Matriarcat indo-européen pré-aryen : les guerrières amazones antiques d’Asie centrale (Scythes)

Des tombes de femmes guerrières

Il semble que les sociétés pastorales de nomades d’Eurasie dans lesquelles le patriarcat semble s’être formé aient été également des sociétés matriarcales. C’est du moins ce qu’il ressort des fouilles menées entre 1992 et 1995 par Jeannine Davis-Kimball, directrice du Centre de Recherches de la Civilisation Nomade Eurasiatique à l’université de Berkeley en Californie.

Ce sont en fait davantage des squelettes féminins qui ont été retrouvés dans les Kourganes; les tumulus funéraires antiques (600 et 200 av. JC) que l’on trouve en Russie, au kazakhstan et en Chine à Banpo.

Celle-ci a pu noter que dans tous les musées d’Eurasie qu’elle a systématiquement visité pour en connaitre les artefacts conservés, se retrouvent les traces de prêtresses, femmes-chamanes, et curieusement, à partir de -4000 environ, guerrières, ce qui n’a pas manqué d’être mis en relation avec le mythe des Amazones. En effet, 42 % des tombes féminines contenaient des armes (pics de combat, haches-pic, poignards, flèches) et des éléments de harnachement. La thèse de J.Davis-Kimball a été appuyée par Sarah Nelson, anthropologue de l’université de Denver.

Extrait de l’Or des Amazones, sur le site du Musée Cernuschi :

« Plusieurs riches ensembles de tombes féminines associent armes et éléments de harnachement aux miroirs et aux bijoux, démontrant, preuves à l’appui, que derrière le mythe, transmis par la tradition antique, des redoutables amazones, ce peuple fabuleux de femmes chasseresses et guerrières, se profile la réalité d’une société nomade remarquablement égalitaire dans la répartition des tâches quotidiennes comme dans celle du pouvoir. ».

Libertins et égalitaires

Les amazones auraient une origine historique. Elles correspondraient aux femmes guerrières des peuples des steppes, les scythes et les sauromates. Hérodote : « Chacun prend une épouse, mais les femmes sont communes à tous. Le Massagète qui désire une femme accroche son carquois à l’avant de son chariot et s’unit à elle en toute tranquillité. ». Strabon(XI, 8,6) répète presque mot pour mot la même information.

Le témoignage d’Hérodote reflète peut-être une liberté de mœurs chez les Massagètes, que n’avaient pas les femmes grecques. On trouve une confirmation iconographique du rôle « coquin » du carquois dans la « Collection sibérienne » où un homme y est représenté allongé sur les genoux d’une femme, tandis qu’un autre garde son cheval… avec un carquois accroché à une branche d’arbre.

La seule certitude des historiens est le rôle prépondérant de la femme. Hérodote dit formellement que chez les Issedons les femmes sont les égales des hommes : « Au reste les Issedons sont, eux aussi, vertueux, et les femmes ont chez eux les mêmes droits que les hommes ». Plusieurs reines saces sont mentionnées par les auteurs grecs, comme Tomyris reine des Massagètes, mais aussi Zarina (« la dorée »). En – 529, la reine Massagète Tomyris défait Cyrus, roi des Perses, fera couper sa tête et la plongera dans un bain de sang en disant ces mots : « Ta lâche ruse m’a pris mon fils. Mais je vais, moi, te rassasier de sang, comme je t’en avais menacé ». La femme Sace monte à cheval, combat, lève une armée et envahit des territoires.

D’après le Byzantin Photius (815-897) « Sparêthra après la capture de son mari Amorgès, leva une armée de 300 000 hommes et 200 000 femmes, combattit Cyrus et le battit ». Un fragment de Ctésias préservé par Démétrios, affirme à propos d’une histoire d’amour malheureuse entre un Mède et une cavalière Sace qu’il avait capturée puis relâchée : « Les femmes des Saces combattent, comme des amazones ».

La femme Sace pouvait ainsi se défendre seule contre les bêtes sauvages lorsqu’elle gardait les troupeau et cessait d’être une proie facile pour les ennemis. Une légende raconte aussi que les femmes tchétchènes (musulmans soufis du Caucase) sont les descendantes des Amazones, ces redoutables guerrières de l’Antiquité.

Une diabolisation du matriarcat

Cette ère matriarcale, que la victoire du patriarcat a diabolisé, les chroniqueurs, poètes et mythologues la nommèrent  »l’ère du chaos », où régnaient dragons, monstres féminins, et buveuses de sang… ancêtres de celles que les grecs nommeront les  »mangeuses de chair humaine », les amazones. Ce  »chaos » attribué par les patriarcaux aux temps de la Grande Déesse, fut en réalité infligé au monde après la destruction de ce culte matristique.

« Il n’est pas question d’en revenir à la croyance du « matriarcat » de Bachofen. Mais Simone de Beauvoir elle-même reconnaît la « très haute situation » dont la femme jouissait dans la lointaine antiquité. Dans La crise de la psychanalyse, Erich Fromm déclare que la thèse de Bachofen, même fausse, montra une incomparable fécondité pour la pensée du XIX siècle, et que l’avoir méconnue explique en grande partie les aberrations d’un novateur comme Freud lorsqu’il aborde le problème féminin.

Mes recherches m’ont amenée à croire que c’est la défense, les armes à la main, des richesses agricoles, qui est à l’origine des prétendues « légendes » des Amazones et de leurs combats contre les hommes chasseurs et bergers. »Françoise d’Eaubonne, Le Féminisme ou la mort. P 114

« Les poètes grecs et latins ne forment que le début d’une longue lignée de conteurs qui exalteront la femme armée, la juvénile et farouche adversaire du patriarcat oppresseur. » – Françoise d’Eaubonne, Les femmes avant le patriarcat. P 60.

Des résistantes au mariage

Dans la mythologie grecque, les amazones sont un peuple de femmes guerrières résidant sur les rives de la mer Noire du fleuve Thermodon. Elles vivaient, au début, au bord du fleuve Amazone, qui porte aujourd’hui le nom de Tanaïs, fils de l’Amazone Lysippé, qui offensa Aphrodite par son mépris du mariage et son amour de la guerre.

Le pays amazone

Selon l’historien Diodore de Sicile, les amazones africaines viennent de Libye. Elles avaient disparu bien avant la guerre de Troie alors que celles de Thermodon en Asie Mineure étaient en pleine expansion. Les Gorgones contre lesquelles avait combattu Persée étaient elles aussi originaires de la Libye. Le Thermodon (en turc : Terme Çayı ; grec ancien : Θερμώδων, Thermōdōn) est un fleuve longeant la ville de Thémiscyre, en Cappadoce, dans le nord de la Turquie actuelle. Thémiscyre (en grec ancien Θεμίσκυρα / Themískyra), est une ville antique de Cappadoce située sur les bords du Thermodon, et qui était, selon la légende, la capitale des Amazones. On situe son emplacement à proximité de la ville moderne de Terme, en Turquie. Il n’en reste aucune ruine.

Il est mentionné notamment par Strabon, Géographie, Livre I, chapitre 3, 7 : « dans le voisinage des bouches du Thermodon et de l’Iris, tout le territoire de Thémiscyre, autrement dit la plaine des Amazones »

Et aussi par Hérodote, Histoire, Livre 9 – Calliope : « Nous avons fait aussi de belles actions contre les Amazones, ces redoutables guerrières qui, des bords du Thermodon, vinrent attaquer l’Attique. »

Une guerre contre le matriarcat

La plupart des héros grecs ont eu maille à partir avec les Amazones. Bellérophon les combattit sur ordre d’Iobatès, Héraclès alla s’emparer de la ceinture de leur reine Hippolytè et Thésée qui avait accompagné Héraclès et enlevé une Amazone du nom d’Antiope, dû les combattre à Athènes même où elles campèrent sur l’Aréopage. Les Amazones avaient aussi envoyé un détachement aider Priam lors de la guerre de Troie pour le remercier d’avoir purifié leur reine Penthésilée qui avait accidentellement tué sa sœur Hippolyté. Achille blessa mortellement Penthésilée mais son dernier regard le rendit amoureux pour toujours; Thersité osa se moquait de cette attitude et périt sur le champ. 1000 ans après, les grecs célébraient encore leur victoire sur les amazones : «la rive est aux deux bords de guerrières jonchée» – Heredia, poèteQuand Achilles abat leur reine Penthélisée, ses hoplites lui crient : «apprends-lui donc à se comporter comme une femme !»

La mort de Penthésilée

[…] Cependant, les Grecs commencent à fuir de toutes parts. Achille et Ajax, entendant le bruit, marchent au devant de Penthésilée, qui, s’étant trop avancée, se trouve bientôt isolée au milieu de ses ennemis. L’Amazone lance ses javelots et frappe tour à tour les deux héros : elle les atteint, mais sans les blesser, car elle n’avait pas compté sur l’excellence de leur armure (de fer). Achille alors saisit d’une main robuste sa lance meurtrière, en frappe au-dessus de la mamelle droite la belliqueuse Penthésilée et, courbée sur son coursier, l’Amazone est précipitée sur le champ de bataille.

En effet, le héros a retiré sa lance du corps de l’Amazone palpitante encore sous le fer qui l’avait transpercée. « Il détache son casque aussi brillant que la clarté des cieux ou les rayons de l’astre du jour. La poussière et le sang n’avaient point défiguré les traits de cette reine guerrière et, malgré ses yeux éteints, on remarquait encore les grâces de son visage. Les Grecs qui l’environnent; étonnés de sa beauté, croient voir une déesse : étendue avec ses armes, elle ressemblait à l’intrépide Diane qui, lassée d’une course où elle a terrassé les lions, goûte à l’ombre d’un bois touffu les douceurs du sommeil. Vénus, pour exciter de vifs regrets dans l’âme du vainqueur, avait conservé à Penthésilée, même après sa mort, tous les charmes qui l’avaient fait admirer pendant sa vie. Achille commence à se reprocher de lui avoir donné le coup mortel, et de s’être privé du bonheur de posséder cette reine fameuse que sa taille et ses attraits rendaient semblable aux immortels. » (Quintus de Smyrne).

Le souvenir d’une ère révolue

Cette férocité à l’égard des femmes, serait-elle causée par une terreur enracinée dans le souvenir d’un ancien règne matriarcal? Les amazones portaient un bouclier en forme de demi-lune (pelta), symbole des cycles menstruels. Elles furent probablement une société matriarcale, ce dont les Grecs avaient horreur, raison pour laquelle ils les diabolisaient tant. Une autre hypothèse stipule que les amazones seraient issues d’une rébellion des femmes au seins de sociétés patriarcales. Asservies, opprimées, ces femmes esclaves auraient levé une insurrection qui les aurait mené à une sanglante victoire sur les hommes. De cet avilissement serait née une haine farouche à l’égard des hommes.

Artémis, déesse des Amazones

D’après certains mythologues, Artémis d’Éphèse (Turquie antique) est une divinité libyenne que l’on peut rattacher aux Amazones de Libye. Cette déesse symbolise la fertilité comme ce fut le cas pour le palmier ; alors on suspendait des grosses dattes en or sur la statue de la déesse et que l’on prenait pour des seins.

Callimaque, dans son Hymne à Artémis, attribue l’origine de lieu de culte aux Amazones : Callimaque , Hymnes III à Artémis v. 237-250. « Les belliqueuses Amazones t’élevèrent, jadis une statue, sur le rivage d’Éphèse, au pied du tronc d’un hêtre ; Hippô accomplit les rites et les Amazones, reine Oupis, autour de ton image dansèrent d’abord la danse armée, la danse des boucliers, puis développèrent en cercle leur ample chœur ; […] Autour de cette statue, plus tard, on construisit un vaste sanctuaire ; la lumière du jour jamais n’en éclaira de plus digne des dieux ni de plus opulent […] »

Lire Artémis d’Éphèse, prototype de la Vierge Marie

Amazone – poème de Renée Vivien

L’amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las des luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son cœur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fonts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.