Matriarcat Makondé (Tanzanie, Mozambique) : des maîtres de la sculpture honorent la maternité

Les Makondés (ou WaMaKonde) sont un peuple de langue bantou d’Afrique australe, surtout présent sur les hauts plateaux du sud-est de la Tanzanie et au nord du Mozambique. On les trouve également au Kenya et en petit nombre à Mayotte. Leur relatif isolement a longtemps préservé ces populations des contacts avec les Européens. Ils n’ont été touchés par la colonisation qu’au début du xxe siècle. En Tanzanie le nombre de Makondés était estimé à 1 140 000 lors du recensement de 2001. Au Mozambique le recensement de 1997 en dénombrait 233 358 sur une population nationale de 1 373 358. Ils parlent le makonde, un dialecte bantou central du groupe P très proche du Yao parlé au Malawi.

Des maîtres de la sculpture sur bois

Les Makondés sont passés maîtres dans l’art de la sculpture sur bois. On trouve leurs statuettes aussi bien dans les échoppes à touristes que dans les plus grands musées. En Europe, la virtuosité et la créativité de ces artistes ont conquis de nombreuses galeries d’art, des musées et également des particuliers. Depuis plus d’un siècle, ces oeuvres sont considérées comme les plus belles sculptures en bois de l’Afrique Orientale. On désigne les sculptures en bois d’ébène qu’ils réalisent par le nom de leur ethnie : l’art Makondé. Ces oeuvres, d’une grande finesse se caractérisent par un style sobre et précis. Ces créations artistiques sont étroitement liées à leur manière de vivre et de penser : L’art Makondé est en relation directe avec la culture Makondé.

Un art matriarcal

Le peuple Makonde se singularise par des pensées spirituelles et magiques qui répondent aux mystères de la vie. Les Makondes vénèrent et honorent leurs ancêtres et vouent un culte très particulier à la mère : Leurs sculptures traditionnelles découlent de ces croyances. Ces sculptures Makondes nous dévoilent une société matriarcale ou la femme est respectée et mise à l´honneur. C´est la mère nourricière, elle offre une autre vision de la famille : la mère et l´enfant.

La première femme, une oeuvre d’art sculpturale

« Il y a bien longtemps, dans un lieu de la vallée de la Ruvuma, se trouvait un homme. Comme il s’ennuyait, ce jour-là, il prit un morceau de bois et sculpta un autre être semblable à lui. Le soir venu, l’homme planta ce bois sculpté à l’endroit où il avait décidé de passer la nuit. Le lendemain matin, en s’éveillant, il s’aperçut que la statue vivait, et que c’était une femme.

La vie du bois était entrée dans le corps de la femme et marquait pour toujours le caractère matrilinéaire de cette tribu. Au bord de l´eau, la femme mit au monde un enfant mort-né. Alors, ils fuirent tous les deux cette vallée pour se réfugier sur les plateaux arides. Là, la femme accoucha de beaucoup d’enfants. De cet ancêtre, père de la tribu et de cette femme qui en fut la mère, les Makondes ont reçu les lois coutumières qui les gouvernent : lois de l’expérience, respect de la femme et tradition de la sculpture en bois d’ébène qui donna naissance à un être source de vie. »

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