Matriarcat Taïno (Martinique) : l’île des femmes et des enfants sans père, un peuple paradisiaque exterminé par les espagnols

Les Taïnos, ou Tainos, sont une ethnie amérindienne considérée comme distincte du groupe des Arawaks, qui occupait les grandes Antilles lors de l’arrivée des Européens au xve siècle. Malgré leur quasi disparition au xvie siècle, beaucoup d’Antillais, plus particulièrement des Cubains, Haïtiens, Portoricains et Dominicains continuent de se considérer comme Tainos.

Quand les espagnols retrouvent le paradis

« Le chant des oiseaux vous fait désirer de ne plus partir. Des bandes de perroquets obscurcissent le ciel ; il y a des arbres de mille sortes, chacun avec son fruit propre, et tous sentent si bon que c’est merveille… » – Journal de Christophe Colomb

Lorsque Christophe Colomb met le pied sur ce qui s’appellera Haïti, il n’en croit pas ses yeux. C’est le paradis sur terre. Les Taïnos vivaient de cueillette, ils étaient libres, personne n’était sous la domination de qui que ce soit, puisqu’ils avaient tout pour être heureux. Les Espagnols, qui décidèrent de cultiver la canne à sucre sur l’île, voulurent mettre les Taïnos en esclavage, mais ceux-ci refusèrent et se laissèrent tous massacrer. Pour travailler la terre, les Espagnols « importèrent » alors des esclaves d’Afrique.

Des origines Maya

L’origine des indiens tainos est controversée. Leur langue est d’origine arawak mais en analysant leur symbolique et leur mythologie, elles semblent liée aux Mayas du Yucatán, du Guatemala et d’autres régions adjacentes. Rudolf Schuller dans L’Ouragan, dieux de la tourmente, et le Popol-Vuh (voir Popol Vuh), signale de nombreux parallèles avec les traditions mayas.

Une société tripartite et matrilinéaire

L’organisation sociale des Taïnos, fortement hiérarchisée, comprenait trois classes :

  • les Naborias ou villageois travaillant la terre,
  • les Nitaínos considérés comme les nobles des tribus,
  • les Bohiqueschamans ou prêtres qui représentaient les croyances religieuses et le Cacique connu aussi sous le nom de « Guare », chef de la tribu ou « Yucayeque ».

De plus, existait un chef suprême auquel les Caciques devaient verser un tribut. Chaque chef de village, aristocrate aux pouvoirs héréditaires, faisait à son tour allégeance au chef du territoire de son choix. La société était matrilinéaire. Le village, unité sociopolitique de base comptant jusqu’à 5 000 personnes, disposait en son centre d’un terrain de jeu de balle, où se pratiquait le « tlachtli ».

Quand les femmes dirigeaient le monde

La légende des Taïnos  raconte que, dans des temps très éloignés, les femmes dirigeaient le monde au point que le soleil s’en est indigné et qu’il a ensemencé une vierge. C’est ainsi qu’est né Jurupari pour donner aux hommes les secrets du pouvoir. Des secrets qui ne devaient être transmis qu’aux enfants mâles. Toutefois, sans doute parce que leur terre était si nourricière qu’elle engendrait peu de conflits, les hommes ne semblaient pas abuser de leur pouvoir sur les femmes.

La Martinique: l’île des femmes et des enfants sans père

Le nom Matinino, aurait pour signification «  l’île aux femmes ou l’île sans père ». Il se réfèrerait à la mythologie Taïno assurant l’existence d’une île mythique, où les enfants n’auraient pas de père.

« Quand, lors de son premier voyage, Christophe Colomb touche Cuba puis l’île d’Ayti qu’il nommera l’Espagnole et qu’il parvient de mieux en mieux à communiquer avec les autochtones auprès desquels il cherche à glaner des informations, ces derniers lui parlent d’une terre localisée au sud de leur archipel où ne résideraient que des femmes. Riches, farouches et indépendantes, ces guerrières ne recevraient les hommes d’une île voisine qu’à une période déterminée de l’année après laquelle ils regagneraient leur foyer. Seules les filles résultant de cette union demeureraient avec leurs mères tandis que les garçons, une fois sevrés, repartiraient avec leurs géniteurs, de sorte que seuls des individus de sexe féminin résideraient en permanence dans l’île nommée en taino-arawak Matinino : sans-pères (ma- : sans, -inin : père, géniteur, -no : suffixe marqueur du pluriel).

Fortement intéressé par ces dires, le Génois y adhère d’autant qu’ils font formidablement écho aux légendes des Amazones répandues dans l’ancien monde eurasiatique ou africain depuis la plus haute antiquité. »

Par la suite, des marins européens en escale dans notre pays ont cru reconnaître l’île mythique taino-arawak et lui ont attribué le nom de Matinino. En réalité, les amérindiens Kalinago (sous groupe Arawak) habitant cette île l’appelaient « ioüanacaéra » : l’île-(aux)-iguanes (comprenons : île-(aux)-serpents).