Matriarcat Hopi (Arizona) : anarchie et autogestion d’une civilisation agricole et pacifique

Les Hopis (contraction de Hopitu-shinumu « le peuple paisible » en français) font partie du groupe amérindien des Pueblos d’Amérique du Nord, voisins des Apaches, des Navajos, des Papagos, et des Zuñis. Les Hopis vivent dans le nord-est de l’Arizona, dans la région des Four Corners une région très aride. Dans des textes anciens, le peuple est souvent appelé Moki ou Moqui. On recensait 7 494 Hopis répartis en 7 pueblos en 1775, alors qu’il n’y en avait plus que 6 500 en 1990.

Origines et religion

On ne connaît pas précisément l’origine des Hopi ni celle de leur organisation en communautés indépendantes. Leurs mythes d’origine racontent que leurs ancêtres se sont frayé un chemin à travers quatre chambres souterraines appelées kiva et ont vécu dans différents lieux avant d’atteindre leur territoire actuel. Dans chaque village, est édifiée une Kiva, un bâtiment à ciel ouvert, comportant une pièce souterraine. Les kiva leur servent de lieu de réunions ; là, ils tissent, peignent, fument et prient. Lieu de culte lors des festivités, club masculin dans les périodes profanes, il ne reste plus aujourd’hui que 5 kivas sur tout le territoire hopi.

Clans, anarchie et autogestion

Les Hopi sont subdivisés en plusieurs clans, regroupés en phratries exogamiques. Chaque village est divisé en plusieurs clans qui portent des noms d’animaux ou de plantes. Les clans les plus importants étaient : clan des ours, clan des perroquets, clan des aigles, clan des blaireaux. Les clans, regroupant les membres d’une même famille sur plusieurs générations, se regroupent au sein de coopérative, sans réelle fonction administrative ou religieuse. Les hopis sont assez réfractaires à toute forme d’organisation politique : pas de hiérarchie administrative, en dépit des efforts du Conseil Tribal Hopi. Chaque village se gère de façon autonome. Le chef du hameau a pour fonction essentielle de veiller au bien-être des habitants et le Kaletaka (chef de guerre) joue un rôle de modérateur social. L’organisation religieuse est en revanche particulièrement structurée et c’est elle qui permet la cohésion sociale.

Commandement des mères et liberté sexuelle

La société Hopi est exogame. La descendance familiale est matrilinéaire et la demeure matrilocale. Les terres cultivables et les habitations appartiennent aux femmes. Leur économie repose sur l’agriculture (maïs, haricots, courges, en particulier) et sur l’élevage des moutons. L’union matrimoniale entre membres d’un même clan est interdite.  L’adultère était parfaitement admis chez les Hopis. Dans certains groupes, les femmes avaient parfois la liberté de quitter leur époux quand elles le décidaient. Aujourd’hui encore, beaucoup d’Indiennes décident d’élever seules leurs enfants ou se remarient plusieurs fois sans aucune amertume envers leurs ex-maris. Cette tolérance sociale n’empêche pas que le corps des femmes fasse l’objet de divers tabous religieux. Société matrilinéaire, les femmes dominent le clan. La grand mère maternelle est un personnage de première importance : propriétaire de la terre, chef du clan et gardienne des fétiches sacrés, ses conseils et ses ordres sont respectés. Toutefois le domaine religieux est interdit aux femmes, hormis de rares cérémonies, tout comme l’accès à la Kivas. Les femmes peuvent être exclues des espaces rituels (c’est encore le cas aujourd’hui chez les Hopi et les Pueblo).

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Prêtre serpent, d’oncle à neveu maternel

Le mari et le père des enfants a un rôle subalterne par rapport au frère de sa femme, qui est lui considéré comme étant le père social de l’enfant. D’ailleurs, les hommes sont plus intéressés par la descendance de leur sœur que de leur épouse. C’est l’oncle maternel qui est chargé de l’instruction religieuse des enfants et de la transmission orale des savoirs. La dignité de Prêtre Serpent, de même, reste dans les limites du clan, mais passe d’un frère à l’autre ou de l’oncle maternel au neveu. Le serpent est une figure centrale des danses sacrées. Les serpents sont des symboles de fertilité. Chaque année, les Hopi pratiquent la danse du serpent pour célébrer l’union du Serpent Jeunesse (un esprit du ciel), et de la Fille Serpent (un esprit souterrain), pour renouveler la fertilité de la nature. Pendant la danse, des serpents vivants sont maintenus dans chaque main, et à la fin, les serpents sont relâchés dans les champs, afin de garantir de bonnes récoltes. « La danse des serpents est une prière pour les esprits des nuages, du tonnerre et de la foudre, pour que la pluie tombe sur les récoltes en croissance ».

Héritage utérin, la mère possède la terre

Parmi ces Indiens, les maisons appartiennent invariablement aux femmes et se transmettent en conséquence de mère en fille. Lorsqu’une Indienne Hopi meurt, sa maison passe à ses filles, ressortissantes de son clan à elle par descendance matrilinéaire; mais elle ne devient pas et n’est jamais devenue la propriété du clan. Tout d’abord, la loi des Hopi interdisant aux hommes de posséder des maisons, une moitié environ de la tribu ne peut se classer parmi les propriétaires. Secondement, il s’agit de la possession collective d’une maison non point par toutes les femmes du clan, mais tout au plus par les descendantes en lignée féminine de la défunte.

Union matrilocale

Lors d’un mariage, le mari va vivre dans le village ou la maison de la mère de son épouse et conserve la nostalgie de la maison familiale. Après le mariage, l’époux rejoint le clan de son épouse, l’homme emménage chez sa femme, c’est elle qui est propriétaire du logement et des terres. Les clans sont propriétaires des rituels, leurs objets et des kivas. Les sociétés des kivas ont la responsabilité des très nombreuses cérémonies qui rythment l’année.

La famille rotationnelle

Ce modèle de famille se nomme « rotationnel » car la rotation s’effectue autour du personnage central, celui de la mère. La mère demeure au centre alors que les mâles entrent, effectuent leur tour de piste, et puis s’en vont. C’est le modèle des Indiens Hopi. Fred Eggan, anthropologue, en fait la description de la manière suivante : « Le noyau ou l’axe central du ménage s’articule autour d’une lignée des femmes – un segment de la grande lignée. Tous les membres du segment, mâle et femelle, naissent dans l’habitation maternelle, et considèrent cette dernière comme leur domicile. Normalement, après le mariage, seules les femmes y demeurent. Après s’être mariés, les hommes de la lignée maternelle quittent le domicile pour emménager dans la demeure de leur épouse. Ils retournent au foyer natal à l’occasion de divers rituels et autres cérémonies, ou lors d’une séparation ou d’un divorce, ce qui est tout de même assez fréquent. À leur tour, d’autres hommes entrent dans le foyer maternel après leur mariage … Le ménage évolue autour d’un noyau central et permanent composé de femmes. Les hommes n’ont qu’une valeur périphérique, partagés entre leurs domiciles et leurs sentiments d’appartenance. » L’anthropologue A. I. Richards appelle ce modèle « l’institution du conjoint ou encore du frère visiteur. » Il remarque que ce modèle est caractérisé par des unions instables : « un homme qui ne peut plus tolérer la situation dans le village de sa conjointe quitte et va ailleurs. Cette situation pourrait être décrite comme étant celle du conjoint éjectable. »

Un sexisme équilibré

Comme dans toutes les cultures traditionnelles, les tâches sont sexuellement divisées. Les femmes ont des activités de poterie ou de vannerie et les hommes de tissage, mais chez les Hopi cette spécialisation sexuelle ne s’arrête pas aux tâches. La langue et l’espace sont également sexuellement répartis. Les femmes ont des activités plus à l’ouest et en hauteur et les hommes à l’est et en profondeur.

La femme au-dessus de l’homme

La femme a donc une position dominatrice, aussi bien sur le plan économique (transmission des biens) que domestique. Les naissances de filles sont donc ici très attendues contrairement aux sociétés indienne (Inde) et chinoise, qui n’hésitent pas à commettre l’avortement tardif des foetus féminins non désirés. De fait, la femme se retrouve dans la majeure partie de ses activités dans une position de hauteur. Elle reste souvent au village, les hommes, eux, cultivent les champs qui se trouvent dans la vallée et lors des cérémonies, lorsqu’elle doit se rendre dans la kiva (salle plus masculine car enterrée), elle s’installe à un niveau supérieur à celui des hommes.

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