Matriarcat Sénoufo : matrilignage sans vie conjugale, les Mosos de Côte d’Ivoire

Les Sénoufos (ou Siéna, nom qui se donne et qui signifie ceux qui parlent le séné, le sénoufo) constituent une ethnie africaine, présente au Burkina Faso, dans le sud du Mali (principalement dans la région de Sikasso) et en Côte d’Ivoire (au nord, autour des villes de Boundiali etKorhogo), comptant environ 1 663 199 de membres, soit 9,7 % de la population de Côte d’Ivoire. Les Sénoufos sont essentiellement des paysans qui cultivent le riz, le mil, le maïs, l’igname, le manioc et le thé. Les villages sénoufos sont gouvernés par un conseil des anciens. Dès l’âge de sept ans, les Sénoufos sont initiés, dans des bois sacrés ou « sinzang », et éduqués. La théologie Sénoufo est basée sur la croyance en Koulotiolo, dieu puissant et Katielo, déesse-mère. Les sociétés initiatiques, dont le Poro est la plus importante, jouent un rôle déterminant dans la vie des Sénoufos.

Liberté sexuelle et mariage ambulant

Chez les Senufo de Côte-d’Ivoire, matrilinéaire et polygames, chacun des conjoints reste dans sa famille d’origine, qui est alors la véritable unité domestique de production. Le soir venu, les maris partent rejoindre à tour de rôle (une par jour) leurs différentes épouses qui cuisinent pour eux et leur rendent les services ordinaires du mariage, mais ils ne résident jamais de façon permanent avec une d’entre elles et les enfants qu’ils en ont eus. L’institution est connue sous le nom de  » visisting husband « , le mari visiteur. C’est une forme de famille différente de celle pratiquée par les Nayar en ce sens que, chez les Senufo, le mari est aussi le père de ses enfants.Chez les Sénoufo Nafara de Côte d’Ivoire, dans cette société matrilinéaire duolocale, deux institutions sont intimement liées : le kekurugu, système de visite nocturne des hommes nafara au village maternel de leurs partenaires sexuelles, et le poro, omniprésente institution initiatique masculine. Le personnage central du poro, la mère rituelle fictive des initiés, est une entité composée à partir des quatre figures féminines qui exercent quotidiennement leur empire sur le « mari visiteur » nafara.

Les femmes garantes de la pérennité de la société

Une autre institution, plutôt féminine, le sandoho, assure l’unité et la pérennité des matrilignages par sa fonction de contrôle du respect des règles d’alliance et par le fait qu’elle se recrute en ligne matrilinéaire, tout en fournissant les devins. Les funérailles, « spectaculaires », sont l’expression privilégiée de ces deux institutions majeures d’une société qui attache une importance essentielle à la « bonne mort ».

Un sacerdoce féminin

D’autres sociétés existent dans l’organisation sociale des Sénoufos comme celle de Wambele (La société des Sorciers), ou de Tyekpa, que l’on trouve essentiellement à Fodonon. Une autre société  nommée Sandogo est elle plutôt tournée vers les arts divinatoires et qui occupe une bonne place dans l’organisation spirituelle des Sénoufo. Cette société est elle essentiellement féminine même si des hommes peuvent y entrer et exercer les divinations du fait de leur filiation dans ce système matrilinéaire.

Système tribal

Le village est l’unité de référence la plus large de l’organisation sociale et rituelle de cette société lignagère à forte accentuation matrilinéaire. Un chef de terre contrôle l’intégrité symbolique du territoire et l’attribution des parcelles, tandis que les affaires villageoises sont collectivement gérées par un conseil d’anciens. Le chef de lignage est cependant l’instance habituelle du règlement des questions domestiques et rituelles.

Organisation du village

Les villages Sénoufos sont généralement de petites tailles, de 50 à 2000 habitants, pas plus. Leur organisation spatiale dépend du lignages des personnes qui le compose : ce sont les liens matrilinéaires qui sont primordiaux. A cette division sociale s’ajoute une division économique qui dépend du statut social des personnes : les fermiers (Fono), les forgerons (Kule), les artisans-sculpteurs (Kpeene) et les artisans-orfèvres (Tyeli, qui façonnent les ornements des divinités) se regroupent dans les quartiers qui leurs sont traditionnellement réservés.

Organisation politique et sociale des Sénoufo

Il existe le chef politique du village et le chef de terre. Ce dernier a une fonction de prêtre et joue un rôle d’intermédiaire entre les cultivateurs et les ancêtres. Le village type se compose d’une douzaine de quartiers habités chacun par un lignage distinct. Ses habitants vivent de la récolte obtenue grâce au travail commun de la terre. Chaque lignage habite une zone, entourée de murs, pouvant contenir plusieurs maisonnées, incluant greniers, huttes pour hommes et femmes, des cours dépendances, autels, huttes de divination. Le village est dirigé par un conseil composé de tous les hommes âgés qui assistent le chef, descendant, par les femmes, du lignage fondateur (société matrilinéaire). Chaque lignage est dirigé par un chef choisi parmi les habitants les plus âgés, non pour ses qualités, mais par des règles successorales passant par les femmes. Le forgeron, comme chez les Bamana et Dogon est casté. C’est l’artisan du fer et du bois (uniquement pour les objets usuels). Il a aussi des fonctions sacerdotales.

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