Matriarcat Apache : femmes chamanes, guerrières et déesses fondatrices

Apache (de apachu, « ennemi » en langue zuñi) est un nom générique donné à différentes tribus indiennes d’Amérique du Nord vivant dans le sud-ouest des États-Unis et le Nord des États mexicains de Chihuahua et du Sonora, formant le territoire de l’Apacheria et partageant la même langue athapascane méridionale (proche des langues athapascanes septentrionales parlées par les indiens d’Alaska et de l’ouest duCanada). Les Navajos parlent une langue très proche et partagent la même culture, ils sont donc souvent considérés comme des Apaches.

Mariage matrilinéaire et divorce aisé

Les peuples apaches de l’Ouest étaient matrilinéaires. Seule l’ascendance maternelle est prise en compte dans la filiation. La polygamie était pratiquée lorsque les circonstances économiques le permettaient, et l’un ou l’autre des conjoints pouvait aisément mettre un terme au mariage. Si la polygamie se pratiquait dans toutes les tribus apache, à l’exception des Lipans, elle restait peu courante. Un seul homme riche pouvait se marier deux fois, dans ce cas, il prenait pour seconde femme la soeur de sa première épouse. Dans la culture apache, les femmes rapportaient la nourriture, le bois et l’eau tandis que les hommes partaient chasser et faire la guerre.

La maison Apache propriété de la femme

La plupart des familles vivaient dans des wickiups, des huttes de branchage en formes de dôme ou dans des tipis en peau de bisons. Ces huttes de formes circulaires sont érigées par les femmes, qui les possèdent, et qui utilisent pour les construire, des branchages de prosopis, de cotonnier ou de saule assemblée à l’aide de fibre de yucca. L’ensemble est recouvert de broussailles et d’herbes sèches.

Des déesses fondatrices des clans

La division des entités tribales apaches en bandes, groupes locaux et grandes familles était plus complexe dans le cas des apaches de l’ouest en raison du système de clan matrilinéaire rappelant celui en vigueur chez les pueblos de l’ouest. On comptait quelques 62 clans, dont les membres disaient descendre de créatures féminines mythiques, ces clans devaient d’ailleurs leurs noms aux sites agricoles que ces femmes auraient fondés, comme « le peuple des deux rangées d’épinettes jaunes poussant ensemble ».

Confédéralisme, solidarité et identité

Tous les clans descendaient de l’un des trois clans mythologiques originels et formaient des fratries. Ces clans et fratries venaient s’imbriquer dans tous les groupes d’apaches de l’ouest. Les membres d’un clan se sentait obliger de s’entraider, ils tissaient des liens tribaux unissant les groupes locaux isolés. L’appartenance à un clan pouvait être signalé par certains traits caracteristiques des cérémonies, par des attitudes ou des habits ou, tout simplement, par l’inclinaison du bandeau dont le membre du clan ce ceignait la tête, ainssi que par les symboles qui ornaient ses vêtements ou ses biens.

Une religion qui valorise les femmes

Chez les Apaches, la religion était polythéiste et animiste. Ussen, considéré comme le dieu suprême par les non-indiens, était en réalité une puissance surnaturelle préexistante à la création de l’univers. Les autres dieux, importants, créés par Ussen étaient : Femme peinte en blanc ( ou Femme qui change) et l’Enfant de l’Eau. L’un de ces deux personnages aurait créé la Terre, mais tous les Apaches sont d’accord pour déclarer qu’ils ont été créés par l’Enfant de l’Eau. Son frère, Tueur d’Ennemi leur avait rendu un fier service en libérant les animaux du monde souterrain ou ils se trouvaient enfermés, mais ils seraient également à l’origine de leur malheur en créant l’homme blanc.

La religion était un aspect fondamental de la vie des Apaches ; les plus connus parmi les êtres surnaturels étaient les ga’ns, des esprits de la montagne protecteurs représentés dans des rites religieux tels que la cérémonie de puberté des filles, qui a encore lieu chez les Apaches de l’Ouest. Les cérémonies les plus importantes du rituel apache étaient les rites de puberté des filles (qui duraient quatre jours et quatre nuits) pendant lesquels les hommes dansaient en portant des masques qui représentaient des divinités protectrices.

La préoccupation majeure des Apaches était, cependant, le pouvoir. Contrairement à d’autres tribus, ils ne croyaient pas que tout le pouvoir appartenait uniquement à certains (chaman ou homme-médecine) mais plutôt que la grande majorité des hommes et des femmes pouvait posséder un «pouvoir» quel qu’il fut mais il ne leur était pas possible de le rechercher, seulement d’attendre qu’il leur soit révélé, sans être sollicité, seulement à l’occasion d’un rêve ou d’une vision (vision quest).

Les apaches aujourd’hui

De nombreux descendants d’Apaches vivent dans des réserves d’Arizona et du Nouveau-Mexique. Aujourd’hui, l’agriculture, l’élevage et les activités liées au tourisme sont importants économiquement. Cependant, le chômage y est élevé. Leur culture actuelle est un mélange de croyances traditionnelle apaches, comme la magie, et d’éléments chrétiens contemporains.

Lozen, femme guerrière et chamane

Lozen (environ 1840 – environ 1887) était la sœur de Victorio (1825 – 1880), le chef de guerre apache Chihenne-Chiricahua au Nouveau-Mexique. C’est une femme guerrière qui accompagna Geronimo dans de nombreux raids. Née dans les années 1840, elle fut rapidement considérée comme une guerrière expérimentée et une chamane. Selon la légende, elle était capable d’utiliser ses pouvoirs (Diya) durant la bataille afin de connaître le mouvement de ses ennemis. Victorio disait d’elle : « Lozen est ma main droite… forte comme un homme, plus brave que la plupart d’entre eux, un vrai stratège et une protection pour notre peuple ». Selon Peter Aleshire, Lozen combattit dans plus de campagnes contre les Mexicains et les Américains qu’aucun des grands chefs de guerre apaches, comme Cochise, Mangas Coloradas, Juh,Geronimo ou même son propre frère Victorio.

Lozen, soutien de guerre pour Victorio

En 1877, Victorio et ses guerriers Apaches venaient de quitter la réserve de San Carlos en Arizona où ils vivaient dans des conditions déplorables. Ils commencèrent alors à écumer la région et à fuir les militaires. Lors d’une de leurs fuites, Lozen sut trouver les mots pour inciter les femmes et les enfants, pétrifiés par la peur, à traverser le Río Grande en crue. James Kaywaykala, qui était un enfant à l’époque, se remémore l’événement en ces termes : « Je vis une femme magnifique sur un très beau cheval, Lozen, la sœur de Victorio, Lozen la femme guerrier ». L’enfant était sur le cheval de sa grand-mère à ce moment-là. « Lozen tenait une carabine au-dessus de sa tête, elle engagea son cheval dans les eaux tumultueuses, tirant la tête de l’animal hors de l’eau avec ses rênes et, rassuré, il commença à nager ». Le reste du groupe la suivit alors dans la rivière. Quand ils atteignirent l’autre rive, froids, humides, mais sains et saufs, Lozen vint vers la grand-mère de Kaywaykala et lui dit : « Tu prends tout le monde en charge maintenant, je dois aller rejoindre les guerriers ». Ces derniers se tenaient entre la cavalerie américaine et leurs femmes et leurs enfants pour les protéger. Lozen fit le chemin dans l’autre sens pour traverser la rivière et retourner au combat.

Lozen, protectrice des mères

Plus tard, Lozen dut quitter le groupe de Victorio pour accompagner à travers le désert une mère qui venait de mettre son enfant au monde depuis le Mexique jusqu’à la réserve des Apaches Mescaleros. Elle s’était équipée d’un seul fusil, d’une cartouchière, d’un couteau et de nourriture pour trois jours. Plutôt que d’utiliser son fusil et de se faire repérer, elle utilisa son couteau lorsqu’elle dut tuer une vache parce qu’elles manquaient de nourriture. Elle vola un cheval à la cavalerie pour remplacer celui de la mère et un autre pour elle-même, cela sous les tirs des propriétaires. Elle s’empara également, plus tard, d’un selle, puis d’un autre fusil, de munitions, d’une couverture et même de la chemise d’un soldat sans qu’il ne lui arrive rien. Elles parvinrent à destination sans encombre. C’est alors qu’elle apprit que Victorio et ses hommes avaient été piégés par les forces mexicaines et les indiens Tarahumara à Tres Castillos. C’était le 14 octobre 1880. Les hommes y livrèrent leur dernière bataille. Il est dit que Victorio se tua avec son propre couteau plutôt que de se voir tué par les Mexicains.

Après Victorio

Pensant que les blessés et les survivants auraient besoin d’elle, Lozen partit immédiatement en direction du lieu de l’embuscade. Et, passant au travers de toutes les patrouilles, elle rejoignit les survivants de son groupe menés par le patriarche Nana, 74 ans, dans la Sierra Madre. Elle combattit alors à ses côtés pendant les deux mois de représailles pour la mort de Victorio. Nana disait d’elle : “Bien qu’elle soit une femme, il n’y a pas de guerrier qui égale la sœur de Victorio”. Lozen combattit également auprès de Geronimo. Alexander B. Adams, dans son livre sur Geronimo, dit d’elle qu’elle “se tenait debout les bras levés, chantant une prière à Ysun (la divinité suprême des Apaches), puis elle tournait sur elle-même jusqu’à ressentir dans ses bras la présence de ses ennemis et leur nombre». Elle fut faite prisonnière après la reddition de Geronimo. Elle mourut de tuberculose en 1887.

Publicités