Matriarcat Punu (Gabon) : collectivisme, culte du serpent, mères ancêtres, l’oncle prime sur le père

Les Punu sont un peuple bantou d’Afrique centrale établi principalement au sud du Gabon, également en République du Congo dans la région du Niari. Les Punu migrèrent vers le sud du Gabon (dans le bassin de la Ngounié) au xviiie siècle. Ils représentent l’ethnie la plus importante du sud du Gabon. Ils vivent dans des villages indépendants divisés en clans et en familles. La cohésion sociale est assurée par la société Moukouji, dont le rôle essentiel est de subjuguer les esprits malfaisants de la forêt.

Exogamie clanique

La descendance se transmet par la femme. La société punu, matrilinéaire et viri-patrilocale, est répartie en neuf clans exogamiques dispersés sur le territoire, chaque village comprenant un lignage du clan dominant (“premier occupant”) et plusieurs matrilignages des autres clans.

Polygamie polygyne et avunculat

Le village était composé de plusieurs cases : ma-ndau (pluriel), ndau (singulier), habitées chacune par une famille, c’est-à-dire par le maître de la maison, ses femmes, certains de ses enfants et ses neveux, etc., et constituait une unité de résidence fondée sur les principes matrilinéaire et virilocal.

Mariage consanguin patrilinéaire

Le système de mariage préférentiel avec la cousine croisée patrilatérale semble équilibrer les pouvoirs entre les matrilignages du père et de la mère : l’oncle maternel récupère la dot qu’il a investi dans sa nièce en l’ayant nourri, en la mariant ensuite à son fils, son neveu pourvoyant alors aux besoin des enfants de sa sœur, il récupère ainsi la dot. L’ordre sexué se met en place dans ce cadre, autour de valeurs marquées et clairement définies pour chaque sexe.

Les neufs mères-ancêtres primordiales

Neuf mères seraient les ancêtres des clans matrilinéaires punu : ce sont les clans Dikanda, Micimba, Bujala, Bumuéli, Micumba, Dijaba, Dibamba-Kadi, Mululu, et Ndingi. Le masque de l’okuyi fait référence à la femme ancêtre. Il a pour vocation de relier les vivants aux morts tout en captant les forces occultes de ces derniers. Les Punu sont matrilinéaires et patrilocaux. Si le père d’une famille décède, les enfants vont habiter chez le frère de la mère (l’oncle maternel).

Filiation maternelle et succession adelphique

Rappelons que dans la société punu, la filiation est matrilinéaire. Le pouvoir se trouve donc entre les mains du « leader » du lignage matrilinéaire. Lorsqu’un ifumbu-dimbu mourrait , son lignage choisissait un successeur parmi ses frères ou ses neveux utérins. Parfois lui même avait, au préalable , préparé sa succession. C’était la manière naturelle d’accéder à la succession : la règle générale étant qu’un frère succède a son frère utérin (succession adelphique) ou un neveu au frère de sa mère.

Remplacé par la filiation paternelle

Mais cette règle n’était pas toujours observée sur le plan politique car, nous sommes rendus compte que les fils des défunts intervenaient dans la prise du pouvoir. Ce cas c’était produit dans de nombreux villages , notamment à Mutassu ou, après la mort du fondateur et chef du village Ncumbe-Mugengi son fils Mapangou ma salaime nzambe prit le pouvoir. Cela se produisit aussi à Tonu ( futur Rina-Nzala) pour ne citer que ces deux exemples, ou le pouvoir passe des mains des Badumbi propriétaires du village à celles de leurs fils du clan Bagambu. Dans certains de ces villages ou cette distorsion s’était produite, le pouvoir revenait aux ayants droit après une ou deux générations. Dans, d’autres, en revanche, celui-ci restait aux mains du lignage des épouses du village, c’est à dire, dans le dernier cas, des bagambu et cela pendant nombreuses générations comme ce fut le cas du village Mbaci ou le passage des divers clans furent remarquable. Ceux-ci, grâce aux alliances matrimoniales, l’avaient accaparés.

Patriarcat Punu : le trafic des femmes

Les femmes Punu étaient très recherchées pour le mariage et étaient  l’objet de nombreux enlèvements. Dans le passé elles ont aussi été vendues, échangées, prêtées, louées, volées et ont été la cause de procès, inimités et guerres. Les femmes étaient et sont toujours regroupées dans des associations et subissent des rites d’initiation comportant des épreuves physiques et douloureuses.

Organisation clanique décentralisée

Ils font partie de la quarantaine d’ethnies du Gabon qui ont des institutions similaires avec une vie quotidienne impactée par un milieu physique hostile. Sans organisation politique centralisée, la vie sociale se concentre dans les villages et les clans. Ils rendent un culte aux ancêtres et aux génies protecteurs et des confréries initiatiques à but thérapeutique et judiciaire règlent la vie sociale. Ces groupes ont des statues et des masques qui apparaissent lors des rituels funéraires, les cérémonies d’initiation et les rites magiques dont la fonction principale est de démasquer les sorciers.

En lutte contre le Kongo christianisé

Le terme Punu signifierait aussi bien « guerrier valeureux » que « bandit de grand chemin, meurtrier ». Ils seraient une fraction dissidente des Bjag ou Bayaca signifiant « guerrier », « sauvage », « tueur » qui aurait été en lutte contre le royaume du Kongo, devenu chrétien en 1491 et contre les soldats portugais intervenus suite à la prise de la capitale du Kongo nommée San Salvador en 1569 par les Bayaca.

Lire Mbande Zingha, reine de Matamba (Angola) : une résistante farouche à la colonisation portugaise

Les sociétés secrètes, un pouvoir collectif

Les sociétés secrètes jouent un rôle important dans la vie politique et sociale des Punu. Les chefs de clan, de lignage, de villages avaient de forts pouvoirs pour réguler les comportements mais il fallait parfois pour combattre des désordres, abus, déviances des moyens plus collectifs, sévères et expéditifs rendus possibles par les sociétés secrètes telles que le mwiri et le bwiti.

L’esprit serpent de l’eau

Le mwiri (ce mot signifie : diriger) rassemblait autrefois tous les hommes des villages Punu : c’est le symbole de la force, de la puissance, de la virilité et aussi de la vérité. Il était très craint surtout des femmes qui étaient tuées quand elles tentaient d’en percer le secret. Le mwiri est un génie aquatique, un saurien géant. On retrouve d’ailleurs un motif à écailles de saurien en tant que scarification sur les tempes et front de nombreux masques blancs notamment Punu. Chaque village avait un autel dédié au mwiri.

Lire Le dieu serpent fertile, gardien de l’arbre cosmique, et compagnon de la Déesse-Mère primordiale

Les jumeaux et l’univers maternel des génies de l’eau

Comme dans beaucoup de sociétés africaines, les jumeaux bénéficient d’une attention particulière chez les Punu matrilinéaires. Ils sont vénérés comme des génies de l’eau et, au moment de leur naissance et leur mort, ainsi qu’en cas de maladie, des rites élaborés leur sont consacrés. Chants et danses en sont les composantes essentielles et réalisent, de par leur modalités rythmiques, la participation au monde des génies. Celle-ci s’actualise alors au plus haut degré dans des transes de possession, au cours desquelles les jumeaux communiquent leurs souhaits de manière parfois violente. Or, ce pôle négatif est minimisé par le ton joyeux des célébrations et par leur évocation d’un désir d’alliance avec l’univers maternel des génies, qui apportent abondance et prospérité. L’ambivalence est ainsi orientée vers une attitude d’espoir de bien-être pour toute la communauté.

Propriété collective clanique

Source : Coutume foncière punu, thèse universitaire

Bien des études ont été consacrées à ce sujet, pour en dégager les caractères sacré, collectif et non privatif de la terre, en dépit des formes de mutation que revêt aujourd’hui le domaine de la production foncière dans les zones d’extension urbaine en Afrique.

La terre commune, ciment de la communauté

L’espace symbolise en Afrique l’unicité des membres d’un lignage, la continuité de l’esprit de la communauté lignagère, familiale, voire ethnique, transmis au fil du temps d’une génération à l’autre, sur la base du respect des tenures foncières régissant le territoire lignager, en dépit de sa division apparente en zones d’habitat, d’exploitation agricole, de chasse, de pêche et de forêt sacrée.

La terre mère, une personne morale

Victor Gasse (1967) s’est prononcé dans la décennie des années 60 sur le contenu que la tradition en Afrique au sud du Sahara donne à cette question. En effet, dans son ouvrage intitulé Régimes fonciers africains et malgache, évolution depuis l’indépendance, il note que « dans le droit Negro africain, la terre ne peut être l’objet d’un usage. La terre mère est conçue comme une personne morale, un génie avec lequel le conducteur du peuple a conclu une alliance pour l’usage et l’exploitation du sol ».

Le droit d’usage collectif

Ibrahima D. (1998), étudiant le droit de l’environnement au Sénégal, plus précisément dans la région de Fouta, montre que dans la conception foncière africaine, la communauté n’a pas le droit d’aliéner les droits collectifs, les membres de la communauté ne disposant que d’un droit d’usage collectif et d’occupation. La terre ne peut pas faire l’objet d’appropriation privative. Il existe une complémentarité entre l’individu et le groupe. L’individu acquiert sa personnalité juridique dans le groupe, et tient ses droits de son appartenance aux groupes parentaux, résidentiels, aux classes d’âge, aux confréries, aux groupes politiques.

Le chef de terre, le premier habitant

Dans sa thèse, Monique Koumba Manfoumbi (1987: 132) aborde un peu la question de l’occupation de l’espace à partir des structures sociales clan, village et accessoirement le lignage, dans le cadre du « critère du choix de la terre » où la terre est justement considérée comme « propriété clanique », autrement dit propriété collective. Selon ce que rapporte Manfoumbi, « le clan est propriétaire de la terre (inange) du fait que l’un de ses membres : fumu-inanga (chef de terre) soit arrivé le premier sur un territoire non habité et qu’il l’ait occupé, ainsi que nous venons de le voir dans le peuplement. A ce propos, nous dit-elle, le village appartenait aux descendants de celui qui, le premier, y avait pris place avec les membres de son lignage.

Un legs foncier aux neveux utérins

La plupart des traditions que nous avons recueillies font état d’une reconnaissance explicite de la primauté de l’ancêtre attributeur qui, arrivé sur le site de sa convenance, faisait construire des villages qu’il léguait ensuite aux mabura par le biais des membres qu’il choisissait parmi ses pairs ou ses neveux utérins. Du coup, ces personnages devenaient des chefs de lignages : fumu-ci mabure, désormais propriétaires et responsables des espaces territoriaux qui leur étaient attribués.

La direction foncière des anciens matrilinéaires

Manfoumbi affirme qu’à leur mort, la direction de chacune des terres revenait aux membres de ces mabure, les plus âgés qui, de par leur filiation matrilinéaire, étaient à la tête des familles dominantes :bakaci-ba-malu. Parce qu’ils étaient les aînés de tous, l’héritage de ces terres faisait d’eux des hommes chargés de l’organisation et de l’administration des mabure et donc des bifumb (clan). Le ifumb n’occupait pas un territoire aux contours non déterminés. Il définissait par les limites : mandilu, naturelles (bosquets, rivières, étangs, etc.), connues de tout le monde.

Des portions de terre prêtées à ses membres

Cependant, quoique propriété clanique, l’exploitation de la terre ne se faisait pas de manière collective. Chaque membre du groupe clanique jouissait d’un espace donné, nécessaire non seulement à l’édification de sa case, mais aussi à ses plantations. Aussi, les produits de l’agriculture, de la pêche, de la chasse étaient-ils la propriété de chaque agriculteur, de chaque pêcheur et de chaque chasseur. Poursuivant dans son propos, Manfoumbi (1987 : 133) indique que le territoire clanique se répartissait entre les terres cultivables, les lieux de chasse, de pêche et l’espace sur lequel se trouvaient les villages. En parlant justement de village, Dimbu, elle confirme ce qui a été observé ailleurs, lorsqu’elle note que la terre regroupait donc plusieurs villages éloignés les uns des autres.

Publicités