Matriarcat Shipibo (Pérou – Amazonie) : une société matrilinéaire de femmes chamanes

Les Shipibos-Conibos sont un peuple indigène d’Amazonie qui vit dans la Région d’Ucayali au Pérou. Composés de 20 178 individus, ils représentent 8,42 % de la population indigène recensée dans le pays.

Une société chamanique matrilinéaire

Indiens de langue pano qui habitent au Pérou oriental, dans le sud-ouest de la province brésilienne de l’Amazone, et en Bolivie orientale. Ces tribus possèdent quelques traits communs comme l’importance de la culture du manioc doux, la chasse à la tortue, l’utilisation du harpon, l’organisation en unités familiales matrilinéaires et l’endo-cannibalisme (ils mangent leurs propres morts pour les honorer). Les hommes et femmes chamanes absorbent une drogue, le cayapi, pour obtenir un état de transe.

Parmi les groupes de langue pano, les mieux connus sont les Setebo, les Shipibo et les Conibo de la région de l’Ucayali au Pérou oriental. Leur unité sociale est la famille étendue matrilinéaire qui occupe une seule grande maison. Leur économie a pour base l’horticulture sur brûlis, complétée par la chasse et la pêche. Ils chassent à l’aide d’une sarbacane et d’un propulseur. Les Pano de cette région n’utilisent pas le hamac et dorment sur des nattes posées à même le sol. Pour tisser le coton, ils emploient les métiers horizontaux, de type « Ucayali ». Ces tribus avaient, dans le passé, des têtes-trophées mais ne mangeaient pas leurs ennemis. La poterie peinte utilise des motifs très caractéristiques, des dessins rectilignes en noir et rouge sur fond beige ou blanc appliqués sur des bols ou sur les jarres destinées à contenir la chicha. Ces dessins géométriques se retrouvent sur les tissus, les pipes, et dans les peintures ornant le visage et le corps. Dans la région du Jurua et du Purus, au Brésil, les Pano sont entourés de tribus arawak et catukinan. Ces Pano chassent avec l’arc et la flèche, ne déforment pas les crânes de leurs enfants, contrairement à ceux de l’Ucayali, et utilisent le hamac. Ces caractéristiques différentes résultent probablement de l’influence arawak.

Vidéo : chant pour bébé, par Élisa Vargas Fernandez, femme chamane Shipibo

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Un patriarcat récent

Cependant, il existe un certain nombre d’anciens clans dont l’appartenance se transmettait selon un mode patrilinéaire. Mais ce type de lien social est en voie de disparition. On y pratique de nombreux rites de passage parmi lesquels l’excision. C’est le seul groupe autochtone en Amérique du Sud chez qui cette pratique ait été rapportée à l’époque contemporaine. Cette pratique vise à supprimer le plaisir féminin, afin de prévenir l’adultère, pour garantir la filiation paternelle. La polygamie y est pratiquée. La polygynie sororale était encore coutumière chez les Shipibo dans les années 1960. Les 2/3 des nouveaux couples vivent chez les parents de l’épouse, ou non loin de leur demeure. La filiation était de type cognatique (matrilinéaire et patrilinéaire) en dépit de l’inflexion patrilinéaire de l’appartenance clanique. Les collections ethnographiques de vêtements chamaniques conservés dans les musées portent des marques de travestissement qui seraient dus au matriarcat primitif qui a précédé, le patriarcat. Les chamanes hommes, après avoir enlevé le pouvoir aux femmes, auraient gardé sur leurs vêtements, les marques du féminin, pour mieux asseoir leur autorité.

Introcision : dès qu’une fillette atteint sa maturité, elle est droguée et soumise à des mutilations devant son groupe. L’opération est pratiquée par une femme âgée, à l’aide d’une lame en bambou. Elle consiste à découper l’hymen à l’entrée du vagin et à le séparer des lèvres, tout en exposant le clitoris. Des herbes médicinales sont ensuite appliquées avant d’introduire dans le vagin un objet légèrement humecté, en forme de verge, fabriqué en terre cuite.

Vidéo : chant religieux, par Élisa Vargas Fernandez, femme chamane Shipibo

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