Matriarcat Slave (Tchéquie) : amazones païennes anti-mariage, fondatrices de Prague et de sa nation

Libuše en tchèque (prononcer « Libouchè »), Libussa ou Libuscha en allemand, est l’ancêtre mythique de la dynastie des Přemyslides et du peuple tchèque en général. Selon la légende, elle fonda Prague au viiie siècle.

Lire Paganisme matriarcal Slave : les derniers païens d’Europe (17e s.), quand le soleil était une femme

Les trois sœurs prêtresses païennes

Libuše serait la fille (nièce?) du chef tchèque Krok et la plus jeune sœur de la guérisseuse Kazi et de la magicienne Teta. Krok, successeur du chef légendaire Čech, et sa femme Niva avaient eu trois filles :

  • Kazi, une herboriste et guérisseuse.
  • Teta qui pouvait parler avec les esprits, et priait les dieux.
  • la princesse Libuše, la plus jeune des sœurs, qui était sage et juste.

Libuše était la plus sage des trois sœurs et prophétisa la fondation de Prague depuis son château de Libušín (d’après des légendes tardives, à Vyšehrad). Elle était douée du don de prophétie, et son père la choisit comme successeur. Le début de règne de Libuše fut propice puisse qu’en endigua la peste qui frappait la région et amena une grande prospérité. On dit qu’elle rendait la justice sous un tilleul sacré.

La police des amazones

Cependant, la présence de pillards se fait de plus en plus sentir. La nécessité d’une force armée se fit de plus en plus sentir. Une compagne d’enfance de Libuše, Vlasta, organisa une troupe de guerrières dont elle pris la tête.

Mariage forcé d’une matriarche

Malgré les réussites de Vlasta, le conseil insista de plus en plus pour que Libuše prenne un mari pour régner. Bien qu’elle se soit avérée un chef avisé, la partie masculine de la tribu ne supportait pas d’être sous les ordres d’une femme. Un jour, elle doit faire face à l’interpellation d’un notable, qui s’indigne en ces termes :

 » Honte à nous ! En quel autre lieu une femme gouverne-t-elle les hommes ? Ici seulement ! Nous voilà la risée du pays « .

La reine choisit un paysan pour époux

Libuse préfère l’intérêt national au pouvoir personnel : elle envoie un groupe de nobles lui chercher un mari. Ils demandèrent à Libuše de choisir un prince pour le peuple, et elle désigna Přemysl, un laboureur du village de Stadice, son amour d’adolescence. On enleva Přemysl à sa charrue et on l’amena au palais. Přemysl devint alors duc, Libuše l’épousa et donna naissance à Nezamysl, inaugurant la dynastie des Přemyslides. Selon une autre légende, elle mourut peu après son mariage (ce qui remet en cause le fait de ses enfants).

L’amant devient tyran

Přemysl continua à régner seul. Cependant, son règne semble avoir été très dur, les paysans autrefois libre se retrouvant opprimés sous son joug. De même, il établit des lois fortement défavorables aux femmes alors que la culture tchèque était précédemment équitable. C’est ainsi que Vlasta, dont la troupe de femmes était devenue une vraie petite armée, entra en rébellion et parti s’installer à Děvín où elle établit ses quartiers et construisit une forteresse.

Les amazones vengent un mariage mortel

Une de ses guerrières, Vlasta ou Valasque, aurait alors quitté la cour et aurait formé une armée d’amazones, que Přemysl n’aurait pu vaincre que par ruse, et non par force. Ancienne compagne de Libussa, elle voulut, après la mort de cette princesse, en 735, former un État où les femmes domineraient sur les hommes. Elle en établit le siège sur le mont Vidovlé, une forteresse près de Prague, d’où son armée s’élançait sur les plaines voisines pour les ravager. Elle fut ainsi pendant huit ans la terreur de la Bohême. Elle publia un code qui consacrait la dépendance et l’infériorité des hommes en tout point. Le fort de Vidovlé fut pris d’assaut par Přemysl, le roi de Bohême, et Vlasta périt les armes à la main. Une autre version raconte qu’après plusieurs guerres, Premysl signa la paix avec elles et célébra des unions entre les amazones et ses guerriers.

Dívčí válka, la Guerre des Filles

Mais elle ne fut pas un cas isolé. De nombreuses femmes s’en prirent à des hommes qui profitaient de ces nouvelles lois et beaucoup partaient se rallier à elle. Selon toutes les sources, cette guerre fut longue. Certaines donne une durée de 8 ans. Il se serait plus agit de multiples escarmouches que de réelles grandes batailles. Alois Jirásek (Staré pověsti české – Légendes de l’ancienne Bohême – 1894) conclut sa chronique sur la Dívčí válka:

« L’ordre et la justice ont été à nouveau établis, comme il y avait avant, et le prince Přemysl régna seul, sans opposition des femmes. »

Vers un royaume gynarchique

Elle aurait voulu fonder un royaume fortement gynocratique. Les hommes auraient été interdit de porter des armes et de monter librement à cheval, seules les femmes pouvant exercer le métier des armes. Ils auraient été affecté aux champs et autres tâches productives au service des femmes. On trouve aussi que des femmes venaient de loin se rallier par milliers, voire dizaines de milliers, étant prises en formation guerrière après avoir été accueillies, grossissant son armée. Certains leur prêtent aussi de torturer systématiquement les prisonniers qu’elles faisaient avant de les exécuter ou les libérer mutilés.

Divoká Šárka, Šárka la sauvage

Šárka, lieutenante de Vlasta, est aussi une figure de la guerre des filles. Elle piégea une bande d’hommes armés commandés par Ctirad, un jeune noble farouche ayant provoqué de lourdes pertes, en s’attachant elle-même à un arbre, en affirmant que des femmes rebelles l’ont faites prisonnière, en déposant un cor et une cruche d’hydromel hors de sa portée pour la narguer.

Ctirad croit à son histoire et la détache de l’arbre. Une fois libérée, elle verse l’hydromel aux hommes en cadeau de remerciement. Les hommes ne soupçonnent pas que Šárka avait mis un somnifère dans l’hydromel. Quand ils sont tous endormis, Šárka sonne du cor pour prévenir les rebelles de sortir de leurs cachettes et de la rejoindre dans le massacre des hommes.

Les dernières batailles: Vyšehrad et Děvín

Tout cela se terminera par la mort de la plupart d’entre elles, massacrées par l’armée de Přemysl. Il ressort que Přemysl ait voulu tenter de marcher sur Děvín après l’affaire Ctirad, mais rencontra de fortes résistances sur le trajet et rebroussa chemin, non sans avoir tué de nombreuses guerrières et en ayant capturé certaines. De là, Vlasta aurait voulu faire une contre-attaque contre lui à Vyšehrad. Lors de la bataille qui eut lieu, avant qu’elle n’arrive sur la ville, elle se serait retrouvée isolée et surpassée par le nombre, elle fut tuée. Leur meneuse morte, le reste de l’armée aurait essayé de se rabattre sur Děvín. Un certains nombre furent tuées sur le trajet, et celles qui purent arriver à la forteresse furent massacrées lors de la prise de celle-ci. Přemysl, vainqueur, fit raser la forteresse de Děvín pour ne plus laisser de traces et de base à une nouvelle rébellion.

Matriarcat russe

Matrilignage et propriété collective

Résistance d’une amazone anti-mariage

Les chants folkloriques russes montrent aussi la liberté et l’éga­lité dont jouissaient les femmes non seulement dans la vie éco­nomique, mais aussi sur le champ de bataille. Citons, par exem­ple, le héros Dobrynja Nikititsch affrontant à découvert un « chevalier errant, femme », représentante sans doute d’une tribu où dominait toujours le matriarcat. Dobrynja commence à combattre avec elle. Elle le saisit par sa chevelure bouclée, le « fourre » dans un « sac », et lui explique qu’elle ne consentira au mariage que si cela lui « chante ».

Émancipation des femmes de l’ancienne Russie

Le droit paternel s’imposa très tôt en Russie. La domi­nation des Tatars (tribus turcs de pasteurs nomades dont les femmes étaient totalement opprimées) ne vint jamais que renforcer les conditions déjà existantes, c’est-à-dire le pouvoir illimité de l’homme sur la femme. Malgré cela, et jusqu’au XIe siècle, des survivances d’un très ancien matriarcat continuèrent à se trans­mettre par les légendes populaires. La femme de l’ancienne Russie aurait disposé de propriétés sans permission spéciale de son mari. Elle prenait part aux délibérations judiciaires et pro­cédait à l’arbitrage.

Matrilinéaire jusqu’au XIIe siècle

Et, d’après les premières lois russes – le « droit russe » ne fut écrit qu’au XIIe siècle – la filiation se faisait par la mère et non par le père. Ce qui est une preuve manifeste qu’il existait chez les peuples slaves archaïques un mélange prédominant de matriarcat, de communisme primitif et d’économie agraire.

Nostalgie mythifiée de l’ère maternelle

Mais, parmi les paysans du nord de la Russie, le souvenir de la position dominante de la femme dans le système économique demeura néanmoins vivace. Il se perpétua à travers les ballades et les refrains populaires que l’on chantait encore alors que l’oppression de la femme du propriétaire terrien ainsi que celle de la femme du paysan étaient manifestes.

Oppression patriarcale aristocratique

L’ignorance de la jeune aristocrate et sa position subor­donnée par rapport à sa famille furent renforcées par les exi­gences du clan. Son destin était fixé par d’autres : dans la noblesse, c’était avant tout le père qui décidait, mais d’autres membres plus âgés de la famille avaient leur mot à dire quand il s’agissait du choix du partenaire. Son mariage était une affaire de famille. Il s’agissait avant tout de protéger les inté­rêts de la maison. Les mariages ne se faisaient pas pour des raisons de sentiments, mais seulement pour des raisons d’ordre matériel. Soit que l’on cherchait à agrandir son propre domaine par la dot de la belle-fille, soit encore à apaiser un voisin bel­liqueux en lui proposant, à lui ou à l’un de ses fils, sa propre fille en mariage. Ce qui permettait de doubler sa puissance, sa fortune ou encore le titre de sa propre maison, tandis que l’on réunissait deux titres en un, etc. C’étaient là les véritables rai­sons de ces mariages.

Mariages pédophiles avant même la naissance

Souvent les fiancés ne s’étaient jamais vus avant le jour des noces. Ils arrivaient généralement de contrées éloignées, et il n’était pas rare que l’on fiançât des enfants de cinq à sept ans. Au Moyen Age, le mariage entre mineurs était normal. Le duc de Bouillon, complètement ruiné, épousa une enfant de douze ans pour l’importance de sa dot. Le marquis d’Eauoise se fiança avec une enfant de deux ans, le futur beau-père s’étant déclaré prêt à verser annuellement une part de la dot au futur mari. La sage et prévoyante comtesse Adélaïde de Savoie promit au successeur du trône d’Allemagne la main de sa fille Berthe alors que le fiancé et la fiancée n’avaient pas encore six ans. Il y avait même des parents qui recherchaient des fiancées pour leur fils pas encore né. L’absence de droits des jeunes gens et des jeunes filles par rapport à la famille était égale en cette matière, leurs mariages étaient conclus collectivement par le clan familial.

Du communisme primitif vers la propriété individuelle

La lutte entre les deux formes de propriété de la terre, c’est-à-dire, d’une part, la propriété privée et, d’autre part, la propriété communale, était loin d’être achevée. En Russie, ce droit de possession collective resta très longtemps en vigueur, grâce au système du mir et ne fut aboli que sous le règne de Nicolas II, par les lois du ministre Stolypine.

Le poids des femmes dans l’économie agraire

Pour l’économie villageoise, la femme représentait une importante force de tra­vail. La prospérité dépendait autant de son travail que du tra­vail du paysan. C’est pour cette raison qu’elle pouvait assister en de nombreux cas aux délibérations des villageois, alors que chez elle, vis-à-vis de son père ou de son époux, elle n’avait pratiquement pas voix au chapitre. Aux réunions, même les anciens étaient prêts à l’écouter. Dans une province Russe, une coutume autorisait les paysannes – en particulier lors de l’ab­sence de leur mari – à assister aux réunions du mir et cela malgré la perte de leurs droits ancestraux et le fait que le pater familias avait considérablement élargi ses prérogatives.

La bru, esclave-prostituée de la belle-famille

Les choses ne commencèrent véritablement à changer pour la paysanne qu’avec l’introduction particulièrement humiliante du statut de bru. A partir de ce moment-là l’homme pouvait bafouer et maltraiter impunément sa femme. Ce statut signifiait que la femme, au cas où son époux partait à l’étranger, devait rester auprès de son beau-père et avoir avec lui des rapports sexuels.

Publicités