Matriarcat Jaraï et Bahnar (Vietnam) : tous les biens appartiennent à la femme

Les Jaraï (graphie anglaise Jarai), ou Người Gia Rai en vietnamien, sont un groupe ethnique qui habite principalement les hauts-plateaux du centre du Viêt Nam. La langue jaraï appartient à la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes. Elle est apparentée au cham du centre du Viêt Nam. Le nombre de locuteurs est d’environ 400 000.

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Géographie

Les Jaraï sont le groupe le plus important parmi les populations des hauts-plateaux, collectivement désignées par le nom de « Montagnards » ou Degar, mot rhade signifiant « fils de la montagne ». Les Rhade sont un autre peuple des hauts-plateaux. Les Jaraï vivent principalement dans les provinces de Gia Lai et Kon Tum. Un petit nombre habite celle de Dak Lak, et également la province de Rotanah Kiri au Cambodge.

Histoire et indépendance

Après la fin de la guerre du Vietnam, de nombreux Jaraï et autres Montagnards qui travaillaient comme supplétifs de l’armée américaine ont été accueillis aux États-Unis, notamment en Caroline du Nord. Dans les années 1950 et 1960 s’est développé un mouvement degar parmi les Jaraï et les autres Montagnards. Leur but était la création d’un État indépendant dans les hauts-plateaux du Viêt Nam pour les populations indigènes. Le gouvernement vietnamien est accusé de violations de droits de l’Homme à l’égard des Montagnards.

Urbanisme

Le village traditionnel jaraï a une population de 50 à 500 habitants. Le village a un plan carré, les habitations, individuelles ou communautaires, étant disposées autour du centre. Les maisons sont traditionnellement en bambou, mais plus récemment, les maisons en bois à toit de zinc sont de plus en plus nombreuses parce que plus durables.

Tous les biens appartiennent à la femme

Les Jaraï ont une tradition matrilinéaire. Ils suivent un régime matriarcal. Ceci signifie que le lignage passe par la mère et non le père. Les enfants portent le nom de la mère. Tous les biens appartiennent à la femme. On retrouve cette tradition chez leurs cousins Rhade et dans d’autres populations austronésiennes, notamment chez les Minangkabau de Sumatra occidental en Indonésie. Cependant, les femmes J’raïs se voient refuser l’accès au Rong, la maison communale qui est le centre névralgique de la vie communautaire. Elles n’en conservent pas moins un rôle institutionnel de première importance.

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Mariage et funérailles matrilocaux

Le jeune marié quitte sa famille pour venir vivre dans la maison de sa femme. Les femmes prennent l’initiative dans les relations matrimoniales. Si le mari décède,la coutume veut que la femme se marie avec le plus jeune frère de son mari et vice versa.

Toutes les personnes d’une même famille matrilinéaire sont enterrées dans une tombe commune. L’homme est donc enterré dans la tombe de sa mère. Les Joraï ont des rites funéraires particulièrement développés. Les tombeaux, très élaborés, sont ornés de sculptures figuratives de personnages censés tenir compagnie aux défunts.

Religion et culture

La majorité des Jaraï est animiste et croit que des démons peuplent l’univers. Des sacrifices de cochons, de vaches et de buffles sont faits de façon régulière pour apaiser les esprits. Comme le Viêt Nam ne reconnaît que six religions officielles, les Jaraï se considèrent comme religieusement persécutés. Dans les années 1970, des missionnaires américains ont introduit le christianisme. Le nombre de Jaraï chrétiens au Viêt Nam et au Cambodge dépasse les 100 000. Les instruments de musique traditionnels des Jaraï consistent en gongs, xylophones, cithares.

Matriarcat Bahnar

Les Bahnar, également orthographié Ba Na, sont une population du Vietnam vivant principalement dans la région du Tay Nguyen, c’est-à-dire les provinces centrales de Gia Lai et Kon Tum, ainsi que dans les provinces côtières de Binh Dinh et Phu Yen. Ils sont au nombre de 175 000 (1999). La langue bahnar (en) appartient à la branche môn-khmer des langues austroasiatiques et a donné son nom à un rameau de cette branche, les langues bahnariques.

C’est une société matriarcal avec un culte des morts différent de celui des Jaraï. Chaque défunt a sa tombe. Dans la religion Bahnar, les arbres sont des divinités. La monogamie est un principe fondamental du mariage Bahnar. L’échange de lieux de vie par les couples nouvellement mariés est de plus en plus populaire. Après une période de temps où le mari vit à la maison de sa femme, et vice-versa, le couple se déplace ensuite à un nouvel endroit où s’établir et devient une nouvelle cellule de la communauté.

Matriarcat Batek (Malaisie)

Les Batek ou Bateq sont une population autochtone de la péninsule Malaise, catégorisés à ce titre Orang Asli (« gens des origines ») par le gouvernement malaisien. Au nombre d’environ 750, ils vivent dans les forêts humides de la péninsule. En raison d’empiètements successifs, leur zone d’habitation se réduit aujourd’hui au Taman Negara (le parc national de la péninsule). Les Batek sont des nomades et chasseurs-cueilleurs. C’est une société matrilinéaire pacifique. Les premiers textes sur les Batek datent de 1878, écrits par l’explorateur et naturaliste russe Nikolaï Mikloukho-Maklaï. La langue batek appartient au groupe dit des langues asliennes de la branche môn-khmer des langues austroasiatiques.