Matriarcat Héréro (bantous de Namibie) : un peuple résistant exterminé par les allemands

Matriarcat Héréro

Les Héréros sont un peuple africain du groupe linguistique bantou parlant le héréro, constitué actuellement d’environ 320 000 personnes. La plupart d’entre eux vivent en Namibie, quelques groupes au Botswana et d’autres en Angola, où ils occupent des emplois peu qualifiés d’ouvriers agricoles pour les ruraux, ou de domestiques ou vendeurs de rues pour les citadins. Les Hereros sont à l’origine un peuple pastoral élevant du bétail.

Des robes européennes pour cacher leur nudité

Cette ethnie est divisée en sous classe Tjimba, Ndamuranda, les Mahareros, les Zerauas, les Mbanderos… et les célèbres Himbas du Kaokoland. Ils vivent essentiellement dans la région d’Omaheke et Kunene. La première image qui nous vient à l’esprit lorsqu’on évoque les Hereros est celle des femmes de robes de style victorien vivement colorées. Il s’agit d’une robe longue sous une panoplie de jupons et une coiffe avec deux cornes pointues. Ainsi, lorsqu’on rencontre des femmes Herero dans Windhoek, le décalage entre leur tenue européenne du début du siècle et la modernité de la ville est saisissant.

Origine et extinction

Leur origine se situe dans la vallée du Grand Rift (Afrique orientale). Ils seraient les descendants d’une tribu de pasteur bantou qui seraient descendus des grands lacs au XVIe siècle. Après près de 200 ans passés dans le Kaokoland, ils se sont établis, vers le milieu du XVIIIe siècle, dans la vallée de Swakop jusqu’au début de la colonisation. Les guerres contre les tribus Namas, d’abord puis contre les Allemands décimèrent quasiment la totalité de la population Herero. Le général von Totha en charge de la répression au début du XXe siècle commanda l’extermination de près de 80% de la population. Leurs terres furent confisquées et les survivants se dispersèrent ou fuirent au Botswana.

Une structure familiale bilinéaire

Cette ethnie présente une structure sociale assez complexe. Chaque membre de la société dépend tant de son clan patriarcal (oruzo) que de son clan matriarcal (eandag). La culture herero divise dans des rôles très précis. Par le biais des clans, les hommes transmettent l’éducation religieuse, l’organisation politique, l’entretien des feux ancestraux, le respect des tabous alimentaires, etc. les mères, tout ce qui est matériel, c’est-à-dire le bétail, l’habitat, les titres de propriété, l’application des lois coutumières, etc.

Exterminés par les allemands

Les Hereros sont des éleveurs nomades qui se sont fait connaître par leur forte résistance à la colonisation allemande au cours de la guerre herero de 1904-1906. En 1904, les Héréros se sont soulevés contre la colonisation allemande de leur territoire (le Sud-Ouest Africain). Ils ont été alors victimes d’une répression féroce dirigée par le général Lothar von Trotha, auteur d’un ordre d’extermination à leur encontre. Ainsi, entre 1904 et 1911, la population héréro du Sud-Ouest Africain est passée de 80 000 à 15 000 individus.

En octobre 1904, lors de la bataille de Waterberg, il fait encercler les Héréros de trois côtés, ne leur laissant qu’une seule issue pour fuir : le désert du Kalahari. Alors que les Héréros essayent d’y trouver refuge, von Trotha fait empoisonner les points d’eau, dresse des postes de garde à intervalles réguliers avec ordre de tirer sans sommation à la vue de chaque Héréro, homme, femme ou enfant.

L’ordre officiel d’extermination (Vernichtungsbefehl) du général von Trotha est : « Chaque Héréro trouvé à l’intérieur des frontières allemandes, armé ou non, en possession de bétail ou pas, sera abattu ». En quelques semaines les Héréros meurent par dizaines de milliers de soif et de faim dans le désert Omaheke; il y a environ 60 000 morts. Les survivants sont enfermés dans des camps de concentration inspirés de ceux faits par les Britanniques en Afrique du Sud contre les Boers quelques années plus tôt. La moitié des prisonniers sont morts en captivité. En 1911, il reste officiellement 15 130 Héréros dans le pays. Quand les actions de von Trotha sont connues de l’opinion publique allemande, un mouvement de répulsion s’empare de la population, ce qui amène le chancelier Bernhard von Bülow à demander à l’Empereur Guillaume II de démettre von Trotha de son commandement, ce qui fut fait le 19 novembre 1905.