Matriarcat Way (Cameroun) : sans père ni mari, mais pas sans oncles, protecteurs naturels des enfants

Au 19ième siècle, un médecin, membre de l’équipage d’un navire allemand, décrivait ainsi la situation qui prévalait alors dans la colonie africaine allemande du Cameroun :

« Dans grand nombre de tribus, l’héritage relève de la maternité. La paternité a peu d’importance. Frères et sœurs ne sont que les enfants d’une mère commune. Un homme ne lègue pas de propriété à ses enfants, mais aux enfants de sa sœur, c’est-à-dire ses neveux et nièces, qui représentent, il va sans dire, ses parents de sang les plus proches. Un chef du peuple Way m’expliqua dans un anglais exécrable : « ma sœur et moi sommes apparentés par le sang ; en conséquence, son fils deviendra mon héritier. Après mon décès, il deviendra le roi de la ville. » « Et votre père? », lui ai-je demandé. « Je ne sais pas ce cela veut dire « mon père » m’a-t-il répondu. Lorsque je lui ai demandé s’il avait des enfants, il éclata de rire à s’en rouler par terre. Il répondit que chez eux, les hommes n’avaient pas d’enfants ; seules les femmes pouvaient s’en réclamer. »

Matriarcat Kom (Cameroun)

Les Kom sont un peuple présent au Cameroun (Grassland). On les considère aujourd’hui comme l’un des sous-groupes des Tikar. Ils parlent une langue bantoue, le kom, dont le nombre de locuteurs était estimé à 233 000 en 2005. Ils furent repoussés depuis le nord par l’expansion peule. Contrairement à celle des Tikar, leur société est matrilinéaire. Ce sont des agriculteurs et des pêcheurs.

Avunculat Ewondo (Cameroun)

L’oncle maternel protecteur naturel de ses neveux malgré une société patrilinéaire

Le lien maternel : la vraie vie pleine de dignité

Les Ewondo ou plus exactement les Bëti be Kóló ou Kóló-Bëti voire simplement Kóló sont un peuple d’Afrique centrale établi au Cameroun. Ils font partie du groupe des Beti. Vieux peuple bantou d’Afrique Centrale, les Éwondo (qui sont des Bëti, du groupe Fang-Bëti-Bulu) caractérisent la relation oncle maternel – neveu utérin de nfààn ènyin « la vraie vie  » ; nfaàn ènyin « une vie pleine de dignité « , et ce, malgré une société fondée sur la filiation maternelle. Cette relation avunculaire est un vestige de l’ère matriarcale, lorsque le père n’était pas reconnu, que le mariage n’existait pas, et que la figure masculine était naturellement assurée par le frère de la mère.

Le protecteur naturel de ses neveux

En effet, l’enfant de la soeur est l’enfant qu’on aime de tout son cœur, qu’on protège et qu’on éduque.L’oncle maternel fait confiance à son neveu utérin et celui-ci lui en sait gré. L’affection qu’ils ont l’un pour l’autre est si profonde qu’elle traverse des générations. De nos jours encore, on rencontre des Bëti qui vont chez les bàtànà, « les oncles maternels de leurs pères ». L’oncle maternel ne peut rien refuser à son neveu. Et celui-ci ne peut être dans le besoin alors que son oncle a la possibilité de l’aider. L’oncle maternel est le protecteur naturel de ses neveux ; et ceux-ci, en toute circonstance, sont ses défenseurs naturels. Bien vécue, la relation avunculaire chez les Éwondo est une vie de partage et de joie ; une vie marquée par l’ardeur au travail et par la spontanéité; ou par une générosité soutenue et une confiance mutuelle avérée. La relation avunculaire est l’école de la présence et de l’effacement, celle de la discrétion et de la responsabilité ; c’est l’école du service, du don et de la maîtrise des savoirs acquis. C’est l’école de la vie en famille ou en société.L’avunculat est l’école de la vie.ewondo

Matriarcat Fang (Cameroun)

Une société confédérale segmentaire matrilinéaire

342px-Fang_Reliquiarfigur_eyima_byeri_Museum_RietbergLes Fangs, dont certains pensent que le réel ethnonyme est Ekang, forment un groupe ethnique bantou que l’on trouve aujourd’hui en Afrique centrale. Les langues fangs se déclinent en plusieurs dialectes et créoles.

C’est au Cameroun que vivent le plus de Fang (3 200 000) où ils représentent 20 % de la population. Ils sont majoritaires (80 %, soit 450 000) en Guinée équatoriale, au Gabon (37 %, soit 480 000) et un petit nombre d’entre eux vivent au Congo-Brazzaville et à Sao Tomé-et-Principe.

Un peuple qui a fuit la guerre

L’hypothèse tirée de la mythologie traditionnelle Fang parle, quant à elle, d’une zone vers l’Est, dans une région élevée, où se trouvaient des lacs entourés d’une faune tout à fait différente de celle du Gabon. Cette hypothèse fait référence à un mythe appelé La marche des enfants d’Afiri-Kara, qui relate la marche périlleuse d’un peuple dans son avancée migratoire. Fuyant les guerres et les conflits avec les autres peuples, ce groupe va s’enfoncer progressivement dans la forêt en direction donc, si on l’assimile au groupe Fang producteur du mythe, de l’Afrique équatoriale.

Une structure confédérale et segmentaire

Elle se présente de cette manière : au sommet de la pyramide se situe l’ethnie (fang), ensuite celle-ci se divise en principaux sous-groupes, lesquels, à leur tour, se divisent en d’autres sous-groupes (ayong), en tribus, qui se scindent encore en clans, puis en familles (au sens de famille élargie). Le clan matrilinéaire est le noyau de cette structure.

Sur la voie du patriarcat

Sous la pression des missionnaires chrétiens, les fang se tournent de plus en plus vers le patriarcat (c’est le père qui a autorité sur les enfants), fondé sur l’organisation patrilocale (on vit chez le mari ou chez les parents de ce dernier). Le père concentre tous les pouvoirs, même si les oncles maternels sont consultés pour certaines décisions importantes. Les enfants naturels (conçus hors mariage) appelés mwan y’adzè chez les patrilinéaires sont affiliés comme dans un système matrilinéaire : un enfant naturel est élevé et appartient à la famille de la mère. Bien qu’étant dans un système patrilinéaire, ces enfants n’ont des droits que dans leurs clan maternel. Chez les patrilinéaires, la filiation est fonction du payement de la dot. En cas d’un mariage impossible, la femme a le droit de retourner dans son clan maternel (adougan a dzang die), et d’élever ses enfants avec ses frères. Les oncles maternels ont le devoir de les installer (attribution de portions de terres) et de les élever, bien que les enfants doivent assurer la ligné du père. L’oncle maternel garde encore sa place.