L’île d’Okinawa (Japon) : des traditions chamaniques et matriarcales toujours vivantes

Dans le royaume des Ryukyu, à Okinawa, les femmes étaient des chefs religieux en tant que chamanes et prêtresses, et présidaient toute la vie rituelle, sauf les rituels mortuaires. Le pouvoir temporel était divisé entre le roi et les fonctionnaires masculins et féminins officiels. Les envoyés des samouraïs de l’île japonaise de Kyushu étaient très contrarié de devoir présenter leurs lettres de créance aux femmes de la cour en 1666. Les femmes sont encore prêtresses encore aujourd’hui dans les villages fonction des Ryukyu.

Une double royauté

Au début du XXe siècle, Okinawa comptait près de 120 000 habitants. La culture ancestrale de l’île reflétait l’organisation matriarcale caractéristique de la société Okinawaïenne. Si le pouvoir civil était partagé par un roi et une grande prêtresse, les actions militaires étaient menées au seul nom de la grande prêtresse car les déesses qu’elle servait étaient considérées comme les protectrices du genre humain. C’était aussi la grande prêtresse qui tranchait les litiges et qui officiait à l’occasion des principales cérémonies de la cour. De la même manière, la femme la plus âgée d’une maisonnée présidait aux rites importants de la famille.

L’influence du patriarcat bouddhiste et confucianiste

Aux XVe, et XVIe siècles, la position prédominante des femmes d’Okinawa fut remise en cause par l’influence grandissante du confucianisme et du bouddhisme. Toutefois, malgré cette évolution des mentalités, les femmes okinawaiennes ont en général conservé une position sociale bien plus enviable par rapport aux hommes que les femmes de Chine ou du Japon. Sous le règne de Sho-Shin (1477-1526) un décret instaura un État confucianiste et il fut alors interdit à la population de posséder des armes.

Onarigami, le pouvoir spirituel féminin

A Okinawa les femmes sont considérées comme possédant un pouvoir spirituel, ce que l’on appelle Onarigami. La sœur est appelée Onarigami (femme dieu) et protège son frère spirituellement, ce pouvoir est nommé Umiki. Quand il n’y a pas de sœur, c’est une tante qui jouera le rôle de protection, et sera appelée Obagami. Les relations d’Onarigami entre frères et sœurs existent également au niveau du village. Une femme appelée niigan ou niigami possède l’autorité spirituelle sur le village et préside les rites et festivals en tant qu’Onarigami, pendant que son frère le Nitchu, qui est l’ancien de la communauté, a la charge des affaires séculaires. De même ce sont des femmes qui sont des sortes de prêtresse de l’ancienne religion d’Okinawa, les Noros. Au XVIè siècle, le pouvoir politique des seigneurs des locaux (gusk) reposait sur le pouvoir chamanique de leurs soeurs, les prêtresses noro ou onari-gami, qui leur faisaient établir des utaki, ou lieux naturels sacrés, afin d’y invoquer les dieux.

Les yutas, des femmes shamans

Des psychologues étudient également les chamans d’Okinawa, qui sont appelés Yutas, parce qu’ils ont constaté que ceux-ci avaient un plus grand pourcentage de réussite que la psychologie occidentale, dans le traitement des troubles et des maladies mentales des habitants. D’après les recherches actuelles, il semble que cela soit du essentiellement au fait que les Yutas, quand on leur présente une personne souffrante, pratiquent une forme de thérapie sur l’ensemble de la famille, et non pas seulement sur l’individu qui présente les symptômes. On retrouve la conception de l’interdépendance entre les individus qui caractérise la société traditionnelle. On constate malheureusement une menace sur les traditions d’Okinawa, due à l’activité de sectes protestantes, qui essaient de détruire la culture traditionnelle de ses habitants. La différence entre les Yutas et les Noros (ou Kaminchus) est que les Yutas sont des shamans indépendants, alors que le rôle des Noros est surtout d’effectuer les rituels communautaires. 95% des Yutas sont des femmes.