Troie, une civilisation matriarcale anéantie par le patriarcat grec mycénien ?

Source : Poil à Gratter

La découverte de Troie

C’est une petite relecture d’Homère (qui vécut selon Hérodote vers 850 BC) à laquelle nous vous convions. L’Iliade et l’Odyssée relatent des faits survenus bien des années avant Homère, au début du Bronze final, fin XIIIème – début XIIème siècle BC ce qui fit que jusqu’à la fin du XIXème siècle de notre ère, bien des historiens considéraient ce récit comme uniquement mythique et poétique. Puis il y eu la découverte de la cité par Schliemann qui y découvrit aussi 8 autres citées empilées les unes sur les autres. Elles s’étagent depuis la fin du Néolithique jusqu’à l’arrivée des Perses. La Troie d’Homère est la N° 2. D’autres faits troublant sont venus ensuite confirmer la réalité du récit.

Le fer venu des étoiles

Le plus remarquable est la découverte par ce même Schliemann de la tombe d’Agamemnon à Mycènes. On y découvrit notamment un poignard en fer, ce qui est plutôt curieux en plein age du bronze. Mais le plus surprenant fut de découvrir que ce fer était d’une pureté absolue que même aujourd’hui nos techniques modernes n’atteignent que difficilement.

Passons sur les écrits d’ « historiens » marginaux qui virent là l’intervention… des extra-terrestres déguisés en Dieux de l’Olympe (les vilains). L’analyse du métal révéla qu’il s’agissait de fer météoritique.

Ceci nous amène à faire un petit aparté astrophysique : 99 % des météorites sont rocheuses. Seule 1 % sont métalliques. On sait aujourd’hui pourquoi. Lors de la formation du Système solaire, certains planétoïdes en formation ne devinrent jamais des planètes car elles furent percutées et détruites par leurs voisins. Cependant un noyau métallique avait eu le temps de se former sur certains et c’est ce qui en reste qui fut projeté dans l’espace et forme ces si rares météorites métalliques.

L’armure incomplète d’Achille

Retour à l’age du bronze : à l’époque, la température des bas-fourneaux ne permet de fondre que les métaux « mous » : or, argent, cuivre, étain. C’est l’alliage de 2 d’entre-eux (cuivre et étain) qui donne ce métal dur : le bronze. Le minerai de fer est connu depuis la fin du bronze moyen, mais on ne peut encore le fondre. Par contre, le fer météoritique est utilisable. Déjà raffiné par le planétoïde d’origine, il n’y a plus qu’à le marteler pour en faire une lame. Si le prince est suffisamment riche pour en acheter des quantités plus importantes, il peut aussi en faire des plaques pour son armure. Mais, ce métal est très rare comme on l’a vu. Même très riche, Achille ne pu se faire faire une armure complète. C’est ainsi que l’astronomie et l’archéologie purent, avec les méthodes modernes d’histoire comparée, valider la véracité du discours d’Homère concernant l’armure incomplète d’Achille. Bien sur, le récit est romancé ; l’écart des années explique cela, mais les preuves sont bien là et on peut aujourd’hui affirmer que le récit d’Homère relate des faits qui se sont réellement produits et que les personnages dont il parle ont aussi très certainement réellement existé.

La guerre du patriarcat contre le matriarcat

Pourquoi la guerre de Troie est-elle si importante dans l’Histoire? Certains y ont vu une rivalité économique, le fait que Troie dominait les détroits entre Méditerranée et Mer Noire. En fait, cela va bien plus loin que cela. La guerre de Troie marque une charnière. Comme on l’a vu, le Néolithique fut une ère de civilisations matriarcales. La Guerre de Troie est le moment où dans l’Histoire les civilisations patriarcales commencent à dominer le Monde et finissent par s’imposer définitivement.

 Lorsque l’on prend le récit d’Homère et qu’on le relit sous cet angle, compte tenu qu’il est écrit par un homme du camp des vainqueurs, les grecs patriarcaux, on y trouve les preuves que l’on cherche.

La fuite d’Hélène de Sparte, fuyant le patriarcat autoritaire du vieux Ménélas et trouvant refuge dans la Troie matriarcale en constitue probablement la meilleure preuve.

L’Odyssée nous apporte aussi des informations intéressantes. Pénélope : voilà une femme qui n’a pas vu son mari depuis 20 ans et dont tout le monde pense qu’il est mort depuis 10 ans ; dont l’Odyssée nous raconte les frasques amoureuses d’Ulysse, son mari, avec des femmes libres de la mer Égée (sociétés matriarcales) pendant toutes ces pérégrinations ; et qui de retour au pays tue les prétendants de Pénélope qui n’ont fait que la courtiser… Quel machisme répugnant qui semble ne pas vraiment gêner le grec Homère !

Des auteurs « modernes » ont eux aussi compris que Troie fut une citée matriarcale. Dès le XVIIème siècle, Racine dans sa pièce Andromaque, fait tenir à la « femme » (amante ?) d’Hector un rôle plus qu’important impensable dans la Grèce patriarcale. On pourra aussi remarquer que les Amazones furent les alliées de Troie, et que c’est pour dissuader Ménélas d’attaquer la cité qu’Artémis exigea de lui le sacrifice de sa fille. On peut aussi voir dans le Cheval de Troie un symbole totémique (certains y voient l’appellation d’un simple navire), typique des sociétés matriarcales, dont les centaures fournissent un bel exemple (anti-mariage).

Les Amazones, alliées de Priam

[…] Quand la trêve fut terminée, les Troyens que la présence d’Achille remplissait d’effroi et qui n’avaient plus Hector pour les défendre, n’osaient plus franchir les murailles de la ville. Cependant un secours imprévu leur arriva : Penthésilée, la reine des Amazones, arrivait avec une armée des bords lointains du Thermodon (nord-est de la Turquie), pour venir en aide au roi Priam. Ces femmes guerrières étaient bien connues des Grecs, qui dans mainte occasion avaient éprouvé leur valeur.

A la vue de Penthésilée et des Amazones qui l’accompagnaient, Priam sembla oublier un moment la douleur que lui avait causée la mort sanglante de ses « fils » (neveux ?). Il conduit l’héroïne dans son palais, l’accueille avec la même tendresse que s’il eût revu son propre enfant après vingt ans d’absence. Il lui fait servir un repas somptueux, tel que des rois puissants, après la défaite de leurs ennemis, le font apprêter sous de verts feuillages, pour célébrer leur victoire. Ce prince la comble ensuite de riches présents et lui en promet de plus magnifiques encore, si par son courage elle délivre les Troyens. Ce que nul mortel ne pouvait exécuter, lui semble facile ; elle s’engage à « triompher d’Achille, à tailler en pièces les bataillons grecs, et à réduire leur flotte en cendres » (Quintus de Smyrne). La jeune héroïne ranime le courage des Troyens et s’avance hardiment contre l’armée ennemie dont elle fait un effroyable carnage…

Les origines matriarcales de Rome

Enfin, l’on trouve chez un autre peuple patriarcal, les romains, des textes plus qu’intéressant. Virgile notamment, dans l’Enéide, donne à Rome une origine troyenne. Certains ont plutôt voulu y voir une trace de la rivalité entre grecs et romains. Mais a cette date, il y a un siècle déjà que la Grèce est soumise à Rome (Corinthe est rasée et pillée en 147 BC, l’année qui précède le sort identique de Carthage). En fait, ce contemporain de César, justifie l’origine étrusque de la famille de César, les Julia, l’une des rares familles patriciennes matriarcales de Rome (une ville qui fut fondée, nous le savons, par les étrusques qui en furent les 1ers rois jusqu’à la fondation de la République où ils furent chassés ; sauf quelques familles comme les Julia).

Hérodote confirme d’ailleurs l’origine lydienne des étrusques, Sardes est une grande ville au sud de Troie et il y eu une forte immigration au VIIIème siècle BC (donc après Homère) de cette région vers ce far-west de l’époque qu’était la Méditerranée occidentale. Les phéniciens firent de même en fondant Carthage (par une femme, Didon qui fut aussi, nous raconte Virgile, la maîtresse d’Enée ; et là nulle explication concernant la rivalité entre Rome et Carthage ), de même que les grecs avec Marseille ; tout cela à cette même époque.

Une charnière historique

Voilà pourquoi la guerre de Troie est si importante dans l’Histoire et aussi pour notre mouvement qui a pour le concept de famille communautaire matriarcale plus que de la sympathie. Si vous aussi, vous trouvez à la relecture des textes anciens des éléments qui vont dans ce sens, n’hésitez pas à nous les communiquer avec votre opinion, vos déductions.Voila aussi un fascinant sujet de thèse pour nos camarades étudiants et étudiantes (cela vaut aussi pour le Néolithique).