Matriarcat Yao / Miao (Chine du sud) : une société patrilinéaire à vestiges matrilinéaires

Géographie des Yaos

Les quelque 2,13 millions de Yao vivent dans des communautés montagneuses disséminées dans 130 districts du Sud de la Chine. Environ 70 % de ceux-ci vivent dans la région autonome zhuang du Guangxi, les autres vivent dans les provinces du Hunan, du Yunnan, du Guangdong, du Guizhou et du Jiangxi. La plupart des Yao vivent dans des vallées de montagnes au climat humide où la végétation est abondante. Nombreuses espèces d’arbres, champignons, bambous, miel, patates, jute, herbes médicinales, animaux sauvages tels que singes, chevreuils, civette, ours, sangliers font partie des ressources naturelles qui forment l’environnement des Yao.

Langue Yao

Environ 50 % des Yao parlent une langue appartenant à la famille des langues sino-tibétaines, d’autres utilisent les langues miao ou dong. Vu les contacts étroits qu’ont entretenus les Yao avec les Han et les Zhuang, ils parlent aussi les langues chinoise et zhuang. Les anciens de cette ethnie gardaient des registres des affaires importantes en gravant des entailles sur du bois ou des languettes de bambou. Avec l’arrivée des Han dans les régions yao, ce groupe ethnique se mit à utiliser les caractères chinois.

Mariage matrilocal

Les Yao ont des coutumes matrimoniales surprenantes. La cour se fait surtout en exécutant des chants en chœur, et les jeunes choisissent eux-mêmes leur amoureux et se marient avec le consentement de leurs parents. Cependant, selon la coutume, la famille du fiancé doit payer une somme importante et offrir du porc en dot à la famille de la fiancée. Les hommes qui ne peuvent se permettre d’offrir ces cadeaux doivent vivre et travailler dans la famille de la fiancée et on les considère souvent de manière hautaine.

Dans les anciennes familles yao, les frères de la mère avaient leur mot à dire dans les affaires familiales et jouissaient d’une foule de privilèges. Dans certains districts de la région autonome zhuang du Guangxi, les filles des sœurs du père étaient obligées d’épouser les fils de leurs oncles maternels. Si d’autres partenaires de mariage étaient proposés, la dot devait être payée aux frères de la mère. On considère ces coutumes comme un héritage d’une société matrilinéaire.

Coutumes matrimoniales

Les Yao vivent en petite famille monogame. Leur société est fondée sur le clan patrilinéaire. Les fils adultes partent fonder un foyer hors de la maison paternelle. Lorsqu’ils quittent celle-ci, ils reçoivent leur part des biens de la famille. Les parents restent avec le plus jeune des fils, mais les aînés continuent à apporter leur aide pour les travaux des champs. Les mariages avec d’autres ethnies sont rares.

Les jeunes Yao se font la cour en chantant en duo. Les chansons sont transmises de génération en génération. Les amoureux s’échangent des petits cadeaux pour se faire des promesses d’amour. Dans certaines communautés Yao, la fille mord le bras du garçon : selon eux, plus la morsure est profonde et plus l’amour l’est aussi.

Lorsque les jeunes garçons et filles Qingku Yao (Yao pantalons-blancs) se laissent pousser les cheveux longs et les enveloppent dans un turban, ils peuvent commencer à avoir des relations amoureuses. Les jeunes se fréquentent librement, mais pour se marier ils doivent avoir l’accord des parents et de l’oncle maternel. La maison de la fille fournit les cadeaux de fiançailles.

L’importance de l’oncle maternel

Les Pan Yao de Jinxiu pratiquent le système du mariage matrilocal. Le gendre va vivre avec sa femme chez les parents de celle-ci. Les enfants portent le nom de leur mère. Le jour du mariage, toute la famille raccompagne le mari avec une procession de tambours et de suona jusqu’à la sortie du village, puis il part à pied, parapluie sous le bras. Arrivé à la maison de son épouse, il doit boire de l’alcool de riz avant d’entrer. Le soir, on allume des feux devant toutes les maisons, ensuite les gongs et les pétards résonnent partout. Les nouveaux époux se prosternent successivement, sous la direction de l’oncle maternel, devant les grands-parents, puis devant les parents et enfin devant les oncles, les frères et sœurs. A chacune des douze prosternations tous les convives doivent boire deux coupes d’alcool de riz. Ensuite les invités font des jeux de devinettes et offrent des cadeaux. La cérémonie se termine à l’aube. Alors, dans la maison et à l’extérieur, les jeunes du village se mettent à chanter pendant trois jours et trois nuits.

Religion totémique et initiation matrimoniale

Les Yao vénèrent une foule de dieux et leurs ancêtres. Leur croyance en Panhu, l’esprit du chien, est un vestige du totémisme. Les communautés yao avaient l’habitude de tenir des rituels très élaborés pour réciter des prières et offrir des sacrifices aux ancêtres et aux dieux. Dans certaines communautés, on organisait une cérémonie solennelle, lorsqu’un garçon atteignait l’âge adulte. Selon la légende, lors de la cérémonie, le garçon avait à sauter d’une plate-forme de trois mètres de haut, grimper sur une perche à laquelle étaient attachés des couteaux bien aiguisés, marcher sur des briques chaudes et tremper une main nue dans de l’huile bouillante. Ce n’est qu’après avoir subi ces tests qu’il pouvait se marier et prendre part aux activités sociales. Maintenant, grâce à leurs meilleures connaissances scientifiques et culturelles, les Yao se sont débarrassés des coutumes irrationnelles, tout en préservant les plus saines.

Un peuple en voie de disparition

Les sociologues ont découvert que les Bai Ku Yao vivent dans une société basée sur le matriarcat et la consanguinité. Grâce à des efforts collectifs, un musée écologique a été construit pour mieux conserver les us et coutumes des Bai Ku Yao. D’après Lu Chengzhong, on dénombre quelque 30 millions de Bai Ku Yao en Chine, mais ils se concentrent majoritairement dans la même zone géographique. Petit à petit, les Bai Ku Yao sortent de l’ombre : de plus en plus de touristes envahissent les lieux et les jeunes bai ku yao finissent par quitter leur village pour découvrir le monde ou chercher du travail ailleurs.

Peu à peu, avec l’évolution sociale et le changement de la vie, certaines coutumes transmises il y a plusieurs siècles ont disparu. D’autres se sont conservées. Comme cette tradition d’accrocher un brin de paille sur les portes. Selon M. Lu, cela signifie qu’une personne de la famille est morte ou qu’il est arrivé quelque chose de fortuit et qu’on refuse toute visite.

Pour les Yao qui n’ont pas d’écriture propre, on peut donc dire que tous les gestes de la vie quotidienne, les traditions, la culture sont une forme de langue à eux seuls, un moyen de communiquer et de s’exprimer. A condition, de savoir les écouter avec le cœur.

Les Miao / Mhong chantent le souvenir d’une ère matriarcale

Les Hmong, Mong ou H’Mong sont un peuple d’Asie originaire des régions montagneuses du sud de la Chine (spécialement la région du Guizhou) au nord du Viêt Nam et du Laos. Ils sont aussi appelés Miao (chinois : 苗, Miáo), ce qui signifie « riz cru » et désigne depuis longtemps des populations nomades peu intégrées. Les Hmong eux-mêmes emploient souvent la dénomination « montagnards ».

Ils sont depuis longtemps convertis au patriarcat, et pratiquent encore le mariage forcé par enlèvement de l’épouse. Chez les Hmong, le mariage est possible dès 13-14 ans. La différence d’âge n’est pas un problème et un homme de 30 ans peut épouser une fille de 13 ans. La polygynie est acceptée, et un homme Hmong peut épouser plusieurs femmes s’il est suffisamment riche pour payer toutes les compensations. A contrario, il peut être difficile pour un homme pauvre de se marier. Un futur mari et sa future épouse doivent porter un nom différent pour pouvoir se marier. Lorsque la femme Hmong se marie, elle prend le nom de son époux, et les enfants portent le nom de famille du père. Des cousins portant des noms de famille différents peuvent se marier entre eux.

Les chansons d’amour de la minorité Miao sont apparues dans une période de transition d’une société matriarcale à une société patriarcale. Même s’il y avait des détails sur les évolutions de la minorité, la divinisation des totems, elles sont différentes des chansons antiques ou des légendes sur la création de l’Univers ou l’origine de l’être humain. Elles renseignent sur le mariage dans un système dominé par l’oncle maternel. Elles sont baptisées « fossile vivant sur le plus ancien mariage de l’ethnie Miao» par les experts de l’ethnologie et du folklore. Elles possèdent une grande valeur pour la recherche sur l’histoire de l’ethnie Miao.