Matriarcat Makhuwa (Mozambique) : où la belle-mère est reine, et le mari un reproducteur

Les Makhuwa sont un peuple d’agriculteurs que l’on rencontre surtout au Mozambique. Leur système est matriarcal. Le jeune homme Makhuwa quitte son foyer pour s’installer chez sa future belle-mère. Sa première tâche est de féconder sa promise. S’il n’y parvient pas rapidement, il est répudié. Il doit travailler pour le compte exclusif de sa belle-mère jusqu’à ce qu’il ait lui-même une fille à marier : ainsi un nouveau gendre pourra le remplacer et travailler pour la matriarche. Ces caractéristiques culturelles sont surtout observables jusque dans les années 1930, s’étant depuis atténuées.

Une société clanique matri-centrée

L’unité linguistico-culturelle des Makhuwa est la plus peuplée des “ethnies” du Mozambique, avec trois millions d’individus parlant une langue dérivée du bantou. Regroupés au nord du pays dans la province de Nampula, entre le Zambèze, le lac Malawi, la Tanzanie et l’Océan Indien, les Makhuwa forment une société lignagère, avec une prévalence du matrilignage : la transmission de l’héritage, du nom, de l’autorité, etc. passe par la voie féminine. L’organisation sociale est divisée en clans ; elle est en outre matri-centrée puisque les femmes occupent une position socio-économique valorisée.

Une société matrilinéaire, matrilocale et exogamique

Les populations makhuwa sont «matrilinéaires » et la résidence issue du mariage est en principe « uxorilocale ». Les groupes domestiques sont organisés autour d’un groupe de femmes affiliées au même lignage (groupe d’unifiliation matrilinéaire) et hiérarchisées entre elles par l’aînesse au sein de chaque génération, et entre générations successives. Les hommes nés dans le groupe sont affiliés au lignage de leur mère et vont se marier ailleurs tandis que des étrangers viennent chez eux, épouser leurs soeurs et nièces. Les effectifs du groupe domestique sont composés de cette hiérarchie de femmes, de leurs enfants affiliés au même lignage, et de leurs époux affiliés à un ou divers lignages distincts.

Une société sans père, le mari, un étranger à la famille

La société makhuwa est matrilinéaire, “matriarcale” (le pouvoir économique est détenu par certaines classes de femmes) et matrilocale, car, avec le mariage, c’est l’époux qui circule en allant s’installer dans le clan de son épouse (résidence uxorilocale). La place et la fonction normales du
nikuomuha (jeune époux), telles qu’elles sont prédéfinies, se limitent à celles de reproducteur et de producteur. Il ne peut guère revendiquer des droits
sur des progénitures vis-à-vis desquelles la collectivité ne lui reconnaît qu’un simple rôle de géniteur, sans la paternité sociale et tous les effets qui s’y rattachent : autorité, filiation, héritage, travail, affection.

Le devoir de fertilité du mari

On attend des jeunes époux mariés dans le groupe domestique, qu’ils soient les fécondeurs de leurs femmes : ils en assument la responsabilité sociale, leur sperme fait l’objet d’un examen magique à la veille du mariage, ils sont les premiers suspects en cas de stérilité du couple – stérilité qui entraîne leur répudiation. Ils doivent se révéler aussi des producteurs conséquents : les premières années du mariage, les jeunes époux effectuent leurs travaux agricoles quotidiens sur les champs de leur belle-mère, tout en se livrant aux diverses tâches domestiques qui seront plus tard l’apanage des femmes, corvées d’eau, de bois, nettoyage de la cour, des vêtements . . .

Le mari, au service de la belle-mère

Tant qu’ils n’ont pas démontré leur capacité féconde et leur assiduité au travail, ils vivent dans une bâtisse quelconque du foyer de leur belle-mère, dans la cuisine ou au pied du grenier à sorgho. Ce n’est qu’après la naissance d’un premier enfant, et s’ils ont suffisamment démontré leur assiduité au travail, que les jeunes gens sont autorisés à construire leur propre case, un grenier, et à mettre une terre en culture. Ils continuent néanmoins de travailler régulièrement sur les champs des belles-mères, un ou deux jours par semaine, jusqu’à ce que la progéniture de leurs épouses soit elle-même en âge d’être mariée. La dispersion du travail des jeunes pendant cette période, à quoi s’ajoute la remise d’une part importante de la récolte par la jeune épouse à sa mère, entretiennent la dépendance alimentaire des nouveaux ménages. La terre, qui a été délivrée au couple sur le territoire lignagé de la jeune femme, ne suffit pas à sa subsistance.

Vidéo : Le peuple mozambicain où la belle-mère est reine

Paolina et Bernardo ont eu 5 garçons et 5 filles. 4 des garçons sont déjà partis chez leurs épouses. 3 de leurs filles et 2 de leurs petites-filles sont mariées. Elles vivent toutes ensemble avec leurs maris sur le territoire familial. A moins de 50 ans Paolina est déjà arrière grand-mère. Ignacio, un nouveau venu, espère épouser Christina. Mais il doit d’abord faire ses preuves…