Matriarcat Circassien (Caucase) : les guerrières amazones des mégalithes face aux empires patriciens

Des sujets fédéraux de la Russie

Les Adyguéens sont un peuple du nord-ouest du Caucase, habitant l’Adyguée (23 %), et la Karatchaiévo-Tcherkessie (11 %), où ils sont nommés Tcherkesses, toutes deux sujets fédéraux de la Russie. Alors que le nom que se donne ce peuple est Adyguéens, il est souvent connu en Occident sous le nom de Circassiens, un terme qui se réfère en réalité à un groupe de peuples plus vaste du Nord-Caucase.

Matriarcat Tchétchène (Caucase) : les descendantes des Amazones, héritage et assimilation de l’Islam

Une terre de conflits

Le Caucase est une zone de passage obligatoire entre le moyen orient et l’Europe centrale, et donc de grande importance géostratégique, entre les empires greco-romain, byzantin, russe et ottoman. Les tribus caucasiennes ont donc souvent été réduites en esclavage par ces puissances, les femmes finissant dans les bordels et les harems. C’est pourquoi cette région a toujours été en état de guerre perpétuelle, et pourquoi les y femmes apprennent le maniement des armes.

Société, langue et islam

Avant l’invasion russe, la société adyguéenne étaient très stratifiée. Si certaines tribus de l’Adyguée étaient égalitaires, beaucoup d’autres étaient divisées en castes. La plus haute était la caste des « princes », suivie d’une caste de basse noblesse, puis du peuple, des serfs et des esclaves. Dans les décennies qui précédèrent l’invasion russe, deux tribus rejetèrent ce système traditionnel et mirent en place un processus « démocratique », mais cette évolution a été stoppée par la fin de l’indépendance adyguéenne. Aujourd’hui, la plupart des Adyguéens parlent le russe et/ou leur langue originelle, l’adyguéen, une langue caucasienne. Ces deux langues s’écrivent aujourd’hui dans l’alphabet cyrillique. La religion actuelle de la majorité du peuple est l’islam sunnite.

Le prestige des femmes tcherkesses

Anciennement matriarcal, ce peuple a toujours donné aux femmes un rôle important. La mère occupe une place d’honneur au sein de la société et de la famille, notamment dans l’éducation des enfants. Le respect tcherkess se retrouve dans la coutume qui obligeait le cavalier qui croisait une femme à descendre de cheval pour l’accompagner jusqu’à sa maison, ou qu’il ne devait remonter sur sa monture que lorsqu’il l’avait dépassée. Les femmes sont très actives socialement et au niveau de la défense de la nation. Elles portaient les armes aux côtés des hommes, et aujourd’hui encore, elles sont tenues à un haut degré de respect et de dignité. Dans le monde entier, la femme tcherkesse était demandée pour sa beauté, sa féminité et son éducation (cf. le roman « Aziadé » qui relate l’amour de Pierre Loti pour une femme tcherkesse, en Turquie). La société tcherkesse devint patriarcale suite aux périodes de guerre ininterrompues pendant plusieurs siècles jusqu’à l’exode forcé.

Les descendantes des amazones

Peuple à la culture guerrière, les hommes adultes portaient les armes, et les enfants étaient entrainés dans l’objectif de devenir des guerriers. Les liens familiaux n’étaient pas primordiaux. Les parents confiaient souvent leurs enfants aux bons soins d’autres adultes (oncles maternels, tradition du forestage ?) plutôt que de les élever eux-mêmes. Le système circassien fait penser à un systeme patriarcal, alors qu’à l’origine ce système était matriarcal. De fait les femmes aussi savaient se battre. La légende des Amazones était née !

Des guerrières redoutées

Les Tcherkesses étaient initialement, une société matriarcale. Les femmes tcherkesses occupaient donc depuis toujours une place importante dans la communauté. Le respect était légitimement partagé. Ainsi elles savaient se battre, manier les armes et monter a cheval, aux cotés des hommes. Les tcherkesses comptaient dans leurs rangs des divisions de femmes guerrières, très puissantes, rapides et habiles, qui formaient mêmes parfois les premiers rangs aux combats. Voilà comment naquit le mythe des Amazones dans la Grèce antique, qui était proche du Caucase et avait des echanges actifs avec les Adyga. En effet, selon la mythologie grecque, la patrie des amazones se situait tout autour de la mer noire.

« Quand les habitants d’Akhoulgo furent assiégés par l’armée russe en 1837, les femmes combattirent aux cotés des hommes ; quand leurs munitions furent épuisées, elles lancèrent des rochers sur les troupes qui avançaient ; quand il n’y eut plus de rochers, les hommes se précipitèrent d’en haut sur les baïonnettes. Et quand les hommes furent morts, les femmes lancèrent leurs enfants comme des projectiles humains, avant de sauter à leur tour. Telle était leur résistance désespérée, et telle l’atmosphère de violence à laquelle ils étaient accoutumés. » (source L.Blanch)

Des femmes guerrières qui effraient Alexandre Le Grand

Alexandre Le Grand, sous le conseil avisé de ses généraux, contourna le Caucase lors de son invasion de l’Asie pour une simple raison, l’égalité de l’homme et de la femme Tcherkesse sur le champ de bataille pour combattre l’ennemi : « Si je remporte la victoire contre une femme, alors le monde entier dira qu’il n’y a pas de gloire en cela ni de difficulté ! Et pire encore si la défaite survient (ceci étant très probable vue la dextérité de ses somptueuses femmes). Alors le déshonneur s’abattra sur moi et mon Empire ! Ainsi il vaut mieux renoncer à la conquête de cette merveilleuse contrée. » Et Alexandre s’en alla vers la Chine en laissant le Caucase…

Répartition sexuelle des tâches

L’homme était principalement le soutien économique, protecteur de la famille. Il n’intervenait dans la vie de famille qu’en cas de litige très important. Certaines femmes, plutôt âgées et avec une grande expérience, occupaient des postes de gestionnaires de villages (maires), mais aussi, plus simplement, pouvaient gérer une famille complète (enfants, petits-enfants, cousins…). La femme avait habituellement la capacité de résoudre des problèmes avec diplomatie et justesse, sachant critiquer avec douceur, alors que la force et la brutalité correspondaient plus au comportement masculin (en référence au guerrier tcherkesse). La tradition de galanterie tcherkesse impliquait que lors d’une querelle, si violente soit-elle, entre deux hommes, si une femme laissait tomber son mouchoir entre deux combattants, ils cessaient immédiatement les hostilités.

Hantse Guashe, la déesse-mère des circassiens

Aussi connue sous le nom de Dzivara chez les Abkhazes, Guashe Hantse est la princesse des marionnettes. Cette poupée est ici un symbole hérité de l’ère matriarcale. La terre mère est l’expression de la productivité, du don, de la générosité, de la nourriture, et la fertilité.  On peut trouver l’origine de ce symbole sur le Khuhabe (Къубабэ) qui est la première figure de la déesse mère. Khuhabe (Къу – бабэ), est le signe de la montagne, de la pluie féconde et luxuriante. Les jeunes garçons et filles exhibent Guashe Hantse aux gens du village, font des tournées et collectent de la nourriture en criant : « Nous manifestons Guashe Hantse, notre déesse, s’il vous plaît apportez la pluie ». On n’offre pas des aliments cuisinés, mais des aliments de base, comme de la farine, du maïs, des oeufs, de la viande séchée, etc. Et les donateurs aspergent de l’eau sur Guashe Hantse en répétant « Notre Déesse s’il vous plaît apportez la pluie ».

Vidéo : «Nous escortons Guashe Hantse…» Chanson pour la déesse de la pluie.

Puis les garçons cuisinent les aliments sur le bord de la rivière en priant la Déesse. Il existe d’autres versions de cette cérémonie parmi les différentes tribus Circassiennes. Par exemple, dans la tribu des Shapsyghs, on amène la Déesse au milieu de de la rivière jusqu’à l’arrivée de la pluie. Comme le décrit l’historien Kashej Talip, la tribu des Kabardeys exposaient Hantse Guashe au milieu du village et effectuaient autour d’elle leur danse traditionnelle appelée Wuic Xhurey. Une autre version a été trouvée parmi les tribus Adyguéennes. Certains portaient la Déesse en mettant du fromage et de la farine dans un tamis. L’eau du fromage symbolisait la pluie et la farine symbolisait le sol fertilisé.

Un peuple des mégalithes ?

Dans le Caucase, sur les territoires millénaires de ces peuples autrefois amazones, on trouve des milliers de mystérieux dolmens aux pierres immenses, pesant chacune plusieurs dizaines de tonnes. Certains seraient âgés de plus de 25 000 ans, les plus récents auraient entre 4000 et 6000 ans. La chambre servait probablement à des rites de fertilité : la petite ouverture circulaire peut évoquer un vagin, on peut la refermer avec les bouchons de forme phallique que l’on a retrouvé sur place, les murs sont décorés de poitrines, de zigzags, et d’animaux totems.

Les fées de Sardaigne ?

Les Domus de janas (maisons des fées ou des sorcières) sont des sépultures de l’époque préhistorique, creusées dans la roche, que l’on trouve dans toute la Sardaigne. Elles ont été réalisées durant la culture d’Ozieri, une culture néolithique (ou prénuragique) qui s’est développée en Sardaigne de 4300 à 3700 av. J.-C. Elles ont été utilisées à des fins funéraires aux périodes suivantes et certaines ont été employées comme bergeries ou abris de bergers jusqu’à des périodes récentes. Les légendes populaires racontent qu’elles étaient habitées par des fées qui tissaient des toiles en or. Tous ceux qui s’en approchaient devenaient fous.

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