Matriarcat Tsimshian, Kwakiutl et Gitksans (Canada) : guerrière, chamanique et matrilinéaire

Cérémonie du Potlatch (dons rituels) dans une maison noble Tsimshian

Tout au nord, allant de l’extrémité méridionale de l’Alaska à la côte septentrionale de la Colombie britannique et aux régions adjacentes, se situe l’une des dernières zones tribales du Canada, représentée de la façon la plus caractéristique par les Tlingit, les Haïda et les Tsimshian. Les Tlingit sont divisés en deux phratries exogamiques : celle du Corbeau et celle du Loup (ou de l’Aigle); les Tsimshian, en quatre clans exogamiques dont deux s’appellent l’Aigle et le Loup, tandis que les deux autres portent des noms ne se référant pas à des animaux, quoiqu’ils se rattachent respectivement à l’ours et au corbeau. La descendance est matrilinéaire.

Matriarcat Tsimshian

Les Tsimshian (Sm’algyax: Ts’msyan) sont un peuple indigène d’Amérique du Nord. Leurs communautés sont originaires de l’estuaire du fleuve Skeena (le nom Tsimshian signifie « Peuple de la rivière Skeena »), autour des villes actuelles de Terrace et de Prince Rupert en Colombie-Britannique, avant de s’établir au xixe siècle sur l’île Annette, au sud de l’Alaska, à Metlakahtla. Les quelques 10 000 Tsimshians recensés, sont répartis en trois tribus distinctes.

Matrilinéaire et avunculaire

Les Tsimshians sont un peuple de pêcheur avec une structure matrilinéaire. Pêcheurs de saumons et de poissons-chandelles, ils étaient célèbres pour la somptuosité de leurs potlatchs et pour la beauté de leurs totems sculptés. Dans le système matrilinéaire en vigueur chez les Tsimshian, les garçons étaient élevés par leurs parents jusqu’à l’âge de dix ans, puis ils allaient vivre chez leur oncle maternel dont ils devaient hériter.

Exogamie totémique

Ils comptaient quatorze tribus. Chaque tribu était divisée en quatre clans exogamiques matrilinéaires placés sous les totems du loup, de l’aigle, du poisson et du corbeau. Tous les membres d’un clan se considéraient comme des parents et occupaient un rang déterminé les uns par rapport aux autres, depuis le chef jusqu’au plus pauvre. Cette hiérarchie entraînait divers styles de comportement, dont l’observance prenait la valeur d’une étiquette.

Collectivisme clanique

Tous les membres du clan possédaient en commun certains terrains de pêche, des maisons, des campements et divers traits spécifiques portant sur des noms ou des titres cérémoniels, des noms de maison, des danses, des chansons et des emblèmes.

Matriarcat Kwakiutl

Les Kwakwaka’wakw (ou Kwakiutl) sont un peuple amérindien de la province de Colombie-Britannique au nord-ouest du Canada. Ils vivent principalement au nord de l’île de Vancouver et sur le continent. On estime leur nombre à 5 500 personnes. La langue traditionnelle des indiens Kwakwaka’wakw s’appelle le kwakiutl ou le kwak’wala. Lors du 60e anniversaire de l’UNESCO, le 16 novembre 2005, Claude Lévi-Strauss témoigne : « Or je devais recevoir l’an dernier du chef des nations Kakwaka’wakw un appel à l’aide. Sa langue, le kwakwala, m’écrivait-il, n’était plus parlée que par 200 personnes à peine. Par d’autres exemples, nombreux hélas, l’Unesco a pu se convaincre que les langues sont un trésor, d’abord en elles-mêmes, et parce que leur disparition entraîne celle de croyances, savoirs, usages, arts et traditions qui sont autant de pièces irremplaçables du patrimoine de l’humanité. »

Le Potlatch, la cérémonie du don

Dance d'hiver Tsimshian, similaire aux Kwakiutl

Leur culture est reconnue pour ses totems et masques rituels artistiques. Avant d’entrer en contact avec les colons européens au cours des années 1700, leur société était complexe et stratifiée, avec des chefs, des nobles et des esclaves, et avaient une tradition célèbre appelée le potlatch. Le potlatch est une cérémonie de dons entre clans, afin d’affirmer puissance et alliances économiques et militaires. Les potlatchs sont encore maintenus aujourd’hui, mais ils sont désormais de grandes fêtes pour des baptêmes, mariages, anniversaires, diplômes et pour transmettre les histoires anciennes.

Le mot « potlatch » est emprunté au chinook (devenu jargon de traite au XIXe siècle sur la côte nord-ouest d’Amérique du Nord) ; il signifiait « action de donner ». Le terme est utilisé par les ethnologues américains pour désigner diverses cérémonies ostentatoires et dispendieuses donnant lieu à des festivités, à des déclarations publiques, ainsi qu’à des distributions et à des destructions de biens, observées surtout au cours de la seconde moitié du XIXe siècle parmi les populations de pêcheurs-chasseurs-collecteurs des côtes du Pacifique depuis l’État de Washington jusqu’à l’Alaska. Les interdictions officielles valables jusqu’en 1934 (États-Unis) et 1951 (Canada) furent une agression contre un des piliers des cultures indiennes.

Une société renaissante

La société Kwakiutl était matriarcale, le lignage se faisait par le sang maternel. Environ 30 groupes Kwakiutl différents ont vécu le long de la côte ouest des États-Unis au Canada. Les Kwakiutls commerçaient des fourrures avec les explorateurs russes et ont commencé à intégrer le mode de vie européen. Dans les années 1800, ils ont commencé à travailler pour des entreprises de pêche commerciale. Tous ces changements ainsi que les maladies européennes ont presque dévasté leurs effectifs. Ils ont chuté de 8.000 à moins de 1000. Aujourd’hui, la population Kwakiutl a augmenté à environ 3500 et la plupart continuent à travailler dans l’industrie de la pêche. Aujourd’hui, les Kwakiutls ont 8 réserves sur 728 acres de terres. Ils continuent à perpétuer leur culture à travers les potlatchs, des festins, des danses traditionnelles et des spectacles en été qui représentent les diverses tribus.

Matriarcat Gitksan

Leur langue, une forme de la langue nass-gitksane de la famille linguistique tsimshienne, est apparentée au tsimshian de la côte et aussi, probablement, aux langues penutiennes de la Californie et de l’Oregon. Peuple matrilinéaire, les Gitksans naissent dans l’une des quatre lignées ou phratries (auxquelles le conjoint ou la conjointe n’appartient forcément pas du fait de son mariage). Traditionnellement, le contrôle de la terre et des territoires de pêche ainsi que leur transmission aux enfants de la mère est un des aspects les plus importants aux yeux de chaque famille gitksane ou « wilp ». La famille du père s’occupe d’autres responsabilités telles que l’éducation des enfants. On estime à plus de 50 les Wilps au Canada et chacun de ces groupes a une histoire orale (adaawk) et des chansons qui décrivent les ancêtres et l’histoire familiale. Leur culture était caractérisée, par une éducation de type matrilinéaire. Le rôle des femmes chez les Gitksans était donc très important.  Chez les Gitksans, les femmes avaient beaucoup de responsabilités et jouaient des rôles prépondérants.

Les Nuxalk (parfois appelés Bella Coola) sont un peuple matrilinéaire nord-amérindien de Colombie-Britannique au Canada. Ce peuple fait partie de l’Organisation des nations et des peuples non-représentés.