Matriarcat Basque : la position centrale de la femme chez le plus ancien peuple européen

Les Basques constituent une population d’origine non indo-européenne, implantée principalement au sud-ouest de la France et au nord de l’Espagne dans le Pays basque. Une forte émigration historique a engendré une diaspora basque, principalement établie sur le continent américain.

Le plus ancien peuple d’Europe

La population de la France possède des marqueurs génétiques typiquement basques. Ce qui signifie que la population paléolithique de la France était génétiquement parlant  »basque ». Ce qui permet de déduire que cette population devait logiquement partager une mythologie similaire et parler des langues similaires.

« Nous savons en effet que dans la culture basque subsiste des racines matriarcales qui ont résisté au temps. Les recherches génétiques sur les basques nous dévoilent une ère d’influence prodigieuse, en corrélation avec les cultures autochtones méditerranéennes matriarcales, mais ruinée par les célèbres invasions indo-européennes vers 2000 av-JC. L’ancienne culture basque est longtemps restée un bastion de résistance aux conquêtes patriarcales indo-européennes »– Andrés Ortiz-Oses, universitaire

Paganisme matriarcal basque : origines de la sorcellerie chez les derniers païens d’Europe

Mariage à l’essai

Chez les Basques, le mariage à l’essai était monnaie courante, tandis que l’albergement savoyard permettait aux jeunes filles des villages locaux de passer la nuit sous conditions avec leur amoureux. Ce mariage à l’essai (concubinage) provoquait la colère des curés. Les Basques, ont pratiqué notre mariage à l’essai avant l’heure. Ils ne rédigeaient de contrat de mariage et ne recevaient la bénédiction nuptiale qu’après avoir longtemps vécu avec leurs futures épouses, avoir sondé leurs mœurs et vérifié leur fertilité. De même en Corse, où l’on est pourtant pointilleux sur l’honneur, les fiançailles donnent lieu à un repas entre les deux familles, à l’issue duquel le fiancé reste vivre avec sa fiancée, chez les parents de celle-ci (résidence matrilocale typique des sociétés matriarcales).

Matrilignage et collectivisme agricole

Selon Julio Caro Baroja, l’héritage et la parenté étaient transmis par la ligne féminine. Les pratiques successorales majoritairement matrilinéaires au Pays Basque et dans le Cantal au XIXe siècle sont uniques en France. Par ailleurs, le collectivisme agricole survivrait encore dans des lieux comme la vallée du Baztan, ce qui suppose l’absence d’héritage, la collectivité étant immortelle. Cela dit, la propriété collective agricole n’est plus reconnue par le droit français depuis la révolution de 1789. Pour préserver le patrimoine intact l’héritage par primogéniture s’impose alors.

Primogéniture mâle… ou femelle

Les coutumes successorales au Pays Basque dans l’Ancien Régime étaient unique en Europe non parce qu’elles permettaient aux chefs de famille de léguer tous les biens de famille aux aînés (car c’était le cas de nombreuses régions coutumières en France), mais parce que ce système de l’héritage unique, celui de la primogéniture qui favorisait l’aîné des enfants, ne faisait aucune distinction entre les garçons premiers nés et les filles premières nées. Selon le droit coutumier basque, l’aîné, qu’il soit un garçon ou une fille, devenait l’héritier légal de la maison et de toutes les terres.

Préserver la maison-clan, malgré 1789 et le Code Napoléon

Le système de l’héritage unique en faveur de l’aîné, fille ou garçon, ou l’aînesse intégrale, si traditionnel au Pays Basque, a jusqu’au XIXe siècle considérablement influencé les structures de la famille et a longtemps été respecté par les familles afin de préserver intact le patrimoine familial et surtout la maison (« etche » en Basque). Ces pratiques étaient courantes dès le Moyen Age et peut-être même avant, mais elles furent codifiées pendant la période moderne dans le but d’institutionnaliser le système et de légaliser les pratiques familiales traditionnelles. Ainsi, les coutumes basques ont permis aux familles de légaliser l’héritage unique favorisant le fils aîné ou la fille aînée, selon le sexe de l’enfant premier né, un système qui survécut au cours du XIXe siècle en dépit de la Révolution française et du Code Civil de 1804 qui imposait l’héritage égalitaire entre les enfants, filles ou garçons, premiers ou derniers nés. Le patrimoine familial était par conséquent transmis au premier né des enfants, le fils aîné (succession patrilinéaire) ou la fille aînée (succession matrilinéaire).

La famille souche élargie : les clans basques

Ces pratiques démontraient une volonté déterminée et une capacité infaillible à assurer la continuité des traditions et de la succession en dépit des nouvelles lois égalitaires. Le système ainsi élaboré démontrait que pour les familles, le patrimoine et la maison devaient impérativement rester intacts, transmis à un seul descendant qui dès lors formait un groupe familial élargi avec ses parents, son conjoint, et ses enfants (et parfois même des cohéritiers célibataires), vivant sous le même toit, travaillant ensemble et partageant le fruit de leur labeur collectif. Chaque famille était ainsi composée de plusieurs générations cohabitant sous le même toit et partageant toutes les activités et les obligations liées à la maison et à l’exploitation. Les structures de ces familles étaient donc complexes. C’étaient celles de la famille traditionnelle basque : la famille souche.

Les héritières, aînées de la famille

Les filles aînées avaient davantage de chance que les fils aînés d’hériter du patrimoine familial pour plusieurs raisons. D’une part, dans la seconde moitié du XIXe siècle, les ressources économiques dans le monde rural basque étaient limitées et ne permettaient à quasiment aucun jeune propriétaire de s’installer dans le village. Par conséquent, seuls les héritiers et leurs conjoints pouvaient espérer vivre décemment du travail de la terre et de ses revenus dans les villages. Les autres devaient partir. Les filles étaient les dernières à résider dans la maison et les plus disponibles à perpétuer les traditions familiales. Quoi qu’il en soit, les héritières (soit 57% des cas) étaient probablement préférées aux héritiers (soit 43% des cas) pour leur attachement aux traditions.

La maison-clan, ventre de la Déesse

Le nom de la maison (Etxe) à laquelle ils appartenaient constituait depuis des temps immémoriaux le nom des Basques (Goiko-Etxea, Urrutiko-Etxea, Bengo-Etxea, etc.), ou ce qui est la même, le nom de leur clan. Cela a permis la survie d’une identité de groupe matrifocal et matrilinéaire qui est restée intacte depuis la préhistoire, et reste encore dans de nombreux foyers Basques.

« Selon la conception traditionnelle qui existe encore dans les villages, chaque basque est lié à une maison (ETXE ). Le nom de famille est le nom même de sa maison d’origine. » – José Miguel Barandiarán, Mythologie Basque

L’Etxe représente le temple-utérus du clan, qui abrite à la fois les vivants et les morts, dans leur poursuite de la renaissance. Comme les grottes paléolithiques, l’Etxe est considérée comme une entrée du monde souterrain, le ventre de la terre-mère. Selon la tradition, les maisons sont reliées avec le monde chtonien par des galeries et, à travers elles, les esprits des ancêtres reviennent pendant la nuit. L’etxe (maison) basque est radicalement & absolument matriarcal, parce qu’il est à la fois :

  • le temps & l’espace de communion, des vivants & des morts,
  • demeure & sépulture,
  • temple & cimetière,
  • lieu de vie (procréation & naissance) & décès (enterrement & commémoration).

« Avant l’introduction du christianisme, les maisons elles-même ont exercé le rôle de sépulture familiale. La mère fait des offrandes aux ancêtres, enterrés en position foetale sous les combles de la maison appelés BARATZ, le «retour à la terre-mère». Les vestiges de cette pratique sont encore observées aujourd’hui pour les enfants qui meurent sans baptême (Mairu)» – Louis Charpentier, Le mystère Basque

La femme prêtresse de la maison-clan

Andres Ortiz-Osés défendait du point de vue de l’anthropologie symbolique basque que l’Etxe basque, comme maison ou ferme, reconstituait la grotte de la Déesse Mari, et dont la représentation était l’Etxekoandre ou la Dame de la maison. L’etxekoandre ou la Dame de la maison est celle qui représente la maison, présidant ainsi les actes et les cérémonies sacrées comme la sépulture. Lorsqu’il n’y a aucune femme de la famille qui peut assister à de tels actes, elle est remplacée par la andereserora (Dame soror en euskera), qui est comme sacerdote du voisinage, celle qui représente les etxekoandre ou les ministres du culte domestique. Ceci avait contribué à élever le respect et la considération dans laquelle était tenue la femme. C’est pourquoi dans beaucoup de cas elle était instituée héritière de la maison avec une préférence à ses frères.

La considération dans laquelle les anciens basques ont eu envers la femme a influencé le rôle fondamental qu’elle a effectué dans les différents aspects de la vie familiale. La société et la mythologie tourne autour de la Grande Mère, tandis que celle-ci est représentée comme Mari dans la maison comme la mère-femme ou etxekoandre. Ainsi nous le rappelle José Miguel Barandiarán :

Etxekoandreetxekoandere : « Elle est le principal ministre du culte domestique. Elle pratique, en effet les actes cultuels, comme offrir des lumières et des produits alimentaires aux défunts de sa maison, de bénir les membres de sa famille une fois par an, endoctriner à tous dans le devoir de maintenir en communion avec ses ancêtres (…) ».

Feux du solstice en hommage à la Déesse-Mère

Exemple de l’importance de la femme dans le sacerdoce païen sont les rites qui sont encore conservés dans des lieux comme Urdiain (Navarre) : lors des deux solstices les femmes parcourent le village en formant des cercles autour des feux, et en chantant des couplets en l’honneur de l’Eguzki Amandrea (Grand-mère Soleil).

Quand le père vole le pouvoir de procréation de la mère

La couvade désigne une coutume, d’abord observée dans le Pays basque médiéval, où un futur père, peu avant l’accouchement de sa femme, se met au lit, imite la grossesse et se plaint des douleurs de l’enfantement, tandis qu’on lui accorde le traitement des femmes en travail. Son apparition tardive témoigne de l’avènement tardif du patriarcat.

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