Matriarcat Maenge (Papouasie) : une société matrilinéaire en transition vers le patriarcat

Les Maenge sont une société matrilinéaire de Nouvelle-Bretagne. La Nouvelle-Bretagne (New Britain en anglais, ancien nom : Nouvelle-Poméranie) est l’île la plus grande des îles Bismarck qui font partie du pays océanien de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle est située à l’ouest de l’océan Pacifique dans la mer des Salomon. Elle se trouve entre la Nouvelle-Guinée et laNouvelle-Irlande.

Une société agricole anarchiste

Les Maenge sont un groupe d’horticulteurs dont la société est divisée en deux moitiés exogames divisées elles-mêmes en clans et sous-clans également exogames. Ni les moitiés ni les clans ne fonctionnent comme des groupes sociaux réels. Ils n’ont ni chef, ni leader et fonctionnent seulement comme des catégories pour classer les gens en épousables et non-épousables. Les véritables unités, politiques, économiques, et cérémonielles sont les lignages dont les membres vivent dans un même village.

Femme et enfant, village de pêcheurs, Baie Blanche, Nouvelle Bretagne orientale

Coexistence avec le patriarcat

Chaque village est sous l’autorité d’un Big Man qui appartient au matrilignage de son fondateur. Cet homme est appelé « le père du village ». En fait, en plus du principe matrilinéaire de descendance, existe un autre principe de regroupement de parents, les « parents par la verge ». Ces groupes rassemblent tous les enfants d’un même père mais de mères différentes ainsi que les enfants de plusieurs frères à part entière. Tous ces individus appartiennent par leurs mères à des clans matrilinéaires différents mais ils sont réunis par leur commune descendance par les hommes, donc par un principe de patrifiliation. Ces groupes de patrifiliation ont un nom et leurs membres sont solidaires dans toutes sortes de contextes, la guerre, les expéditions commerciales etc. Ces groupes sont également exogames.

Les mères possèdent la terre

Par contre, la propriété et l’usage du sol reposent entièrement sur le fonctionnement des groupes matrilinéaires. Or la tendance dans cette société est pour le chef de village de faire hériter son fils, qui n’appartient pas au même clan, de ses fonctions et de ses pouvoirs.

Le père conçoit la totalité de l’enfant, la mère ne fournit que l’âme

Comment un enfant est-il conçu chez les Maenge ? Pour ceux-ci c’est seulement le sperme de l’homme qui fabrique le corps de l’enfant, ses os, sa chair, son sang et lui donne le mouvement et le souffle. La femme, elle, ne partage aucune substance avec son enfant, mais elle le contient dans son utérus et lui donne son âme intérieure qui se loge dans le sang transmis par le père. L’âme intérieure envahit alors toute la substance du corps et lui donne sa force et sa beauté. Mais chaque individu possède également une âme extérieure qui est la forme invisible de son corps, devient son double et peut se détacher du corps pendant la nuit. Lors de la mort, les deux âmes quittent le corps jointes l’une à l’autre et, après s’être dépouillée de l’âme extérieure, l’âme intérieure va rejoindre le lieu sous la mer où vivent les ancêtres du clan matrilinéaire du défunt.

Le sperme détrône le sang

Dans cet exemple nous voyons une société matrilinéaire où le rôle du sang maternel a disparu et le sperme a envahi toute la scène. On peut associer ce rôle prééminent de la substance masculine au rôle social très important du principe de patrifiliation qui organise également la société en complément de et en concurrence avec le principe de matrifiliation. Mais ce que donne la femme à l’enfant c’est son âme qui le connecte avec les ancêtres défunts mais immortels, et c’est au nom de ce lien à ses ancêtres que les individus disposent de la terre qui est la base de leur économie. L’exemple des Maenge matrilinéaires mais où le sperme joue un rôle prééminent, nous avertit qu’il ne faut pas s’attendre à une correspondance simple et mécanique entre les théories indigènes de la procréation de la vie et la nature des principes qui organisent la parenté.