Matriarcat Haïda et Tahltan (Canada) : la splendeur de l’art totémique

Couple Haïda, d'après Swan, en 1886Les Haïdas sont un peuple amérindien de la côte Ouest du Canada et du Nord des États-Unis, ainsi qu’une partie Sud-Est de l’Alaska, le long de la côte du Pacifique, et dans l’archipel Haida Gwaii en particulier. Ils sont notamment connus pour leurs totems, leurs sculptures traditionnelles et leur art graphique en général. Indiens des îles de la Reine-Charlotte (Colombie britannique) et du sud de l’île du Prince-de-Galles (Alaska). Ils parlent le haida, une langue liée à l’athapascan, et sont, du point de vue culturel, très proches des Tlingit et des Tsimshian. Ils étaient environ 2 200 en 1995.

Lignage maternel et exogamie

Hormis les classes, le tissu social des Haïdas était fondé sur la parenté et le lignage familial. Il n’y avait pas de clan. L’ethnie était divisée en deux unités appelées « moitiés » : on appartenait à une moitié dès sa naissance par filiation matrilinéaire. Chaque communauté villageoise haïda était divisée en deux groupes : les Corbeaux et les Aigles. Les Corbeaux comptaient généralement 22 lignages et les Aigles 23. L’exogamie était de mise et les mariages se faisaient uniquement entre les membres des deux groupes différents. Il n’y avait pas de mariage entre les membres d’un même groupe. Les enfants devenaient membre du groupe de leur mère. C’était donc une société matrilinéaire. La richesse et la position de noblesse étaient transmises par héritage matrilinéaire. Ainsi, l’héritier d’un chef n’est pas son propre fils, mais bien le fils de sa sœur.

Des maisons familiales collectives de plus de 700 membres

Chaque lignage possédait des droits sur certains territoires importants du point de vue économique ; et occupait une ou plusieurs maisons dans des villages distincts qui avaient leurs chefs, chaque maison ayant aussi le sien. Chaque lignage pouvait faire la guerre et la paix et organiser des cérémonies. Sur le plan économique, les lignages étaient indépendants les uns des autres. L’appartenance à un lignage donnait des droits et privilèges comme l’accès à une maison et aux lieux et zones d’approvisionnement. En effet, chaque lignage possédait des biens, notamment des emblèmes particuliers, très importants dans la société haïda. Chaque lignage avait à sa tête un chef. Les communautés haïdas, regroupant des Aigles et des Corbeaux, avaient à leur tour un chef de village. C’était le chef de lignage ayant amassé le plus de prestige par l’accumulation de richesse ou tout simplement celui dont le lignage contenait le plus de membres. Chez les Haidah de l’île de la reine Caroline, des ménages de plus de sept cents membres vivaient sous le même toit.

L’art totémique

Les Haida avaient une économie qui reposait surtout sur la pêche en mer (saumon, flétan et morue) et sur la chasse. Ils excellaient dans le travail du bois et ils étaient surtout célèbres pour leurs canoës et pour leur production artistique ; ils ornaient tous leurs objets utilitaires d’êtres surnaturels qu’ils représentaient de manière très conventionnelle. Ils fabriquaient des totems très impressionnants sur lesquels étaient sculptés les événements importants relatifs à l’histoire des familles. Ces totems servaient de piliers à l’extérieur et à l’intérieur de la maison ; on les utilisait aussi comme totems mortuaires ou commémoratifs. L’art de la côte nord-ouest des États-Unis et du Canada a été découvert assez tardivement. Il y avait eu, en effet, en Europe une grande vogue pour l’art nègre, mais on continuait d’ignorer alors l’art de la côte nord-ouest. C’est grâce à la colonie française d’artistes et d’intellectuels qui vivaient à New York pendant la Seconde Guerre mondiale qu’on découvrit les sculptures de cette côte, surtout celles des Haida.

Potlatch, la cérémonie du don

Le mot « potlatch » est emprunté au chinook (devenu jargon de traite au XIXe siècle sur la côte nord-ouest d’Amérique du Nord) ; il signifiait « action de donner ». Le terme est utilisé par les ethnologues américains pour désigner diverses cérémonies ostentatoires et dispendieuses donnant lieu à des festivités, à des déclarations publiques, ainsi qu’à des distributions et à des destructions de biens, observées surtout au cours de la seconde moitié du XIXe siècle parmi les populations de pêcheurs-chasseurs-collecteurs des côtes du Pacifique depuis l’État de Washington jusqu’à l’Alaska. Les interdictions officielles valables jusqu’en 1934 (États-Unis) et 1951 (Canada) furent une agression contre un des piliers des cultures indiennes.

Un élément important de la culture haïda était le potlatch. C’était une cérémonie rituelle au cours de laquelle un homme de haut rang fait des dons à outrance dans le but de renforcer ses droits et privilèges. Ces dons sont de nature matérielle : nourriture, étoffe, etc. Il fallait parfois des années pour accumuler la richesse nécessaire pour procéder à un potlatch. Les occasions d’effectuer un potlatch étaient par exemple l’attribution d’un emblème, un mariage, un décès, la construction de maisons ou encore l’érection d’un mât totémique.

Guerres et esclavage

Bien qu’il n’y avait pas d’organisation politique intercommunautaire ferme chez les Haïdas, la société était divisée en classes :  d’abord les gens de haut rang, puis la noblesse; ensuite les gens ordinaires (commoners), et enfin les esclaves. Les nobles, qui formaient l’ensemble le plus nombreux dans la société, sont les leaders qui s’étaient approprié des droits sur des sources d’approvisionnement. Les gens du peuple, moins nombreux étaient dès lors soumis, sous cet angle, aux possédants. Ces esclaves étaient des prises de guerre, c’est-à-dire des adultes ou des enfants qui avaient été enlevés à leur communauté, lors de raids guerriers, pour être amenés chez les Haïdas. Il n’y avait pas d’entité politique reliant l’ensemble des communautés haïdas. Les communautés pouvaient se faire la guerre entre eux. Les raisons de faire la guerre avec les autres groupes de la côte nord-ouest étaient variées : la revanche, l’expansion territoriale, le pillage, notamment dans le but d’obtenir des esclaves. L’importance de la guerre est attestée par les multiples fractures sur les os de squelette retrouvés dans les sépultures lors de fouilles archéologiques. Ces fractures ne pouvaient pas être accidentelles et furent causées par des objets contondants.

Matriarcat Tahltan

Les Tahltans, peuple autochtone de langue athapascane, occupent une zone entourant la rivière Stikine, dans le Nord-Ouest de la Colombie-Britannique. Les Tahltans sont répartis en six grandes divisions géographiques reconnues, chacune comprenant deux moitiés, Corbeau et Loup, divisées à leur tour en trois clans matrilinéaires. Un quatrième clan est issu des mariages entre Tahltans et Tlingits. Chaque clan a son propre territoire et son propre chef héréditaire, de même que son répertoire de noms, de contes, de chants, de danses et d’emblèmes qu’on déploie lors des cérémonies marquant les rassemblements de familles dans les principaux villages. Le chef de clan gère les activités de chasse et de piégeage, attribue un territoire particulier à chaque famille et arbitre les disputes, le cas échéant. Les chefs de familles et de clans détiennent aussi les droits héréditaires les plus importants. Ces individus forment une classe supérieure et assurent leur position grâce à leur conduite convenable, à leurs capacités et à leur richesse. Il n’existe cependant aucune nette distinction entre eux et les Tahltans ordinaires. Les esclaves, acquis par capture ou échange, viennent toujours d’autres bandes autochtones. Vers 1875, les chefs de clans acceptent de se regrouper sous un seul chef, en l’occurrence celui du clan Kachadi, qui est nommé grand chef.