Civilisation matriarcale de Loango (Congo) : quand le roi règne avec sa mère et sa soeur

Un royaume de 600 ans

Le Royaume Bantou de Loango est un royaume d’Afrique centrale, qui a existé du xve siècle au xixe siècle sur un territoire maintenant partagé entre Cabinda (Angola), la République du Congo, la République démocratique du Congo et le Gabon. C’est une monarchie, mais à l’inverse des monarchies européennes le pouvoir n’est pas héréditaire de père en fils.  Le souverain est remplacé après sa mort par un neveu issu de deux familles régnantes (Kondi et N’Kata) parce que c’est le matriarcat, et celui-ci doit être élu par une assemblée de dignitaires (Ma Mboma Si Lwangu) pour devenir le nouveau monarque tout en suivant une initiation mystique très poussée pour être appelé Mâ Loango.

Le sang royal maternel

Le clan s’hérite de la mère et non du père dans les tribus ou les ethnies matrilinéaires. L’organisation institutionnelle du royaume de Loango est globalement la suivante : succession matrilinéaire, choix du nouveau souverain par les Chefs de clan royal «Tchimongo-Lumbu-Tchinkondi », agréé par un Conseil de Nobles (fumu si), autorisation des dieux du royaume (bakisi si), voyage de couronnement qui dure sept ans, canne sculptée (« buta matali »), caractère divin du personnage royal, le chapeau en raphia « ngundu », bracelets, etc. En effet, au royaume Loango la succession au trône est matrilinéaire. C’est-à-dire qu’en règle générale, les rois ne transmettent pas le trône à leurs propres fils mais plutôt à leurs neveux, fils de leurs sœurs. Dans la succession matrilinéaire, le pouvoir ne se transmet pas de père en fils mais plutôt d’oncle à Neveux (Si Fumu), nés de ses sœurs utérines (Si Fumu si Tcheto). Le titre de Nimi Lukéni (roi) passait de l’oncle au neveu car on disait qu’on n’était pas sûr que le fils soit bien le vôtre tandis qu’on était certain que le neveu était bien de votre sang.

Un roi sacré, assisté de sa mère et de sa soeur

La personne du roi est sacrée et entourée d’un rituel complexe. La reine mère et la sœur du roi jouent un rôle important car la succession est matrilinéaire. Le pouvoir absolu du roi est tempéré par un conseil de notables qui sont des chefs locaux détenteurs des terres de leurs ancêtres. Ils assurent la pérennité et la prospérité par leur rôle d’intermédiaire et de conciliateur entre les vivants et les morts.

Une civilisation urbaine

Le géographe et humaniste hollandais Olfert Dapperpublie en 1668 une « Description de l’Afrique » à partir des informations qu’il a pu recueillir à son époque. Son travail de synthèse fait référence, même si certaines informations doivent être considérées avec prudence, car il n’aurait jamais mis lui-même les pieds sur le continent africain !

Cet ouvrage présente notamment une vue impressionnante de la cité de Loango. La localité est comparée à de grandes villes européennes, elle serait d’une taille équivalente à la ville de Rouen. D’autres témoins de l’époque modèrent le propos mais considèrent quand même que la cité comporte des « milliers de cases ». Il s’agit de la capitale administrative du royaume de Loango avec tous les bâtiments royaux et officiels, donc de « Bwali », assimilable aujourd’hui à Diosso (appellation datant d’environ 1850).

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