Matriarcat Puyuma (Gaoshan de Taïwan) : spartiate, matrilinéaire et matrilocal

Les sauvages de Taïwan

Gaoshan ( 高山, « haute montagne ») ou Gaoshanzu (en sinogrammes simplifiés : 高山族 ; en sinogrammes traditionnels : 高山族 ; en pinyin : Gāoshān zú ,peuple des hautes montagnes) désigne un ensemble disparate de tribus habitant Taïwan. Les quelque 300 000 Gaoshan forment moins de 2 % de la population de Taiwan, et les autres vivent dans la province du Fujian et dans les villes de Shanghai, Beijing et Wuhan. Sous le nom de Gaoshan, ils constituent également l’un des 55 groupes ethniques reconnus par la République populaire de Chine. Ses 4 461 membres recensés en 2000 représentent les descendants de populations taïwanaises ayant émigré sur le continent en 1949. Le nom Gaoshan a été créé par les chinois à la suite de leur victoire sur le Japon en 1945. Chaque tribu a sa propre langue (formosane), son propre système social et religieux, mais elles sont maintenant très assimilées. La plupart d’entre eux, objets de l’attention des missionnaires, sont devenus catholiques ou protestants.

Certaines tribus sont matriarcales

Les Gaoshan sont monogames et ont un système familial patriarcal, bien que la tribu Amei conserve encore des vestiges de pratiques matriarcales. Les chefs de communes sont élus parmi les vieilles femmes, et les familles sont dirigées par des femmes. C’est la fille aînée qui hérite de la propriété familiale. Dans la tribu Paiwan, c’est l’aîné ou l’aînée qui hérite. Tous les jeunes de la tribu Amei et certains de la tribu Paiwan doivent vivre dans une salle commune pendant une période de temps avant d’être initiés à la vie d’homme adulte lors d’une cérémonie spéciale.

Une île depuis toujours convoitée

En 230 av. J.-C., deux généraux du royaume de Wu, Wei Wen et Zhuge Shi, ont dirigé une armée de 10 000 hommes à travers le détroit de Taïwan et en auraient rapporté plusieurs indigènes sur le continent. À ce moment-là, les ancêtres des Gaoshan appartenaient à plusieurs tribus matriarcales primitives. Au début du VIIe siècle, les Gaoshan avaient déjà commencé à cultiver et à élever des animaux, en plus de chasser et de faire la cueillette. Durant les Song et les Yuan (960-1368), le contrôle du gouvernement central a été étendu aux îles Penghu et Taïwan, qui ont alors été placées sous la compétence administrative des districts de Jinjiang et de Tong’an de la province du Fujian. Durant les Ming (1368-1644), la culture, la chasse et l’élevage ont continué de se développer. Au début du XVIIe siècle, un grand nombre de Han du continent se sont installés à Taïwan, ce qui donna un grand essor économique à la côte ouest de l’île. Les Gaoshan et les Han ont lutté ferme pour repousser les envahisseurs et les seigneurs féodaux locaux. Les pirates japonais ont envahi Keelung, en 1563. En 1593, les dirigeants japonais ont demandé aux Gaoshan de leur payer tribut, mais sans succès. De 1602 à 1628, les invasions des pirates japonais ont sans cesse été repoussées.

Les Puyuma (Chinois: 卑南族; Hanyu Pinyin: Bēinán-zú; POJ: Pi-lâm chok) sont l’un des 14 groupes aborigènes de Taïwan, officiellement reconnus par la République de Chine. Ils parlent le puyuma, une langue du sous-groupe formosan des langues austronésiennes. Ils sont près de 9 000 individus. Ils parlent aussi bien leur langue que le mandarin.

Un peuple spartiate agricole matrilinéaire et matrilocal

Depuis le début du siècle, la société puyuma a été classée par les ethnologues japonais puis taïwanais comme matrilinéaire et matrilocale. Les Puyumas vivent dans les petites collines environnantes de Taïtung au sud-est de Taïwan. C’est un peuple agricole, qui complète leur récolte avec la pêche et la chasse. Le système de parenté de Puyuma est ambilinéal : tandis que l’héritage va à la fille la plus âgée, les hommes et les femmes partagent la parenté également. Le village est une unité politique indépendante dans la société des Puyuma. Les maisons des jeunes hommes sont des centres d’éducation, d’entraînement des guerriers, et de cérémonies religieuses. Les adolescents Puyuma sont habitués à recevoir une éducation spartiate pendant cinq mois par an. La maison des jeunes hommes sert également de maison des chaman, ou karumaan. Chaque clan a son propre karumaan.

Sous l’influence sino-japonaise du patriarcat confucéen

L’héritage des terres semble s’être mu sous le poids de la présence japonaise qui, en initiant l’interdiction de la chasse au début du 20ème siècle, a peu à peu poussé les hommes de la tribu des Puyuma à empiéter par défaut sur les activités agricoles traditionnellement dévolues aux femmes et donc influé sur le partage foncier revenant aux enfants. L’arrivée des Chinois après 1950 a considérablement modifié les facteurs décisionnels en usage qui entouraient le mariage, comme le fait de considérer le revenu de l’autre partie, ou encore de payer une dot non plus aux parents du jeune homme, conformément au modèle matrilinéaire originel des Puyuma, mais à ceux de la jeune fille sur un modèle typiquement chinois.

Vidéo : Puyuma, danse des braves 卑南族勇士舞