Matriarcat Touareg (Sahara) : culte de Tin Hinan reine-mère fondatrice des hommes bleus

Tin Hinan, reine des TouaregLa femme Touareg est au centre de toutes les décisions, elle fait la fierté de ses frères et de toute sa famille. Elle est respectée par tous les hommes en général. C’est dans la société Touareg que l’on considère réellement que la femme est la mère de l’humanité avec tous les droits qui lui sont dûs. Ceci dit, la société des Kel Tamasheq est matriarcale.

Lire Matriarcat touareg – Hélène Claudo Hawad – L’encyclopédie berbère

Les seigneurs bleus du désert

Les Touareg (au singulier un Targui) ou, sous sa forme francisée, les Touaregs (au singulier un Touareg) ou encore Kel Tamasheq sont un peuple de Berbères nomades vivant dans le Sahara central, l’Algérie, la Libye et sur les bordures du Sahel, Niger, Mali, et Burkina Faso. Leur langue est le tamajaq ou tamasheq ou encore tamahaq selon les régions. Ils utilisent un alphabet appelé tifinagh (prononcer tifinar). Ce sont les descendants des premiers habitants de l’Afrique du Nord. Les Touareg sont souvent appelés par les occidentaux, les « hommes bleus », d’après la couleur de leur chèche. Teinte avec de l’indigo, elle décolore sur la peau avec le temps. Le mythe du Touareg (berbères de race blanche peu islamisés, guerriers farouches avec leur bouclier de peau d’antilope qui a macéré dans du lait aigre, société féodale basée sur le matriarcat, nomadisme assimilé à la liberté, la sagesse et la simplicité, « seigneurs du désert » mystérieux par leur tenue, leur voile) apparaît avec l’ouvrage d’Henri Duveyrier Les Touaregs du Nord en 1864.

La reine-mère des hommes bleus

Tin Hinan est l’ancêtre légendaire des Touaregs nobles du Hoggar. Il s’agit d’une femme de légende, que l’on connait aujourd’hui à travers la tradition orale touarègue qui la décrit comme «une femme irrésistiblement belle, grande, au visage sans défaut, au teint clair, aux yeux immenses et ardents, au nez fin, l’ensemble évoquant à la fois la beauté et l’autorité». Son nom veut dire en tamachek, « celle qui se déplace » ou « ou celle qui vient de loin ». Pour plus de détails, lisez sa biographie : Tin Hinan, reine-mère fondatrice des Touaregs (Sahara).

Seules les femmes sont capables de procréer sans hommes

Les Touareg sont les descendants des Libyens dont parle Hérodote (géographe grec du Ve siècle av-JC), qui avaient leurs femmes en commun, qui ne demeuraient pas avec elles, et dont les enfants étaient élevés par les mères. Selon les récits de l’Antiquité, relatant les informations collectées pendant ses voyages en Afrique du Nord, les Libyens se disaient descendre des Troyens, par ailleurs le terme de « Maxies » était utilisé par les Africains pour se dénommer. Ils prétendaient que Minerve était la fille adoptive de Jupiter, car ils ne pouvaient admettre qu’un homme engendrât sans le secours de l’autre sexe : les femmes seules étaient capables d’un tel miracle.

Seule la mère importe

Chez les Touaregs, la femme jouit d’un statut privilégié et le matriarcat est de règle. Les Touareg ne possèdent qu’une parenté, la parenté utérine : la généalogie est féminine. Le Targui connaît sa mère et la mère de sa mère, mais ignore son père. L’enfant appartient à la femme et non au mari ; c’est le sang de celle-ci et non celui de son époux qui confère à l’enfant le rang à prendre dans la tribu et dans la famille. Ainsi donc, n’est retenue que la descendance féminine. La notion de «père» est secondaire dans leurs récits traditionnels. Les tribus Touaregs se revendiquent tous de grandes femmes-ancêtres légendaires.

Des femmes libres et puissantes

«Dans la culture sahraouie nous ne considérons pas qu’il y ait de différence entre filles et garçons dans l’enfance. » Les femmes sahraouies jouent également un rôle actif dans leur lutte politique. En terre sahraouie, selon la vieille tradition, ce sont les femmes qui détiennent les hautes responsabilités. Elles peuvent être ministres ou des ambassadrices.

La mère possède la terre

S’il est un point sur lequel la société targuie diffère de la société arabe, c’est par le contraste de la position élevée qu’y occupe la femme comparée à l’état d’infériorité de la femme arabe. Non seulement chez les Touareg la femme est l’égale de l’homme, mais encore elle jouit d’une condition préférable. Elle dispose de sa main, et dans la communauté conjugale elle gère sa fortune, sans être forcée de contribuer aux dépenses du ménage. Aussi arrive-t-il que, par le cumul des produits, la plus grande partie de la fortune est entre les mains des femmes. Anciennement, lorsqu’il s’agissait de distribution territoriale, les terres attribuées à chaque famille étaient inscrites au nom de la mère. Le droit berbère accorde aux femmes l’administration de leurs biens ; à Rhât, elles seules disposent des maisons, des jardins, en un mot de toute la propriété foncière du pays.

Des amazones cultivées et courtisées

La femme targuie est monogame, elle a imposé la monogamie à son mari, bien que la loi musulmane lui permette plusieurs femmes. Elle est indépendante vis-à-vis de son époux, qu’elle peut répudier sous le plus léger prétexte : elle va et vient librement. Ces institutions sociales et les mœurs qui en découlent ont développé extraordinairement la femme targuie ; « son intelligence et son esprit d’initiative étonnent au milieu d’une société musulmane ». Elle excelle dans les exercices du corps ; à dos de dromadaire, elle franchit cent kilomètres pour se rendre à une soirée ; elle soutient des courses avec les plus hardis cavaliers du désert. Elle se distingue par sa culture intellectuelle : les dames de la tribu de Jmanan sont célèbres par leur beauté et leur talent musical ; quand elles donnent des concerts, les hommes accourent des points les plus éloignés, parés comme des mâles d’autruches. Les femmes des tribus berbères chantent tous les soirs en s’accompagnant sur le rebâza (violon) ; elles improvisent : en plein désert, elles font revivre les cours d’amour de la Provence.

Libre de son corps

La femme mariée est d’autant plus considérée qu’elle compte plus d’amis parmi les hommes ; mais, pour conserver sa réputation, elle n’en doit préférer aucun. « L’amie et l’ami, dit-elle, sont pour les yeux et pour le cœur et non pour le lit seulement, comme chez les Arabes ». Mais les nobles dames targuies ne sont point obligées de mettre leur conduite en contradiction avec leurs sentiments. Le mariage des Touareg n’est pas indissoluble, les couples peuvent se désunir facilement et les femmes convoler à de nouvelles unions.

Plus elle change de mari, plus son prestige est grand

En Mauritanie, les femmes touareg sont maîtresses des affaires familiales. Le mari apporte en dote la grande tente familiale, mais sa présence y est interdite si son épouse en est absente. Contrairement aux autres pays islamiques, plus une femme mauritanienne change de mari, et plus son prestige est grand. Elle peut divorcer pour le moindre prétexte, si par exemple elle ne s’estime pas assez gâtée par son mari.

Les femmes occidentales ont acquis un grand respect de la part des Sahraouis. Dans la plupart des cultures musulmanes, une femme divorcée devient une paria. Mais dans la culture sahraouie, elle est à la fois plus respectée qu’une vierge célibataire, et plus séduisante. ‘De toute évidence, une femme qui a déjà une expérience vaut mieux qu’une femme qui vous devez former en matière de relations avec les hommes, explique un mari nouvellement marié ‘ (pour la troisième fois).

Le divorce n’est pas très onéreux ni très difficile dans le Sahara, les conjoints se mettent habituellement d’accord sur le fait qu’il ne s’entendent plus, et le mari préfère partir. Trois mois après le divorce, l’ex-femme tiendra célébrera son nouveau statut unique. Mais ça ne dure pas longtemps : un nouveau prétendant se présente habituellement à la fête.

Elles possèdent tout : liberté sexuelle, garde d’enfants, bien mobiliers…

Chez les Touareg, les femmes jouissent d’une liberté de choix dans l’implication sexuelle, et poursuivent activement leurs préférences amoureuses. Elles peuvent avoir des visiteurs masculins quand leur maris sont absents. Les femmes conservent également la garde de leurs enfants après le divorce. Les enfants sont sous la responsabilité financière de leurs pères, mais ils sont considérés par la nature et par la coutume comme appartenant à leur mère. Les tentes et leurs meubles sont la propriété personnelle des femmes. Quand une femme veut divorcer, elle prend le lit (le lit seulement dans la tente). Si elle est gravement malade, elle prend la tente entière, ainsi, le mari n’a plus de place où dormir, il doit trouver refuge auprès de sa mère.

Le statut de la femme targuie

*Extrait de “ Le statut privilégiée de la femme touarègue et son évolution actuelle, survie d’un matriarcat », de Faïza SEDDIK ARKAM

La mère, charpente de la société

Chez les touaregs la charpente de la société est structurée autour de la femme. Elle est la matrice de cette culture. Dans l’institution maritale, elle joue le rôle central, depuis le mariage jusqu’à l’éducation des enfants en passant par la gestion du foyer. La femme touarègue a non seulement droit à la propriété, mais tout ce qui matérialise la cellule familiale lui appartient, en commençant par la tente et son contenu. En cas de séparation, l’homme n’a droit qu’à son apparat au sens strict du terme. C’est lui qui part du foyer et le laisse intact pour être livré à l’incertitude.

Aménokal, chef d’oncle à neveu maternel

Cette prépondérance matriarcale a consacré définitivement le droit du fils de la sœur de l’Aménokal (chef suprême des Touaregs) à prendre la relève du pouvoir aristocratique. La femme touarègue est aussi le support sur lequel repose toute la vie économique et l’avenir de la communauté. Elle propose les alternatives, gère et encadre le campement à l’absence de l’homme et participe à toutes les décisions en sa présence.

Asshak, l’éthique morale touarègue

La femme touarègue a accès à la propriété, à la liberté d’être, d’expression, de choisir son partenaire et d’être à l’abri des sévices corporels. Pour préserver ce fondement culturel de cette société, un code de conduite dénommé « Asshak » a été institué et imposé aux hommes. Dans cette démarche éthique morale, l’homme doit gérer son avantage physique afin de ne pas en abuser sur la femme et les faibles de la société. Cette règle garantie la totalité des droits de la femme et fait d’elle le facteur anoblissant l’homme. L’homme qui déroge à cette règle n’est plus noble et est déchu de ses droits. Il est banni. Ce sont les femmes qui prononcent cette exclusion.

Régime matrimonial de séparation de biens

Avant de rejoindre son mari, l’épouse touarègue a toujours disposé d’une tente, de meubles et d’animaux de traite selon les capacités de ses parents. Elle rejoint son mari avec un capital qu’il doit préserver et faire fructifier en accord avec elle. Il convient de préciser que dans le mariage, c’est le régime de la séparation des biens qui prévaut. Aucun mari ne peut disposer des biens matériels inaliénables (ébawel) de son épouse sans son consentement. La femme touarègue choisit son mari, ou alors la famille le choisit avec son accord. Sa préférence est prépondérante, même si elle doit obéir elle aussi à des critères qui préservent la dignité et l’honneur de la famille, de la tribu ou de la fédération. Sa dot est toujours équivalente à celle qui avait été donnée à sa mère ; quel que soit le nombre de ses mariages, elle a droit à la même dot.

Un matriarcat affaibli par l’islam

Aujourd’hui, son rôle dans la société est entamé par plusieurs facteurs endogènes et exogènes. (…) L’écriture berbère « Tifinagh » dont elle était détentrice et qu’elle transmettait aux enfants a été supplantée par d’autres langues, (…). Des comportements contraires au code et à l’éthique « Asshak » deviennent quotidiens et la polygamie commence à rentrer dans les mœurs du fait de la fragilisation de son statut.

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