Matriarcat Ami (Taïwan) : l’oncle et la grand-mère dirigent la famille dans une société moderne

Les Amis (chinois : 阿美) sont des Aborigènes de Taïwan vivant dans l’est et le sud de l’île. Ils parlent l’amis, une langue du sous-groupe formosan des langues austronésiennes. Leur véritable nom est Pangcah (邦查), « les nôtres ». Ils semblent liés génétiquement aux Philippins. Ils forment le plus grand des 14 groupes aborigènes officiellement reconnus par la République de Chine (Taïwan), constituant plus du tiers de l’ensemble ; en 2000, ils étaient 146 999 sur un peu plus de 460 000. Les Amis se subdivisent géographiquement en plusieurs groupes – Nanshih, Siouguluan, côtier, Taitung et Hengchun – présentant des variantes linguistiques et culturelles, ainsi que vestimentaires. Ils partagent néanmoins une organisation clanique et un système d’héritage matriarcaux.

Economie et habitat

Ils vivent dans les vallées et les plaines côtières à l’est de Taïwan. Les Amis sont divisés en cinq groupes basés sur la géographie, la coutume, et la langue. La pêche est une part importante de leur économie, mais la chasse est maintenant seulement récréationnelle. Les Amis sont la seule tribu indigène sur l’île de Taïwan à pratiquer l’art de la poterie. On les trouve depuis la seconde moitié du xxe siècle également dans des communautés en périphérie des grandes métropoles où ils viennent chercher du travail en groupe, surtout dans le bâtiment. Certains sont devenus sportifs ou chanteurs.

Le village Ami

Les villages d’Ami sont relativement grands, chacun avec une population de entre 200 et plus de 1.000. La famille Ami habitait dans une maison de forme longue (loma) en bois et bambou, recouverte d’un toit en feuilles et roseaux, pouvant abriter une vingtaine de personnes. Le foyer (parod) en était le cœur. Les habitations devaient être refaites tous les 10 ans environ. À proximité immédiate se trouvaient les granges, nombreuses pour les riches, et les abris destinés aux animaux. Les Amis semblent avoir été le peuple aborigène possédant le sens de la propriété le plus marqué. Des pierres enterrées à 1 m. de profondeur environ marquaient les limites des terrains familiaux, et des palissades celles des territoires des différentes tribus. Les disputes territoriales donnaient parfois lieu à des combats.

Une société matriarcale équilibrée

Le groupe Amei est une société matriarcale; la femme la plus âgée dans une famille est la matriarche, dont l’autorité est sans conteste. Dans la société d’Ami, la parenté est matrilinéairee, mais les clubs des hommes sont bien organisés. La société Amei se fonde sur la filiation matrilinéaire et le système de classes d’âges chez les hommes. Selon des recherches anthropologiques, ces deux organisations opposées, l’une s’occupant des affaires quotidiennes qui incombent à la femme et l’autre des problèmes politiques qui sont gérés par homme, forment un équilibre et une complémentarité entre les deux sexes.

Dans une famille, l’homme et la femme sont aussi importants. Le pivot d’une famille ce sont les femmes aînées, dont la plus âgée et généalogiquement la plus élevée est le chef de la famille. Néanmoins, elle n’exerce pas un rôle autoritaire, mais essentiellement la direction de la famille. L’homme adulte joue à la fois le rôle de père et de gendre, il est aussi le « protecteur de la famille ». Il doit nourrir les membres de la famille et s’occuper de leur vie courante. La mère travaille à l’intérieur pour la famille, tandis que le père travaille dehors.

Les femmes, ancêtres fondatrices des clans

En ce qui concerne cette filiation maternelle Amei, l’unité minimale et fondamentale est la famille luma’. Un certain nombre de familles ayant un ancêtre commun de sexe féminin constitue un lignage laluma’an, qui prend le nom de cet ancêtre. Plusieurs lignages forment ensuite un clan. On dit que, au sein d’une famille, la mère, ina’ ou wina’, domine les affaires, et que les soeurs ont également un statut supérieur aux frères. La transmission de l’héritage s’effectue de mère à fille et la société Amei est de ce fait aussi matrilocale : dès leur adolescence, les garçons quittent les parents et habitent ensemble dans la maison commune. Puis, après s’être marié, un homme résidera chez sa femme.

Le pouvoir des hommes

Les hommes étaient répartis par classes d’âge possédant chacune un nom particulier. Cette répartition déterminait celle du travail, chaque classe se voyant affecter des tâches spécifiques auxquelles participaient si besoin les épouses. Les garçons célibataires vivaient à partir de 13 ans et jusqu’au mariage avec ceux de leur groupe. L’ensemble des groupes masculins mené par un chef élu décidait des grandes affaires de la tribu, mais les familles étaient matrilinéaires, l’héritage se transmettant en priorité aux filles. Dans la société matrilinéaire et matrilocale Amei, un homme quittera selon la coutume traditionnelle sa famille natale après le mariage et habite avec sa femme. Après le mariage, le gendre devait travailler pendant un ou deux ans pour la famille de sa femme. Malgré cela, il possède même un grand pouvoir quant aux affaires de sa famille natale et aussi celles de son lignage.

L’oncle maternel, l’homme de la famille

Un homme adulte marié est un oncle maternel pour sa famille natale, avec une position particulière et des devoirs importants envers sa famille natale. En principe, ce sont les oncles maternels qui organisent des cérémonies familiales, prennent des décisions dans une famille et négocient les querelles avec les uns ou les autres. Le mari et la femme sont plutôt opposés et complémentaires en ce qui concerne les affaires familiales. Un oncle maternel occupe, par contre, une position dominante pour la gestion des affaires de sa famille natale. Diriger le mariage et les funérailles, négocier avec d’autres familles, entreprendre des travaux, etc., sont en effet à la fois ses droits et devoirs. Ainsi, ce sont souvent les oncles maternels, et non la mère, qui décident des affaires importantes.

Une religion utérine

Ils se considéraient tous comme issus du même couple primordial frère-sœur, constitué après une inondation. Ils croyaient en de nombreux dieux (kawas) qui devaient chacun être prié tourné vers un point précis. Ils pratiquaient l’oniromancie, l’ornithomancie et la divination par le bambou. Ils sont au xxe siècle en majorité protestants et plus rarement catholiques, mais l’influence des traditions n’a pas entièrement disparu. On constate également une influence de la religion populaire chinoise et du tenrikyo introduit par les Japonais. Les Amis enterraient leurs morts derrière la maison dans des tombes peu profondes entourées d’une palissade circulaire. On ne devait pas les entretenir, mais les laisser disparaître naturellement.

Une culture encore vivace

Comme les danses, les chants jouaient un rôle important. Chaque groupe masculin avait ainsi le sien propre. Un chant Ami (Chant de boisson des anciens) interprété par Difang (Kuo Ying-nan 郭英男) et sa femme Igay (Kuo Hsiu-chu 郭秀珠) fut intégré dans Return to Innocence du groupe Enigma (album The Cross of Changes), l’un des thèmes des Jeux olympiques d’Atlanta (1996). Les plus grandes célébrations encore observées sont la Fête des récoltes (de juillet à septembre selon les tribus), rebaptisée Kang sia sai (Action de Grâce (Thanksgiving) ) en taïwanais par les prêtres chrétiens, et la Fête de la pêche. Les périodes exceptionnelles (célébrations, enterrements) s’achèvent par le rite du paklag, pêche et consommation du poisson pris, qui symbolise le retour à la vie normale.

Vidéos : danses Ami