Umoja, le village des femmes Tumaï, sur la voie d’un retour au matriarcat

Des rescapées du patriarcat

Afin de fuir les mutilations sexuelles, les mariages forcés, les viols, les violences conjugales, des femmes se sont organisées en village. C’est au Kenya que cela se passe. En 1990, une trentaine de femmes est partie loin des villages traditionnels pour former le leur, un village de 2 hectares. On les appelle les Tumaï, ou « espoir de vie ».

De 1970 à 2003, des centaines de femmes disent avoir été violées par des soldats britanniques dans le nord du Kenya. Pour avoir apporté la honte sur leur communauté, elles se font ensuite battre et répudier par leurs maris. Une poignée dentre se regroupe alors et crée Umoja, un village interdit aux hommes qui devient rapidement le refuge des femmes samburu. Le succès dUmoja attise la jalousie des hommes qui attaquent régulièrement le village et causent de nombreux problèmes à sa fondatrice, Rebecca Lolosoli.

En 1990, elles s’unissent et fondent le village d’Umoja, qui signifie « unité » en Kiswahili. La matriarche du village est Rebecca Lolosoli. Ce village a prospéré, et en 2003, il comptait quarante femmes et une centaine d’enfants. Proche de la réserve nationale de Samburu, le village comprend désormais une aire de camping, et un centre culturel. Le village et la cause qui anime ses habitantes se sont fait connaître, et il est devenu un lieu d’hébergement touristique, mais il est relativement méconnu au Kenya. Néanmoins, le nombre de visiteurs a diminué au début de l’année 2008, après les violences ayant fait suite aux élections.

Un village Amazone

Umoja est un village situé dans le Nord du Kenya, à 380 kilomètres de Nairobi dans le district Samburu. Ce village est voisin du village d’Archer Post où est situé un poste de police. Sa particularité est qu’il n’est habité que par des femmes : les hommes y sont interdits. Les habitantes sont des femmes en quête d’indépendance après avoir été violées, puis répudiées et battues par leurs maris qui se considèrent déshonorés.

Elles vivent dans des huttes, construites par elles-mêmes, sans eau potable. Le village est exclusivement féminin, les hommes y sont interdits. Les femmes de Tumai ne sont pas des Amazones pures et dures. Les relations sexuelles sont acceptées mais elles doivent impérativement se passer en dehors du village. Les femmes élèvent seuls les enfants, des deux sexes, qu’elles gardent avec elles. Comme le village est jeune, nous ne savons pas ce qu’il adviendra des garçons après leur adolescence.

Un conseil démocratique tribal

Les Tumaï représentent le conseil fondateur des femmes qui compte désormais 58 membres pour une population totale de 150 personnes (dont 90 enfants et adolescents). Le conseil Tumaï prend les décisions pour tout le village (achats, ventes, envoie des filles à l’école…). Pour acter les choix, le conseil se réunit dans une hutte et vote à main levée de manière démocratique.

À Tumai, au Kenya, les femmes de l’ethnie samburu ont choisi de vivre entre elles. Depuis 2001, elles s’attachent à construire une vraie démocratie participative, 100% féminine, pour avoir la paix, loin des lourdeurs machistes du pays. La communauté des femmes de Tumai pratique une démocratie 100% « participative ». Vendre une poule, acheter des cotonnades à Archers Post, la bourgade voisine, envoyer des enfants à l’école primaire… Toutes les décisions qui engagent l’ensemble des habitants sont soumises, après débats et lors de l’assemblée générale, au vote à la majorité et à main levée.

Une économie prospère

Lors de la sècheresse de 2003, les femmes de Tumai avaient perdu toutes leurs vaches. Elles possèdent désormais des troupeaux de chèvres, et ont édifié, autour de leurs huttes en terre et bouses séchées, des fortifications faites en branches d’acacias. Le but : protéger les animaux, et elles-mêmes, des visites nocturnes. Celles des hyènes curieuses, des lions chapardeurs ou… des hommes empressés.

Les femmes vivaient du commerce du poivre sauvage, de l’élevage de chèvres et de poules. En 2003, en perdant leur bétail (victime de la sécheresse), les Tumaï prirent la décision de vivre de leur artisanat auprès des touristes. Les revenus tirés de l’artisanat et du tourisme soutiennent la petite communauté et ont permis la scolarisation de leurs enfants. Le village a également pu recruter trois hommes afin de les protéger et les aider dans leurs tâches. Umoja subit fréquemment des attaques d’hommes jugeant ce village non conforme à la morale et aux traditions locales, voire provocateur. En plus de la jalousie suscitée par la viabilité économique de leur communauté, les habitantes d’Umoja s’opposent à la coutume traditionnelle en refusant la pratique de l’excision et les mariages précoces de leurs filles. Rebecca Lolosoli a reçu de nombreuses menaces de mort, et en 2005, une femme a été tuée dans le village.

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