La civilisation matriarcale de Banpo (Chine néolithique)

Environ 5000 ans av. J.-C., les ancêtres des Hans, appelés les Huaxia, se développent dans la région du Fleuve Jaune. Les Huaxia passent la période néolithique (où apparaissent la culture de Yangshao, la culture de Hemudu et celle de Majiabang), et connaissent successivement des sociétés de type matriarcal et patriarcal.

village matriarcal de BanpoDans la région de Xi’an, des fouilles ont révélé l’existence de nécropoles au centre desquelles se trouvait installée la Mère. Autour d’elle étaient exposés les squelettes des autres membres de la famille, sans doute selon un rite funéraire à deux temps : séparées des deux sexes d’abord (les mères enterrées avec les enfants d’un côté, les hommes de l’autre), disposition de la famille autour de la Grande Mère enfin.

-4000: village de Banpo (Shaanxi – culture de Yangshao): les habitations sont semi-souterraines; les murs bas sont en clayonnage revêtu d’argile; les toits de chaume coniques ou pyramidaux sont soutenus par des piliers de bois; le sol de terre battue est damé et plâtré; un foyer en occupe le centre. Le village est entouré d’un mur; les fours et le cimetière des adultes sont à l’extérieur; les enfants sont inhumés dans des urnes enfouies dans le sol du village.

Quand les enfants ne connaissaient pas leur père

A la période néolithique, vers 5000 ans avant JC, les hommes vivaient alors « sans règles ni lois, sans récompenses ni châtiments »; l’égalité et l’entraide régnaient entre eux. Les enfants portaient le nom de leur mère car la liberté des mœurs interdisait la connaissance du père. Le passage de cette société matriarcale à la société patriarcale s’effectua graduellement. Des clans se formèrent. Deux communautés se créèrent en amont du Fleuve Jaune: celle de Huangdi, l’empereur jaune, alias Ji, alias Xuanyuan, et celle de Yandi alias Jiang, descendant de Shennong. Ces deux communautés eurent maille à partir avec les tribus Jiuli et Miao. Elles se livrèrent entre elles trois sanglantes batailles avant de fusionner et de donner naissance à l’ethnie des Han qui se considèrent comme les descendants de Huangdi. On attribue à ce dernier la rédaction du « Classique de la Tradition de l’Empereur Jaune«  (Nei Jing); il aurait créé les rites et la médecine.

Le nom de famille chinois garde les traces du matriarcat

L’idéogramme chinois 姓 xing qui signifie le nom ou le nom de famille, est composé du pictogramme 女 , femme, à gauche du complexe phonique 生 sheng, croître, naître, vie. Contrairement au Nom du père en occident, le nom chinois est le nom de la femme-mère, littéralement : né de la femme… Le nom de famille chinois était donc à l’origine le nom du clan à l’époque matriarcale, un nom féminin. Ainsi, les huit grands noms de la haute antiquité chinoise étaient tous composés avec le pictogramme 女 , femme. Le mot 好 est composé de femme et enfant. Et il veut dire tout simplement bien.

L’ère des mariages exogamiques matrilocaux

Selon des études modernes chinoises, à tendance marxiste, le modèle matriarcal dominait dans cette société, puisque les maris devaient aller vivre chez la famille de la femme (mariage exogamique matrilocal). Cependant, chaque personne restait membre de sa famille biologique. Lorsque le couple mourait, ils étaient enterrés séparément, dans le cimetière respectif de leurs familles. Les enfants étaient enterrés avec leur mère. Les mariages exogamiques existent toujours en Chine. En cas de mariage matrilocal, le gendre va vivre dans la maison de sa femme. C’est ce qui s’est passé lorsque le mariage exogamique s’est transformé en mariage monogame, signe du déclin matriarcal et de la montée en puissance de la patriarchie dans la Chine antique.

Le dernier peuple sans père ni mari

Des recherches anthropologiques récentes attirent l’attention sur une minorité ethnique, toujours présente en Chine moderne, à la frontière des provinces de Yunnan et du Sichuan – les Na ou Mosuo – où l’on ne se marie généralement pas et où, puisqu’il n’y a pas de mariage, il n’y a pas de père. Les Na n’ont pas de terme dans leur langue pour dire « père » ou « mari », la société étant composée de matrilignées descendant d’une ancêtre commune, et divisées en groupes de sœurs et de frères vivant sous le même toit et élevant en commun les enfants des sœurs, ainsi que ceux des générations précédentes (grands-mères, grands-oncles, grands-tantes, mères, tantes etc.).

Ce sont les hommes qui viennent « visiter » les femmes, une, deux ou plusieurs sœurs, et aujourd’hui encore, dans un village Na, une pièce spéciale est réservée à la femme qui sera visitée par « la pluie » ou « le vent » d’un visiteur. Ils font ce qu’on appelle un « mariage ambulant». L’homme quitte la maison de sa mère le soir pour rejoindre la femme qu’il aime (elle-même vivant aussi sous le même toit que ses parents), mais ils ne sont pas liés par un mariage, donc ils peuvent mettre fin à leur relation librement.

Les hommes occupent la place de l’« objet d’échange » entre femmes, et c’est l’oncle maternel qui élève l’enfant. Les échanges sexuels sont des échanges de « substances », et non entre « individus », et ainsi ne créent pas d’alliance (M. Godelier, p. 396). L’inceste reste toutefois prohibé entre membres consanguins de la même maison. Lire Matriarcat Moso (Chine) : un paradis sans père ni mari, mais pas sans oncles.

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