Matriarcat Kunama (Erythrée) : la mère gardienne de la terre collective familiale

Les Kunama sont un peuple nilotique vivant en Érythrée et en Éthiopie. 80% des Kunamas vivre en Érythrée, bien qu’ils ne représentent que 2% de la population, où ils sont l’un des plus petits groupes ethniques. La plupart des quelques 100 000 Kunama vivent dans la région éloignée et isolée entre les rivières Gash et Setit près de la frontière avec l’Éthiopie. La guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée (1998-2000) a forcé quelques 4000 Kunama à fuir leurs maisons vers l’Éthiopie.

L’exception du pays

Traditionnellement, le modèle de famille et de répartition des rôles qui domine en Erythrée est comparable à celui qui prévaut en Somalie. Les rôles des hommes et des femmes se définissent selon un ordre social patriarcal, indépendamment de l’appartenance à une religion. Les femmes sont excisées, voilées, mariées de force très jeunes et occupent une position inférieure. L’ethnie Kunama et son organisation matrilinéaire constituent une exception.

Le patriarcat érythréen

Bien qu’elles soient considérées comme délictueuses en vertu de la loi, certaines formes de discrimination sont courantes dans la société érythréenne. Par exemple, la quasi totalité des groupes ethniques, en Érythrée, sont fortement patriarcaux et patrilinéaires en matière d’héritage (sauf un groupe matrilinéaire, les Kunama) et pratiquent donc une discrimination à l’égard des femmes et des jeunes filles. Les jeunes filles, les enfants handicapés et les enfants nés hors mariage font partie des victimes de discrimination dans certaines circonstances. Les autorités érythréennes sont convaincues que la discrimination disparaîtra effectivement que lorsque le pays se développera au plan économique et que l’éducation et la prise de conscience du public commenceront à faire changer les attitudes au sein de la société.

Le partage des enfants en cas de divorce

Dans la société érythréenne traditionnelle, le contrat de mariage prévoit la situation des enfants en cas de divorce.  Les deux parents ont des droits sur les enfants, mais les enfants doivent succéder au père (sauf chez les Kumana qui sont de tradition matrilinéaire).  Chez les Chrétiens des hautes terres, ce sont les enfants qui décident, à partir d’un certain âge, avec lequel de leurs parents ils veulent vivre.  Lorsque les parents se séparent ou divorcent, les plus jeunes enfants restent avec la mère et les aînés vivent avec le père.  Cependant, en vertu du droit coutumier de certaines ethnies, l’aîné des garçons doit rester avec la mère (afin de pouvoir accomplir les tâches dévolues, traditionnellement, aux seuls hommes, comme le labourage), et l’aînée des filles doit vivre avec le père pour s’occuper du ménage.  Par exemple, la loi des Adgena-Tegeleba stipule que, pendant le divorce, le fils aîné reste avec la mère, la fille aînée avec le père, et que la garde des autres enfants est répartie à parts égales entre les deux parents par tirage au sort, l’enfant gardant tout de même le dernier mot quant à son désir de vivre avec l’un ou avec l’autre.  Si les parents n’ont qu’un fils, il vit alternativement un mois chez son père et un mois chez sa mère et choisit, à l’âge de sept ans, avec lequel de ses parents il désire vivre.

La mère, pilier de la famille

La société Kunama est une société matriarcale, ils parlent le baaza. Dans la société Kunama, la femme occupe une position primordiale. Elle est le garde de la généalogie, elle est le chef de l’administration du ménage d’une famille. Ils sont sédentaires et ils pratiquent l’agriculture et l’élevage. La propriété de la terre est collective. Musulman, chrétien. Mais il semble que beaucoup d’entre eux aient conservé leur ancienne religion animiste.

Le père n’a aucun droit sur les enfants

Chez les Kunama, groupe ethnique matrilinéaire, la coutume, par exemple, ne donne aucun droit au père sur ses enfants après le divorce. Si c’est la femme qui demande le divorce ou qui a les torts, elle perd tous ses droits sur les biens et ne garde que les enfants.  D’autre part, si c’est l’homme qui demande le divorce ou qui a les torts, il perd, lui aussi, ses droits sur les biens.

L’épouse n’a aucun droit sur les terres de son mari

Selon le droit coutumier matrilinéaire des Kunama, une femme n’a aucun droit sur les terres de son ex-mari. En cas de décès de son mari, toutes ses terres et ses biens vont aux neveux de celui-ci (les fils de la sœur dudit mari).

La chanteuse matriarche

Faytinga, la « soul sister » d’Erythrée comme on l’appelle souvent à Asmara, est avant tout une kunama (communauté ethnique matriarcale du nord-est du pays). « Chez les Kunamas, on ne fait rien comme les autres, explique-t-elle avec orgueil. Les femmes sont les égales des hommes, elles choisissent leur mari et personne n’irait reprocher à une jeune fille kunama d’avoir un enfant avant le mariage. ». Faytinga revendique sa propre identité musicale : « Le rythme kunama existe depuis si longtemps que je n’ai besoin de rien d’autre. ». Ses textes font place à des thèmes plus personnelles sur l’amour, les femmes et le divorce, dont elle compose la musique sur son krar (guitare traditionnelle).

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