Matriarcat Jômon (Japon néolithique) : reines prêtresses, et déesse-soleil fondatrice

Ces statuettes venues de la préhistoire japonaise continuent à nous fasciner grâce à leurs qualités plastiques et expressives. La représentation de la figure humaine est très tôt apparue au Japon. Vers 20 000-15 000 avant J.-C., des pilons en schiste laissent deviner des traits humains. Sur quelques galets datant d’environ 10 000 avant J.-C. sont gravées des lignes qui suggèrent de longs cheveux, des courbes de poitrine, des pagnes…

La représentation humaine dans le Japon préhistorique

https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1b/Figurine_Dogu_Jomon_Mus%C3%A9e_Guimet_70608_4.jpg/573px-Figurine_Dogu_Jomon_Mus%C3%A9e_Guimet_70608_4.jpgMais surtout, on a retrouvé de nombreux masques et des statuettes en terre-cuite, appelées dogû. Les dogû sont spécifiques à l’époque Jômon (environ de -10000 à -400/-250 av. J.C.), première civilisation au monde à pratiquer la poterie (au colombin, le tour n’existant pas), et ils disparaissent avec la civilisation suivante, dite Yayoi. Leur fonction précise reste inconnue mais les dogû étaient très probablement destinés à créer un lien entre le monde terrestre et le monde surnaturel. Considérées comme des représentantes des esprits, les statuettes étaient d’ailleurs parfois enterrées avec la population Jômon pour la mener dans l’autre monde.

La société matriarcale de Jômon

Vraisemblablement liés à des pratiques rituelles, les dogû évoquent aussi le statut de la femme dans la société matriarcale de Jômon. Les dogû sont le plus souvent des représentations féminines, à la poitrine opulente et au ventre gonflé, représentant toujours le personnage de face. Elles pourraient très vraisemblablement avoir été liées à des rites de la fertilité et démontrent le rôle important de la femme dans ces sociétés matriarcales.

Un culte chamanique totémique

Mais les dogû peuvent aussi représenter des animaux ou des hommes ; certaines figurent des chamanes, images cultuelles vénérées pour obtenir la guérison des malades ou la bienveillance des morts. Beaucoup semblent avoir été volontairement abîmés, puis placés dans des décharges proches des villages, ce qui suggère leur utilisation lors de rites, ou pour recevoir et purger les maladies ou les douleurs de l’accouchement. Il est arrivé également que l’on retrouve des statuettes enterrées ou disposées dans une petite chambre de pierre, ou associées à des cercles de pierres.

Les Aïnous, quelques survivances du matriarcat

L’ethnie japonaise résulte de la fusion d’éléments mongoloïdes venus d’Asie par la Corée et d’éléments indonésiens venus du sud par Formose. Ces immigrants, plusieurs siècles avant notre ère, refoulèrent vers le nord (principalement en Hokkaidō) la population blanche autochtone des Aïnous (ou Ainus). Si les Japonais ont occupé également, depuis 1500, l’île de Hokkaidō, ils n’ont pas assimilé les Aïnous : villages japonais et villages aïnous demeurent séparés.

Si la population de l’archipel résulte d’une synthèse entre des éléments venus du continent et d’autres provenant d’Asie du Sud-Est (dont témoignent des traces de matriarcat), les habitants les plus anciens sont les Aïnous, groupe archaïque protocaucasien. Le Japon leur serait notamment redevable du chamanisme shinto.

Chasse, pêche, cueillette, fabrication d’arcs, épieux, massues, crochets mobiles de pêche, vannerie, tissage caractérisent la culture aïnou antérieure ment à l’arrivée des Japonais. Le système de parenté révèle quelques survivances d’organisation matriarcale. La religion, teintée de magie, joue un rôle social prépondérant : au culte de l’ours s’ajoute la vénération des « inao », sortes de bâtons originellement en forme d’hommes ou d’animaux. Ce sont simultanément des êtres participant de la divinité, des offrandes aux divinités et, surtout, des messagers, intermédiaires entre les hommes et les puissances supérieures. L’ours est souvent considéré, lui-même, comme un inao.

Yamatai, l’ère des reines matriarches

Selon une chronique datant du 3ème siècle, le Yamatai (ou Yamato) était un état japonais matriarcal situé au nord de Kyûshû. C’est-à-dire une hiérarchie sous l’autorité d’une reine, Sangokushi. La reine vit dans un pavillon privé très surveillé. Elle dispose d’un millier de femmes à son service, tandis que les hommes assurent la chasse et la garde. C’était une société matriarcale, mais à cause de la société chinoise, elle devint patriarcale. La reine s’appelait Himiko. Himiko (卑弥呼) ou Pimiko est une reine japonaise qui a régné de 188 (date supposée) jusqu’en 248 sur la région de Yamatai. Le Yamatai serait soit situé dans la province de Yamato, soit dans le nord de Kyūshū.

Himiko, la prêtresse qui régnait avec son frère

Himiko est principalement connue par le Gishiwajinden (魏志倭人伝, lit. « vie des habitants de Wa dans les chroniques de Wei »), un texte chinois de huit pages issu du livre dédié au royaume de Wei dans les Chroniques des Trois Royaumes. Selon ce texte, Himiko était une prêtresse qui pouvait contrôler les esprits des gens grâce à ses pouvoirs surnaturels. Son jeune frère l’aidait pour les affaires politiques. Son palais était situé à Inuyama, et elle aurait envoyé plusieurs messagers à Luoyang, capitale des Wei, en 239, 242 et 246 ; les Wei eux-mêmes auraient envoyé un groupe de messagers au Japon en 240. Selon le Nihonshoki, Himiko aurait pu être l’impératrice Jingū, la mère de l’empereur Ojin, mais les historiens n’acceptent pas cette hypothèse. De nombreuses personnes affirment que Himiko serait en fait Amaterasu, la déesse-soleil fondatrice de la lignée impériale.

La reine conquérante

En -200 une grande période d’affrontement entre tribu faisait rage. Afin de rétablir la paix, Himiko, la reine unifia toutes les tribus. C’est ainsi que fut créé le Yamatai. Elle mourut lors de la guerre contre Kuma. C’est un roi qui lui succéda, mais il cédera vite la place à Toyo, une proche de la famille de la reine Himiko. Quand un personnage important venait à mourir on sacrifiait ses proches pour ne pas le laisser seul dans la mort. A la mort de la princesse Himiko, on sacrifia beaucoup de gens, plus de 100 personnes. Ceci va entraîner l’agrandissement des tombes, et donner naissance à une nouvelle ère, celle des Kôfun (tumulus funéraires).

Le 31 mai 2009, l’équipe de chercheurs du professeur Harunari du Musée national d’histoire japonaise de Sakura (Chiba) ont présenté lors du 75e meeting annuel de l’association japonaise d’archéologie (ja) les résultats de leurs recherches, selon lesquels le kofun Hashihaka (箸墓) situé dans la ville de Sakurai dans la préfecture de Nara serait la tombe de Himiko.

Des objets dont la datation au carbone 14 concordent avec la date de la mort de la reine ont été découverts sur le site, cependant certains archéologues trouvent cette sépulture trop moderne pour être du IIIe siècle, ces découvertes restent donc sujettes à caution. L’Agence impériale refuse cependant l’excavation qui fournirait de nombreuses informations sur l’identité de la reine et sur la lignée des empereurs du Japon, descendant officiellement d’Amaterasu.

La période Kôfun

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La période Kofun tire son nom des grands kofun, les tumulus qui servaient de sépultures aux chefs les plus importants. Vers le Ve siècle, ils prirent des dimensions imposantes, témoignant d’une accumulation de pouvoirs et de richesses. Ces tombeaux avaient la forme d’un «trou de serrure» et étaient jalonnés de cylindres en terre cuite, les haniwa, surmontés de figurines représentant souvent des guerriers. Les plus vastes sépultures (800 m de longueur) furent découvertes près de Nara et d’Osaka. Il s’agirait des tombeaux des premiers empereurs du Japon.

Tribus matriarcales et déesse impériale

Amaterasu sortant de la caverne

Les recoupements entre les découvertes archéologiques, les chroniques chinoises de la fin de la dynastie Han et les annales japonaises permettent d’accréditer la tradition qui veut qu’entre le IIIe et le Ve siècle se soit formé, au sud de Kyoto, le puissant royaume du Yamato, sous la domination d’une élite aristocratique venue de Corée, qui se serait imposée aux paysans Yayoi. Il est fait mention d’une reine appelée Himiko, qui, de sa capitale Yamatai, étendit son autorité sur de nombreux clans, vers l’an 200 de notre ère. La présence d’une déesse à l’origine de la lignée impériale et les allusions dans les chroniques à des tribus commandées par des femmes suggèrent l’existence d’une société matriarcale. Le shinto se serait constitué dans sa forme primitive à cette époque.

La femme-soleil fondatrice du Japon

Amaterasu (天照) est, dans le shintoïsme, la déesse du Soleil. Selon la légende, tous les empereurs japonais l’auraient comme ancêtre. Elle aurait introduit la riziculture, la culture du blé et les vers à soie. Elle figure sur le drapeau japonais sous l’apparence du disque solaire, accompagné ou non de ses rayons. On accole parfois à son nom le qualificatif ōkami (大神) ou ōmikami (大御神) signifiant « grande déesse ». Le Kojiki et le Nihon Shoki évoquent tous deux cette déesse.

Trésor impérial du Japon, don de la déesse

Les Trois Trésors Sacrés du Japon (三種の神器, Sanshu no Jingi), appelés aussi Le Trésor impérial du Japon ou Insignes impériaux, sont trois objets légendaires. Ils auraient été offerts par la déesse Amaterasu en personne à son petit-fils Ninigi-no-Mikoto, père du premier empereur du Japon : Jimmu Tennō. Ninigi no Mikoto (瓊瓊杵尊) fut envoyé sur la terre pour y planter du riz et gouverner le monde.

  • L’épée, Kusanagi no tsurugi (草薙剣), conservée au temple Atsuta (熱田神宮, Atsuta Jingū) à Nagoya, représente la valeur et la faculté de partager.
  • Le miroir bouclier de bronze, Yata no kagami (八咫鏡), conservé au grand temple d’Ise (伊勢神宮, Ise jingū) dans la préfecture de Mie, symbolise la sagesse et la faculté de comprendre.
  • Le magatama (曲玉), Yasakani no magatama (八尺瓊曲玉), situé au palais impérial kōkyo 皇居 à Tokyo, illustre la bienveillance et la faculté d’apprendre.

Kusanagi no Tsurugi (草薙の剣, l’épée de Kusanagi) est une épée légendaire japonaise aussi importante dans ce pays qu’Excalibur l’est en Angleterre ou que Durandal l’est en France. Elle fut l’une des trois reliques sacrées de la légitimité du trône impérial du Japon féodal et de l’empire du Japon jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Son nom complet est « Ame no Murakumo no Tsurugi » (天叢雲剣, littéralement Épée du ciel aux nuages regroupés) mais elle est populairement nommée Kusanagi (草薙, Coupeuse d’herbe). On peut aussi l’appeler « Tsumugari no Tachi » (都牟刈の太刀, sabre de la récolte des blés de la Capitale). On considère actuellement qu’elle doit ressembler à une épée de l’âge de bronze à double tranchant, courte et droite – ce qui la différencie totalement du style des sabres japonais, qui ont des lames courbes à un seul tranchant. On peut la manier à une ou deux mains.

Le kagami (鏡) est un miroir bouclier en bronze, généralement rond avec une face polie et une face décorée autour d’un bouton central percé d’un trou qui permettait de passer un cordon pour l’attacher. Il semblerait avoir cumulé plusieurs significations et n’aurait pas eu une simple utilisation familière. On en a notamment trouvé dans les kofun.

Le magatama (曲玉 / 勾玉) est un ornement caractéristique de la Préhistoire et de la protohistoire du Japon. Sa forme évoque un croc percé, une virgule, un 9 ou parfois un fœtus. Il est généralement fabriqué en ambre, en pierre, en jade ou même en verre. On attribue des caractéristiques magiques à cet objet, telle une amulette. Il abriterait aussi l’âme de grands guerriers morts au combat.

Les découvertes datent le magatama dès la fin de la période Jōmon, puis on en trouve abondamment dans les tertres funéraires kofun. Les magatama sont encore portés en collier par des prêtresses shinto d’Okinawa pendant les cérémonies. Le magatama le plus célèbre est le Yasakani no magatama (八尺瓊曲玉) et fait partie du Trésor impérial du Japon. Il est également connu comme un collier de fertilité magique orné de joyaux porté par Amaterasu.

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