Matriarcat Wolof (Sénégal) : une royauté devenue patrilinéaire par l’islamisation

Les Wolofs constituent une ethnie vivant au Sénégal où ils représentent près de la moitié de la population (43,3 %) et arrivent en troisième position en Gambie avec 16 % des habitants et constituent environ 9 % de la population mauritanienne. Ils sont aussi présents au Mali, enEurope et en Amérique du Nord, où la diaspora sénégalaise est bien implantée. Leur langue est le wolof. Ils sont presque tous musulmans.

Une société totémique matrilinéaire

La société wolof est de type patrilinéaire, depuis leur islamisation, avant cela elle était matrilinéaire. La parenté est définie par les familles patrilinéaire et matrilinéaire. Quelques groupes chrétiens existent également. Encore de religion traditionnel, dites Tieddo, les Wolofs pratiquaient le totémisme, le matriarcat, l’hommage aux ancêtres, ainsi que les autres éléments de la religion africaine qui reconnait aussi un Dieu unique et créateur.

Une société de castes matrilinéaires

Les Wolofs ont adopté un système hiérarchique fondé sur la filiation matrilinéaire, associé aux principes du droit islamique depuis le début du XXème siècle. La société wolof est organisée en castes (familles princières, nobles,paysans, forgerons, tisserands, travailleurs du bois, du cuir, griots). Elle comprend trois strates hiérarchisées : la classe supérieure (appelée encore la classe des hommes libres), la classe intermédiaire des artisans à spécialisation héréditaire et la classe inférieure des esclaves. Les classes d’âges jouaient un rôle important dans la structure social, chaque classe avait ses rites d’initiation et ses interdits. Dans la famille wolof, le respect envers les aînés, et les plus âgés que soi est primordial.

Une double filiation, spirituelle (matrilinéaire) et sociale (patrilinéaire)

Il existe deux branches familiales, la paternelle appelée Guegno, et la maternelle Meen. Pour les wolofs, si c’est du lignage Guegno, que l’on hérite du nom de famille Sant, lié à un l’animal totem, et de la condition sociale (Caste), c’est du lignage Meen, que l’on reçoit le caractère Jiko, le sang Deret, la chair Soox, et l’esprit Xel. Les pouvoirs mystiques ndëmm sont transmis par la mère. Avec l’islam le rôle de l’homme dans la société a pris plus d’importance. Avant la femme avait plus de pouvoir de décision. Mais aujourd’hui chez les Wolofs, comme dans beaucoup de sociétés africaines, la femme est tout de même respectée et honorée, et l’islam qu’elle pratique est un islam libre.

Les royautés Wolof

L’un des anciens royaumes issus de l’éclatement de l’empire wolof du Djolof au xvie siècle, le royaume du Walo était situé au nord du Sénégal et au sud de la Mauritanie et occupait une position stratégique entre le monde arabo-berbère et l’Afrique noire. Sa capitale était Njurbel situé au sud de la Mauritanie actuelle.

Le roi du Waalo portait le titre de brak. Au Waalo, le brak était élu par le seb ak baor, représentant l’assemblée des grands électeurs, le diogomayqui est le maître des eaux, le diawoudine maître de la terre, gouverneur des Kangame chefs de provinces, le Maalo trésorier du royaume. Le brak était choisi parmi les trois dynasties du royaume, il devaient appartenir par le lignage maternel Meen, et a l’une des trois lignée. L’héritier était choisi parmi les fils des sœurs du brak et non parmi les fils du brak, la société du Waalo étant matrilinéaire. Les familles: Diaw ,WadeMbodjiNdiaye,NdiouckDiop constituaient les clans les plus puissants du Waalo, tous d’origine wolof.

Les mère et soeurs du roi

Linguère (aussi : linger ou lingeer) était le titre donné à la mère ou à la sœur du souverain, dans les royaumes Sérères du Sine, du Saloum et auparavant le Royaume de Baol; et royaumes wolofs du Cayor, du Djolof, du Baol et du Waalo dans l’ancien Sénégal. Le mot « lingeer » signifie « reine » ou « princesse » en langue sérère et langue wolof. La Linguère titre bien que généralement donnée à la mère ou la sœur du roi, et parfois la première épouse du roi (la Linguère-Awo), le titre peut également signifier une princesse royale.

Dans le royaume Wolof du Waalo, Linguère Ndoye Demba est considérée comme la matriarche du clan maternel Diouss. Dans le royaume Sérère du Sine, elle est la grand-mère Fatim Bèye (nombreuses variantes: Fa-tim Beye ou Fatimata Beye) qui est considéré comme la matriarche de cette dynastie maternelle. Dans la langue sérère, le mot « Fa-tim » signifie « le clan maternel de ». Le nom Bèye est aussi l’un des Sérères de nombreux clans maternels.

La linguère Ndaté Yalla Mbodj – ou Ndete Yalla – (1810-1860) est la dernière grande reine du Waalo, un royaume situé dans le Nord-Ouest de l’actuel Sénégal. C’est une héroïne de la résistance à la colonisation française dans l’Afrique de l’Ouest du XIXe siècle. Elle est la mère de Sidya Léon Diop – ou Sidya Ndaté Yalla Diop – qui deviendra à son tour l’un des plus grands résistants à la colonisation du Sénégal.

« Aujourd’hui nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les tiédos du Walo, si vaillants guerriers soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l’ennemi. L’envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Walo aux mains des étrangers ? »

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