont subordonnées à leurs maris.

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Le serpent-totem, compagnon de la reine-mère fondatrice

La naissance des règnes haoussa fut peut-être la conséquence de la migration vers le Sud de populations berbères, chassées de l’Aïr par les Touareg. Selon la légende, la région était gouvernée par la reine Daoura et infestée par le terrible serpent Sarki (animal totémique des Haoussa), qui empêchait aux gens de tirer l’eau des puits. Un homme au teint clair tua le serpent et épousa la reine. Il est devenu ainsi l' »ancêtre mythique » et ses descendants sont les fondateurs des sept règnes haoussa bokoi (purs), dont les rois s’appellent Sarki, du nom du serpent sacré. Les sept règnes bokoi sont: Dawra, Kano, Rano, Zaria, Gobir, Katsena, Biram. Selon le légende, ils furent fondés par la mythique reine Daoura et ses six fils. D’autres nobles haoussa fondèrent d’autres règnes « illégitimes » (banza), qui s’étendent vers le sud, vers la savane humide. La légende naquit au siècle X et réfléchit des influences culturelles orientales. On y voit le culte à l’ancêtre serpent changé, avec des nouveaux fétiches, et la substitution de la ligne de descendance masculine à celle matrilinéaire.

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Une civilisation urbaine et commerciale

La societé haoussa était un monde urbain et commercial, avec des cultivateurs et des artisans qui travaillaient le fer, le cuivre, la laine (tissage et teinture). Il en naquit un ensemble de cités, construites de terre et protégées par des remparts hauts et épais. Les Haoussa développèrent une langue commune et maintinrent des mœurs semblables. Chaque état était indépendant, mais les institutions de gouvernement et les rapports entre les villes et le territoire étaient identiques. Un système fiscal beaucoup élaboré contribua à la naissance d’une économie complexe, dans laquelle l’agriculture et le commerce se combinaient avec des activité de type pré-industriel, avec une bourgeoisie urbaine d’entrepreneurs et une aristocratie bureaucratique.

Islamisation et culture

Du siècle X au XIII le monde haoussa resta isolé par l’influence d’autres sociétés. Ensuite, dans les deux siècles suivants, les cités connurent des différentes vagues de migration, en provenance du Mali, qui répandirent la religion islamique. Les Haoussa se convertirent à l’Islam pendant le XVI siècle. Aujourd’hui la langue haoussa est une des langues africaines plus parlées, par plus de 50 millions de personnes. Une littérature riche écrite en haoussa est produite au Nigeria. Nous rappelons, parmi les auteurs les plus connus: Mohammed Bello, Abubakar Iman, Suleyman Ibrahim Katsina. Comme pour toutes les langues commerciales, la fonction véhiculaire de la langue haoussa l’a faite répandre auprès des groupes ethniques environnants et a contribué à étendre dans la région le style d’une culture unitaire.

Des cités-états fortifiées

Le trafic trans-saharien à dos de dromadaires (ou de chevaux et d’ânes, ou fluvial) avait ses points terminaux dans les villes aux bords des forêts. De là, le transport se poursuivait à dos d’homme. Malgré la grande importance du trafic commercial en direction nord-sud, on présume que les villes de l’actuel Nigeria, fondées par le légendaire peuple des Sao et ensuite devenues des centres des ethnies haoussa et yoruba, se soient formées sur des bases militaires, d’occupation du territoire de la part de groupes envahisseurs. Ces villes ont des robustes enceintes, de grande longueur, qui renferment des vastes zones non édifiées et une colline naturelle, ou artificielle, de discrète hauteur. Les remparts de Kano, érigés au XIe siècle, s’élevaient de 12 m, sur une vingtaine de kilomètres, et avaient sept grandes portes. Ceux d’Ibadan mesuraient 10 km; ceux d’Old Oyo, 25 km.

Symbiose des noblesse Touareg et Haoussa

La colline pouvait servir comme forteresse et la zone vide comme refuge aux paysans des alentours, en cas de sièges de la part de forces hostiles. Ce même type de ville était diffusée soit dans le savane du nord, soit dans les zones de forêt, plus au sud. En général les noyaux urbains ne sont pas divisés en quartiers sur des bases ethniques; à Zinder, cependant, comme à Agadès, la symbiose politique et commerciale entre les nobles haoussa et les nobles touareg, gérants du commerce caravanier, a engendré des noyaux urbains avec une double âme. Ainsi à Zinder à la citadelle haoussa (Birni), siège et propriété du Sultan haoussa, se jumelle la citadelle commerciale (Zanko ou Zankou), là où réside le Sultan des commerçants touareg.

Origines égyptiennes et commerce des esclaves

L’étude des mythologies et des traditions monarchiques montre une liaison avec les légendes des origines, qui affirment l’idée d’un pouvoir régalien d’origine divine. Certains pensent que ces traditions se sont répandues jusqu’ici de l’ancienne Egypte des Pharaons. Les cités des Haoussa furent fondées avant l’an 1000 de notre ère, au nord de la confluence du fleuve Benué dans le Niger. Au début du XV siècle, avec la diffusion du dromadaire, elle devinrent des importants terminaux du trafic provenant du Sahara. Les villes se spécialisèrent et diversifièrent leurs activités, tout en se maintenant autonomes l’une de l’autre. Zaria, par exemple, était le principal marché des esclaves; Kano et Katsina les principaux relais du commerce général; Gobir, dans le nord, défendait toute la région des attaques des prédateurs Touareg. L’arrivée des Européens et l’établissement d’une nouvelle domination commerciale bouleversa tout le trafic de la région, en annulant l’importance des parcours trans-sahariens et en adressant de l’intérieur vers la côte les principaux courants d’exportation. Les esclaves devinrent bien vite le « produit » plus recherché. Au XIX siècle le trafic des esclaves était la ressource principale des marchés haoussa; à la moitié du siècle, le voyageur allemand Heinrich Barth estima que sur le marché de Kano 5000 esclaves transitaient, tous les ans.

Des villes communautaristes multi-ethniques

Les états haoussa étaient unis par l’unité linguistique et par d’importants échanges culturels, ainsi que par la commune religion islamique. Dans leurs villes, les mosquées constituaient le point principal. Les habitants étaient de différentes ethnies: des Arabes et des Berbères provenant de l’Afrique septentrionale avaient leurs quartiers, ainsi comme les différents groupes locaux. Il y avait des quartiers d’artisans, organisés sur la base de leurs activités. Les habitations des divers groupes étaient disposées par quartiers radiaux, autour des trois centres du pouvoir: le palais de l’Emir, la mosquée et le marché. Les enceintes des villes étaient hautes jusqu’à 15 m et les entrées étaient gardées par des portes fortifiées. Des grands boulevards unissaient les portes avec le centre ville, destinés à faciliter les flux commerciaux, le passage des militaires et les grands processions religieuses. L’architecture des villes frappe, par rapport aux villages environnants. Les maisons et les murs d’enceinte, les terrasses, tout dans ces villes est fait d’argile crue, pendant que dans les campagnes les matériaux végétaux sont employés pour les toits et pour les enceintes.

Une architecture offensive réputée

Les maisons haoussa sont connues dans le monde entier, grâce au renouveau de l’intérêt pour les constructions en terre crue, avec les décorations de leurs façades, peintes en bas-relief, les typiques ornements qui se profilent en haut, contre le ciel, comme des merleaux, à forme de « oreilles de lapin » (mais le nom localement attribué, zanko, signifie « crête »). « Oreilles de lapin » posées aux coins des corniches, qui ont été interprétées comme des symboles d’épées ou des symboles phalliques. Le désordre des maisons à l’intérieur de ces villes avait une raison défensive: l’étranger se perdait facilement et l’intrus tombait en piège. Une telle conception défensive existait aussi dans les villes européennes du Moyen âge et se retrouve en différentes parties du continente africain. Les maisons typiques, à cour centrale, entourent le centre urbain, constitué généralement par le grand palais royal, la mosquée et le marché. Des passages pour les piétons, étroits et en chicane, traversent les quartiers, flanqués par des murailles de terre. À l’entrée de chaque maison on trouve un local « filtre », appelé zaure, destiné à recevoir les visiteurs. L’on ne peut pas voir l’intérieur de la maison, pour garder l’intimité de la famille. Les façades sont décorées par des bas-reliefs géométriques, souvent richement colorés. D’habitude seulement la façade autour de la porte principale est décorée, mais les propriétaires plus riches se permettait de décorer tout l’extérieur de la maison et parfois même les murs internes avec des arabesques coloriées. Les décors rassemblent à ceux des broderies.

Les techniques de construction

Les Haoussa connaissaient sept modalités différentes pour faire les crépissages: ils ajoutaient à la terre et à la paille la potasse employée pour faire des teintures, ou extraite de caroubes locales, les riches extrayaient une substance spéciale du mimose importé par l’Egypte. Le crépis s’appliquait – et il s’applique encore – à la main et il est lissé soigneusement. Sur le mur il reste le marque du geste, si la superficie n’est pas ultérieurement décorée avec des dessins symboliques. Dans le territoire des Haoussa, les toitures des maisons étaient « à bossue de chameau » sur des plans rectangulaires et à forme de coupoles sur des plans carrés ou ronds. Les arcs, de briques crues, sont renforcés transversalement par des morceaux de troncs de palmier. Sur le haut plateau nigerien nous trouvons des véritables coupoles de terre crue, recouvertes par des toits de paille. Ces coupoles étaient construites avec des briques d’argile pétrie avec du crottin animal, sans employer aucun système de coffrage: on partait des murs latéraux et l’on montait en rond, en serrant au fur et à mesure l’ouverture, jusqu’au sommet. L’extérieur des constructions en terre est parfois renforcé par des galets, ou par des briques cuites insérées. Les constructions les plus spectaculaires du Nigeria sont peut-être les greniers de la région de Gobir, habitée par les Haoussa: quasi sphériques, construits en terre crue avec des briques de peu plus que 7 cm que spessore, ils rejoignent des diamètres jusqu’à m 5.20.

La ville de Zinder, un patrimoine architectural

La ville de Zinder constitue le principal témoignage, dans le Niger, de l’architecture haoussa en banco (technique de construction avec l’argile crue), riche de solutions tipologiques et de décors symboliques. Au siècle XIX le Sultanat de Damagaram, avec sa capitale Zinder, dominait l’est de l’actuel Niger. Les habitants appellent encore aujourd’hui la ville: Damagaram. La ville de Zinder garde un riche patrimoine à sauvegarder, d’histoire, de traditions, d’architecture et d’objets. La ville a deux quartiers anciens:

– la ville haoussa fortifiée, Birni (« la ville »), avec le palais du Sarki (Sultano);
– la zone habitée par les Touareg, nommée Zongo ou Zango ou Zingou (« le campement »).

Les deux quartiers sont fortement caractérisés dans leur tipologie par les maisons haoussa, avec leurs coupoles traditionnelles, par le symbolisme complexe des décorations géométriques des façades, par la technique du banco, stabilisé avec le jus du néré et avec le tannin des acacias. Encore aujourd’hui quelques chercheurs locaux étudient à Zinder les rapports entre les différents membres appliqués, les « symboles parlants » des forgerons, des tisseurs et des couturiers, pour comprendre le langage idéografique que les maçons ont transposé sur les façades des maisons. L’hypothèse la plus alléchante est en effet que – au-delà du signifié des figures – la façade toute entière « parle » son langage, comme les pylônes d’un temple égyptien ou comme la façade d’une cathédrale romane ou gotique.

NIGER, LE PEUPLE HAOUSSA ET SON ARCHITECTURE
extrait du livre « Architettura magica »

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