Matriarcat Dakelh (Canada) : une société matrilinéaire qui respecte la parité des cheffes

Une langue en voie de disparition

Les Dakelh sont le peuple indigène d’une large partie du centre de la Colombie-Britannique. Ce nom signifie « ceux qui se déplacent en bateau ». On les appelle les Porteurs en français, Carriers en anglais ; c’est la traduction du nom que leur ont donné les Sekani, que les Européens ont rencontré avant les Dakelh. La langue dakelh est une langue athapascane. Les Porteurs parlent deux langues apparentées. La première, le babine-witsuwit’en, est parfois appelée porteur du nord. La seconde, le porteur à proprement parler, inclut ce qu’on appelle parfois le porteur du centre et le porteur du sud. Comme la plupart des langages de Colombie-Britannique, le porteur est une langue en danger. Seulement 10% des Porteurs parlent actuellement le porteur, et quasiment aucun enfant.

Géographie et sous-groupes

Leur population est de plus de 10 000 personnes. Leur nom vient d’une ancienne coutume voulant que la veuve porte les cendres de son défunt mari dans un sac pendant environ un an, après quoi une distribution cérémonielle de biens la libère de cette obligation. Le territoire des Porteurs sekani s’étend sur environ 76 000 kilomètres carrés dans la région du plateau intérieur de la Colombie-Britannique bordée à l’est par les montagnes Rocheuses, au nord par les chaînons Ominéca et à l’ouest par la côte du Pacifique. Les Porteurs établissent leurs villages d’hiver le plus souvent près d’une décharge de lac, d’un confluent de rivières ou d’une gorge de rivière stratégique. Ils se divisent en trois grands sous-groupes basés sur les différences dialectales et la culture : les Porteurs du Nord ou Babines, qui vivent le long de la rivière Bulkley et du lac Babine dans le bassin versant de la rivière Skeena; les Porteurs du centre, dans les bassins des lacs Stuart et Fraser du bassin versant du fleuve Fraser et les Porteurs du Sud, dans la région de la rivière Blackwater.

Des clans matrilinéaires

Les Porteurs du Nord et du centre vivent en clans de filiation matrilinéaire et disposent de droits sur les ressources d’une région (keyoh) et sur des lieux de cueillette. Les chefs des clans de parenté portent le nom de deneza. Les clans tiennent des potlatchs, distribution cérémonielle de biens et de nourriture, pour commémorer les décès, l’héritage de noms et autres occasions spéciales. Les membres de chaque communauté sont unis par des liens étendus de parenté qui règlent la transmission de territoires de piégeage et l’échange de biens et de services. L’organisation sociale des Porteurs du Sud est fondée sur des clans de parenté bilatérale centrés autour de familles étendues formées des frères, de leurs épouses et enfants et des familles des fils mariés. Chaque clan (sedeku) a son territoire de chasse et de pêche et ses lieux de cueillette.

Le mot « potlatch » est emprunté au chinook (devenu jargon de traite au XIXe siècle sur la côte nord-ouest d’Amérique du Nord) ; il signifiait « action de donner ». Le terme est utilisé par les ethnologues américains pour désigner diverses cérémonies ostentatoires et dispendieuses donnant lieu à des festivités, à des déclarations publiques, ainsi qu’à des distributions et à des destructions de biens, observées surtout au cours de la seconde moitié du XIXe siècle parmi les populations de pêcheurs-chasseurs-collecteurs des côtes du Pacifique depuis l’État de Washington jusqu’à l’Alaska. Les interdictions officielles valables jusqu’en 1934 (États-Unis) et 1951 (Canada) furent une agression contre un des piliers des cultures indiennes.

Des femmes cheffes

La Première nation de Lake Babine est connue comme la nation des quatre clans. Sa gouvernance traditionnelle s’appuie sur l’autorité des chefs héréditaires des quatre clans matrilinéaires. Depuis des temps immémoriaux, les chefs héréditaires ont géré les terres ancestrales de la Première nation et ont été chargés du bien-être social et économique de leur peuple. Les chefs héréditaires accèdent à leur charge grâce à l’autorité des membres de leur clan. La charge se transmet au sein d’une famille élargie par descendance matrilinéaire, de la mère à la fille, de l’oncle à la nièce ou au neveu, par exemple, ou à d’autres membres de la famille immédiate par matrilinéarité. Chaque chef héréditaire accède à une charge au sein de son clan matrilinéaire en adoptant un nom héréditaire qui est assorti de certaines obligations et de certains pouvoirs bien définis. Certains des noms, mais pas tous, sont également assortis de droits et obligations à l’égard de certains lopins de terre dans les territoires ancestraux. Les chefs héréditaires sont habilités à prendre des décisions en matière de gouvernement à régler les conflits et à faire respecter le droit coutumier de la nation. Pour l’instant, environ la moitié des quelque cent chefs héréditaires sont des femmes; les grands chefs des quatre clans sont des hommes.

Publicités