Matriarcat Sérère (Sénégal) : une société solidaire et égalitaire atomisée par l’islam et la modernité

Les Sérères (ou « Serer », « Sereer », « Serere », « Seereer », et parfois à tort « Serre ») sont un peuple d’Afrique de l’Ouest, surtout présent au centre-ouest du Sénégal, du sud de la région de Dakar jusqu’à la frontière gambienne. Ils forment, en nombre, la troisième ethnie du Sénégal, après les Wolofs et les Peuls ; environ un Sénégalais sur six est d’origine sérère. Quelques groupes sérères sont également présents en Gambie et en Mauritanie.

La famille matrilinéaire

Une famille matrilinéaire est un groupement social et politique dont le principe de solidarité est la descendance d’une mère historique ou mythique, et dont l’autorité est cette source proche ou lointaine.

La femme est la source de l’autorité mais ne l’exerce pas

Pour retrouver facilement un parent proche d’une personne dans la communauté sérère de Ndiaganiao, il suffit de donner la dénomination sociale de sa lignée maternelle ou celle de la lignée maternelle de son père. Par exemple, une personne « est Thiékhane » comme sa mère, et « est fils de Kogol » par son père. Le nom de famille qui vient du père est un indicateur de lien de parenté, mais il n’est pas aussi significatif et évidemment que la lignée. Dans la sorcellerie anthropophagie, l’attaque d’une personne vient toujours de l’intérieur de la famille matrilinéaire restreinte ou élargie.

De l’économie dans la famille matrilinéaire

Les personnes et les biens de la famille matrilinéaire forment un capital à la fois humain et économique insécable. Toutes les sœurs remettent leur personne et leurs biens à leur frère aîné. Les neveux travaillent de manière permanente pour leur oncle quand ils habitent ensemble ou de manière épisodique. Ils remettent aussi leurs biens ou leur épargne à l’oncle. Le problème de l’individu est celui de la famille. C’est pourquoi ce sont les enfants des sœurs qui héritent de leur oncle.

Destruction et affaiblissement de la famille matrilinéaire

Sous l’influence de l’ancien colonisateur et de l’islam, le Législateur sénégalais a détruit la famille matrilinéaire sérère et considérablement affaibli ses membres avec l’article 515 du Code de la famille de 1963 qui stipule que désormais, « Les successions sont dévolues aux enfants du défunt…» et non aux enfants de ses soeurs. En déshéritant le neveu au profit du fils, le Législateur sénégalais, l’esprit occidental et l’islam ont contribué fortement à séparer et à éloigner institutionnellement la sœur du frère, le frère du frère, la sœur de la sœur, l’oncle du neveu.
C’est un processus d’atomisation de la famille qui prépara l’individualisme actuel. Les épouses et les fils s’entredéchirent autour de l’héritage de l’époux et du père. Chez les anciens, le capital ne changeait que de gestionnaire mais n’était jamais morcelé. C’est ainsi que les troupeaux de bétail des anciens ont traversé le temps jusqu’à l’entrée de l’article 515 et avant l’expansion de l’islam. Aujourd’hui ces enclos de bétail sont tous détruits.
 
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