De l’ère matriarcale au satanisme mondialiste ? L’OTO d’Aleister Crowley, la gnose de Théléma

« Toi, soleil spiri­tuel ! Satan ! Toi œil, toi volupté ! Crie fort ! Tourne la roue, ô mon Père, ô Satan, ô Soleil ! » – Aleister Crowley

Edward Alexander Crowley (1875 – 1947), dit Aleister Crowley, et également connu comme Maître Therion, Frater Perdurabo ou The Great Beast 666 (La Bête) est un écrivain, occultiste et astrologue britannique. L’Ordo Templi Orientis (O.T.O.) (« Ordre du Temple de l’Est » ou « Ordre des Templiers Orientaux ») est une organisation fraternelle et religieuse qui fut la première à accepter les principes et la loi de Thelema, qui est souvent résumée par la phrase : « Fais ce que tu voudras sera le tout de la loi ». Les thélémites pensent que cette loi fut établie par le Book of The Law (Liber AL vel Legis ou Livre de la Loi) dicté à Aleister Crowley en 1904 au Caire par l’entité Aïwass.

Un empire maçonnique templier

La structure de l’OTO est semblable à celle de la Franc-maçonnerie, avec une série d’initiations à des grades successifs. Dans un élan d’impérialisme mystique, son fondateur Theodor Reuss se félicitera plus tard que l’OTO ait absorbé la majorité des organisations chevaleresques, templières ou maçonnique. Dans une publication de l’Oriflamme il donne ainsi la liste des organisations couvertes par l’OTO :

« l’Église Gnostique Catholique, l’Ordre des Chevaliers du Saint-Esprit, l’Ordre des Illuminés, l’Ordre du Temple, l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean, l’Ordre des Chevaliers de Malte, l’Ordre des Chevaliers du Saint-Sépulcre, l’Église Cachées du Saint-Graal, la Fraternité Hermétique de la Lumière, la Saint Ordre de la Rose-Croix Hérédom, l’Ordre de l’Arche Sainte Royale d’Énoch, le Rite Ancien et Primitif de la Maçonnerie, le Rite de Memphis, le Rite de Misraïm, le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Rite Swedenborgien, l’Ordre Martiniste et l’Ordre de Sat Bhaï ».

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L’O.T.O. comprend également l’Ecclesia Gnostica Catholica ou Église Gnostique Catholique, qui représente la branche religieuse de l’ordre. L’O.T.O. prétend à 50 0000 membres dans 58 pays dont la moitié aux États-Unis. L’O.T.O est reprise en 1995 sur le rapport parlementaire de la commission d’enquête sur le sectes en France.

Isis la papesse, un antéchrist matriarcal ?

La papesse Jeanne serait un personnage légendaire qui, au ixe siècle, aurait accédé à la papauté en dissimulant son sexe féminin. Son pontificat est généralement placé entre 855 et 858. L’imposture aurait été révélée quand elle aurait accouché en public lors d’une procession de la Fête-Dieu (à l’origine Fête-Déesse ?). Selon le chroniqueur dominicain Jean de Mailly, elle est lapidée à mort par la foule pour avoir trompé l’Eglise sur son sexe ; selon Martin d’Opava, elle meurt en couches ; selon d’autres encore elle est simplement déposée, du fait qu’étant une femme, elle ne peut continuer à assurer sa fonction.

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Tarot la papesse, ou Isis voiléeUn rite aurait été instauré par l’Église catholique pour éviter que cette mésaventure ne se reproduise : lors de l’avènement d’un nouveau pape, un diacre (ou le plus jeune des cardinaux) serait chargé de vérifier manuellement, au travers d’une chaise percée appelée sedia stercoraria, la présence des testicules, et s’exclamerait « Duos habet et bene pendentes » (« Il en a deux, et bien pendants »), ce à quoi le chœur des cardinaux répondrait : « Deo gratias »(« Rendons grâce à Dieu »).

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La Grande Prostituée au Saint Graal

Le franciscain Guillaume d’Ockham dénonce une intervention diabolique en la personne de Jeanne. De son côté, Luther témoigne avoir vu en 1510 un monument en l’honneur de la papesse, la représentant en habits pontificaux, un enfant à la main. Dans l’apocalypse de Saint Jean, le monstre matriarcal reviendra sous l’allégorie de la grande prostituée de Babylone, chevauchant sa bête immonde, tenant le Saint Graal Utérin, vénérée par toutes les nations, et qui sera terrassée par le retour du Christ et de sa mère, la sainte vierge Marie mère de Dieu. « hix est sanguis meus » – Ceci est mon sang… menstruel ?

La Femme écarlate, la Grande Mère ou la Mère des Abominations

Babalon – connue aussi sous les épithètes la Femme écarlate, la Grande Mère ou la Mère des Abominations – est une déesse que l’on rencontre dans le système mystique de Thelema, exposé en 1904 par l’œuvre du mage Aleister Crowley Le Livre de la Loi. Sous sa forme la plus abstraite, elle représente la pulsion sexuelle féminine et la femme libérée ; de même elle est aussi identifiée avec Mère Nature, dans son acception de fertilité. En plus de cela, Crowley considère que Babalon a un aspect terrestre, sous la forme d’un sacerdoce spirituel, qui pouvait être accompli par des femmes, de même qu’il s’identifiait à To Mega Therion (la Grande Bête), dont le devoir était de manifester les énergies de l’actuel Aeon d’Horus.

L’humanité était divisée en Éons, ères de 2.000 ans chacune, et l’Éon d’Horus venait de commencer : l’année 1904 était son an I, début de la religion gnostique des temps futurs. Le nom de l’Ordre émanait de ce précepte du Livre de la Loi : « Chaque homme et chaque femme est une étoi­le ».

Son parèdre est Chaos, le Père de la Vie, et l’aspect masculin du principe créateur. Babalon est souvent décrite une épée à la ceinture et chevauchant la Bête biblique. On la considère souvent comme une prostituée sacrée, et son symbole principale est le Calice ou le Graal.

Crowley écrit dans son Livre de Thoth : Elle chevauche la bête; dans sa main gauche, elle tient les rênes, représentant la passion qui les unit. Dans sa main droite, elle tient la coupe bien haut, le Saint Graal enflammé avec l’amour et la mort. Dans cette coupe sont entremêlés les éléments du sacrement de l’Aeon.

L’ère matriarcale d’Isis, l’ère patriarcale d’Osiris

Dans la pensée de Crowley, le monde est soumis à une succession de cycles qu’il nomme “éons”. L’Éon d’Isis correspond à l’Âge Matriarcal ; il est suivi de l’Éon d’Osiris, le Père, qui, lui, correspond à l’essor des religions patriarcales, christianisme, islam, etc. ; et enfin de l’Éon d’Horus, le Fils, dont Crowley prétend être justement l’annonciateur, le prophète, du fait de sa réception du texte sacré de cet âge : le Livre de la Loi. Ce document le désigne expressément comme “The Beast” que l’on traduit généralement par la Bête mais que l’on peut également rendre par Antéchrist. Pour Crowley, le fait que Saint Jean, dans son Apocalypse, perçoive la Bête comme maléfique, vient de son incompréhension de la nécessité du remplacement d’un éon par un autre qui l’annule tout en le transcendant.

Le premier Éon d’Isis était maternel, où l’aspect féminin de la divinité était vénéré, du fait d’une société matriarcale, et surtout de l’idée que «la Terre-Mère » nourrit, habille et protège l’homme au sein de l’utérus de la Matrice. Cette ère fut caractérisée par le culte païen de la Mère et de la Nature. Dans son Equinox des Dieux, Crowley décrit cette période comme «simple, calme, facile et agréable; le matériel ignorant le spirituel » (Equinox des Dieux).

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Le mage Lon Milo DuQuette fait remarquer que cet éon était «l’âge de la Grande Déesse », et qu’il tirait son origine dans la préhistoire, atteignant son zénith à «environ 2400 av-JC» Poursuivant cette idée, il fait remarquer que cette période était quand « le culte de la Grande Déesse était véritablement universelle. Elle était adorée par d’innombrables cultures sous des noms et des formes innombrables. »

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De l’ère du chaos d’Horus à l’ère de justice de Maât

La nouvelle religion thélémite se caractérise par la cro­yance d’une évolution de l’humanité par éons. D’a­bord celui d’Isis, ère des sociétés matriarcales et des Dieux païens, puis celui d’Osiris, l’éon des Dieux agonisants dont le christianisme est le meil­leur, mais non le seul, exemple. Depuis avril 1904, celui d’Horus, le Dieu de l’extase et de la violence, Dieu de feu et de flamme, et dans environ 2.000 ans, l’éon de Maat. Maât est, dans la mythologie égyptienne, la déesse de l’ordre, de la solidarité, de l’équilibre du monde, de l’équité, de la paix, de la vérité et de la justice. Elle est l’antithèse de l’isfet (le chaos, l’injustice, le désordre social, …). Crowley n’était plus un simple instructeur de magie, mais le pro­phète d’un nouveau système de pensée, d’un systè­me qui ressemble beaucoup à une religion, avec son panthéon, ses rites, ses fêtes, ses mission­naires — les membres de l’Ordo Templi Orientis­ et son église — l’Église Catholique Gnostique.

L’anéantissement de l’humanisme

Horus est non seulement le Fils dans la trinité égyptienne Isis-Osiris-Horus mais aussi le dieu de la guerre. Son âge marque l’anéantissement de l’humanisme (« Vous êtes contre le peuple, ô mes élus ! » ; Liber Legis, II, 25) ainsi qu’une infantilisation générale de l’espèce humaine se signalant par l’éclatement de conflits mondiaux et de catastrophes de toute nature. L’analogie avec le Kali-Yuga hindou est manifeste.

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Crowley contre le Nouvel Ordre Mondial ?

La démocratie marchande est aussi pour Crowley l’universalisme niveleur :

« L’irrémédiable calamité qui fait qu’il est maintenant un principe accepté de tenter de rendre la tyrannie internationale, de supprimer toutes les coutumes d’intérêt historique, et tout ce qui tend à la variété de la société hu­maine dans le but de construire un marché pour des produits standardisés. Le progrès de cette pestilence n’est que trop visible à travers le monde. Les hôtels standardisés et les marchandises standardisées ont envahi jusqu’aux districts les plus éloignés, et cela n’a été possible économique­ment que par la suppression forcée de la compéti­tion locale. Les exquis, dignes et confortables vête­ments des peuples lointains, de la Sicile au Japon, doivent céder la place à la vile camelote des usines étrangères, et cela est appuyé par une campagne internationale basée sur le snobisme. Les peuples sont persuadés qu’ils doivent se vêtir comme des ducs sportifs ou des présidents de banques. Un tel plan repose évidemment sur la destruction de tout ce qui fait l’originalité, le respect de soi, l’amour de la beauté et la référence pour l’histoire ».

Cet uni­versalisme devient pour Crowley la pire des tyran­nies :

« la tentative délibérée de standardiser les conditions sociales, de tarir l’originalité, d’ostraciser le génie, de discipliner la vie dans ses moindres détails, va faire de la terre de la liberté une colonie de bagnards et modeler la civilisation sur celle des fourmis ».

De surcroît, A. Crowley voit dans les valeurs de la démocratie marchande un anti-eugénisme et la cause d’une dégénérescence de la race humaine.

Celle-ci « grandit en stature et intelligence aussi longtemps que la sécurité fut acquise par la bra­voure, ainsi les plus forts et les plus doués étaient capables de reproduire leur espèce dans les meil­leures conditions. Mais quand la sécurité devint générale, à cause de l’altruisme, les plus dégénérés furent acceptés comme les enfants des plus forts ».

Antisémite ?

En ce qui concerne le judaïsme, Crowley était antisémite, comme beaucoup de chrétiens occidentaux de son époque. Précisément, il adhérait aux accusations de crimes rituels voulant que les célébrations juives nécessitent des sacrifices d’enfants chrétiens. Son antisémitisme lui a posé des problèmes, étant donné le rôle central joué par la kabbale juive dans l’Astrum Argentum. Ses écrits, jusqu’à sa mort, continuent de se débattre douloureusement contre cette vérité que la Kabbale est juive.

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La Kabbale volée aux Égyptiens ?

Une tentative de rationalisation persistante dans son œuvre consiste à affirmer que les Juifs ont volé la Kabbale aux Égyptiens, une assertion qui ne trouva que peu de soutien, même auprès des érudits de son époque. Par moments, il maintenait que cette histoire de sacrifice sanglant avait une symbolique ésotérique liée au sang rédempteur, mais généralement, l’accusation lui servait d’argument pour condamner la conduite morale des Juifs. L’antisémitisme de Crowley serait difficile à défendre et constitue un obstacle pour de nombreux lecteurs.

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La Merkaba (ou Merkavah) est un terme hébreu qui signifie char (de la racine R-K-B signifiant chevaucher). C’est un des plus anciens thèmes du mysticisme juif. Il s’agit pour le mystique d’accéder à la contemplation de ce trône céleste. En égyptien, MER = corps, KA = esprit, BA = âme.

La Première Pensée de Dieu

Crowley se surnomma lui-même la Grande Bête (ou Méga Thérion en grec) 666, en tant que fondateur d’une gnose qui abolirait le christianisme, et fit de la « grande pros­tituée » une déesse du nom de Babalon, amalgame de Babylone et de Barbelo, la mère lubrique des archontes de l’univers de chez les gnostiques. Tout en accordant de l’importance à Isis et à Vénus, il mit au-dessus d’elles Babalon — qui n’était autre que Barbélô, “la Première Pensée de Dieu” pour les gnostiques, qu’il assimilait à la Grande Prostituée de Babylone de l’Apocalypse. Les actes d’adoration de Crowley à Babalon furent si convaincus et fervents qu’elle apparaît comme l’archétype de la Féminité.

La Femme Écarlate, chevauchant la Bête pour la guider, était la représentante de Babalon, dont le prophète de la nouvelle religion devait s’assurer la protection. Il rechercha pour compagne une Femme Écarlate, capable de stimuler par son mysticisme érotique l’inspiration d’un mage. Comme un tel rôle féminin est difficile à assumer, il aura successivement plusieurs « femmes écarlates ».

Le credo gnostique de Babalon

Ecclesia Gnostica Catholica est la branche l’église gnostique incorporée dans les organisations initiatiques d’Aleister Crowley. Le credo de l’Ecclesia Gnostica Catholica — aussi connu sous le nom de credo gnostique — est récité lors de la Messe Gnostique pendant la cérémonie de l’introït est le suivant:

Je crois en un Seigneur secret et ineffable ; & en une Étoile dans la Compagnie des Étoiles à partir du feu de laquelle nous avons tous été créés, & vers qui nous retournerons tous ; & en un Père de la Vie, Mystère du Mystère, en Son Nom CHAOS, le seul vice régent du Soleil sur la terre, & en l’Air unique qui nourrit tout ce qui respire.

Et je crois en une Terre, notre Mère à tous, & en une Vierge dont sont issus tous les hommes & où ils résideront tous, Mystère du Mystère, en Son Nom BABALON.

Et je crois au Serpent & au Lion, Mystère du Mystère, en Son Nom BAPHOMET.

Et je crois en une Église Gnostique & Catholique de la Lumière, de la Vie, de l’Amour et de la Liberté, dont le Mot est THELEMA.

Et je crois en une communion des Saints.

Et, aussi longtemps que la nourriture & la boisson seront transmutées en nous journellement en une substance spirituelle, je crois au Miracle de la Messe.

Et je confesse un Baptême de la Sagesse, par lequel nous accomplissons le Miracle de l’Incarnation.

Et je confesse ma vie une, individuelle & éternelle qui fut & est & qui sera.

AUMGN. AUMGN. AUMGN.

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La Vraie Volonté

Le point le plus important est la découverte de ce que Crowley nomme la Vraie Volonté. « Do what you will shall be the whole of the Law » (Fais ce que veux sera le tout de la Loi) est l’une des principales phrases-­clés du Liber Legis. Et donc, tout l’édifice de pratiques mises au point ou améliorées par Crowley vise à un décapage de ces scories (que l’on peut dire “qliphotiques” pour employer une terminologie hébraïque) ainsi qu’à orienter l’individu vers un “dépassement permanent” de lui-même, jusqu’à l’inconnaissable néant, le zéro infini de la Kabbale qui, chez la Bête, est connu comme féminin, plus précisément il est représenté par la déesse égyptienne Nuit.

Tortures pour une surhumanité

Il existe des techniques pour contrôler tout acte, parole ou pensée, telles celles du Liber III vel Jugorum qui recommande de s’entailler le bras à l’aide d’un rasoir chaque fois que par ex. l’on prononce un mot courant que l’on s’était juré d’éviter. On a dit que pour punir les femmes à Cefalu, Crowley les obligeait à se tenir debout nues sur une hauteur, les bras en croix. Ce n’était pas une torture qu’il leur infligeait ; elles priaient, tout simplement. Ou alors, le magicien doit adopter consécutivement plusieurs personnalités totalement différentes et parfaitement jouer son rôle, ce afin de détruire les limitations de sa psyché. Le but est d’arriver à une surhumanité.

“Chaque homme et chaque femme est une étoile” (AL. 1.3)

Tout individu qui ne s’est pas délivré des illusions du monde phénoménal relève de la sous-humanité. Crowley considère que « tout homme et toute femme est une étoile », et toute étoile possédant sa course, déterminée par la Vraie Volonté, plus elle est ignorante de cette dernière, plus elle dévie de son orbite et a donc de chances de rentrer en conflit avec les étoiles voisines.

L’homme est un Dieu qui s’ignore

Dans l’ensemble de son œuvre, Crowley affirme l’i­dée que l’homme est un Dieu qui s’ignore et que seul le travail magique peut lui permettre de dé­couvrir cet état. La tâche de sa vie était de « rédiger un traité des méthodes par lesquelles l’homme peut atteindre la divinité », de démontrer qu’« il n’y a qu’une seule définition principale de l’objet de tout le rituel magique, c’est l’union du microcosme avec le macrocosme.

Magie sexuelle : l’homme le plus pervers du Royaume Uni

Aleister Crowley, le maître de la Gnose moderne, a été également le plus grand théoricien et praticien de la magie sexuelle, qui est l’art de produire, de contrôler, d’utiliser, d’intensifier tous les effets de la sexualité, du désir au plaisir, pour influencer la réalité quotidienne. Il lut l’Apocalypse et pour défier les puritains qui en faisaient leur référence, déclara qu’il serait la Bête 666 chevauchée par la Grande Prostituée de Babylone vêtue de rouge, et rechercha désormais pour compagne cette « femme écarlate » (il en aura 9 pendant sa vie).

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Le Grand Œuvre érotique

L’OTO comportait 12 degrés d’initiation, dont les 6 derniers étaient réservés à la maîtrise du sexe. Francis King dit : « Au huitième degré, on enseignait un mode particulier d’activité autosexuelle (que je qualifierai seu­lement de masturbation magique) ». Le IXe degré, considéré comme l’Art royal et sacerdotal, rendait les adeptes capables du Grand Œuvre érotique, où ils nommaient d’ailleurs leur pénis l’athanor, le vagin la cucurbite, le sperme la matière primordiale, et son mélange avec les sécrétions féminines l’amrita ou l’élixir. Ce sera désormais l’idéal de Crowley quand il fera l’amour avec des partenaires choisies exprès à cet effet.

Illuminati homosexuels, le but ultime de l’Ordre

Les rituels d’initiation des degrés supérieurs (du VI° au XII°) tourneront exclusivement autour de la magie sexuelle, on y explique graduellement les diverses œuvres magiques à accomplir, le symbolisme caché des grades, le but ultime de l’Ordre.

  • VI° Illustre Chevalier (Templier) de l’Ordre des Kadosch, et Compagnon du Saint-Graal, Grand Inquisiteur Commandeur, et Membre du Grand Tribunal, Prince du Royal Secret
  • VII° Theoreticus, et Très Illustre Souverain Grand Inspecteur Général, Mage de la Lumière, et Evêque de l’Ecclesia Gnostica Catholica, Grand-Maître de la Lumière, et Inspecteur des Rites et Degrés
  • VIII° Parfait Pontife des Illuminati Épopte des Illuminati
  • IX° Initié du Sanctuaire de la Gnose
  • X° Rex Summus Sanctissimus)
  • XI° dédié à la magie homosexuelle
  • XII° Frater Superior, et Chef Visible de l’Ordre

Magie homosexuelle de Baphomet

Des épîtres comme De Arte Magica ou le Liber Agape fourmillent de métaphores sexuelles et de recommandations rituelles devant permettre aux membres de développer leurs pouvoirs magiques au travers de la production et de la consommation de l’Élixir (le sperme), de la pratique du Hierogamos hétéro ou homosexuel. Ainsi, le système de la magie sexuelle de l’OTO se développait de la manière suivante :

  • le VII° est centré sur l’adoration du phallus sous le symbole de Baphomet.
  • le VIII° est centré sur la masturbation au sein de l’« œuvre mineure du soleil ».
  • le IX° est centré sur l’interaction, au sein de rituels hétérosexuels, entre le sperme, le sang et les sécrétions féminines.
  • le X° est centré sur l’imprégnation et la fertilisation de l’« œuf » afin d’assurer la succession du Chef Extérieur de l’Ordre.
  • Le XI° est l’œuvre per vas nefandum (l’anus) dans le cadre du (de la) magie homosexuelle.

La masturbation magique

D’après le rituel de l’OTO, l’acte sexuel peut servir à réaliser un vœu ou faire arriver un événement dans un futur proche, si on l’accomplit en exécutant des gestes spéciaux et en prononçant des paroles sacramentelles, dans une chambre aménagée en temple. La masturbation doit être un entraînement à cet idéal. C’est pourquoi le huitième degré de l’OTO, celui où il fallait être passé maître pour accéder à l’enseignement du neuvième degré sur le coït, était l’apprentissage de la masturbation magique. Son traité de la masturbation s’intitula De nuptiis secretis deorum cum hominibus (Des noces secrètes des dieux avec les hommes), parce qu’il y montra comment se masturber divinement, et non pas banalement ou vulgairement. Jusqu’alors les hommes se masturbaient par manque de femme et pour évacuer un surplus de semence : avec lui, des initiés prirent conscience qu’ on pouvait le faire pour se concilier les forces divines gouver­nant l’univers. À cela s’ajoute le développement d’un fantasme de Crowley qu’il avait déjà manifesté à New York lorsque, pour acquérir le pouvoir magique, il se masturbait en pensant qu’il était sodomisé par Hermès.

Les noces alchimiques sexuelles

Crowley pensait que les rapports sexuels organisés rituellement étaient des noces chimiques produisant un élixir aux propriétés magiques. Le mélange du sperme et de la cyprine était la substance sacramentelle de l’opération. Il possédait la vertu de transmutation du possible en réel. Sa Haute Magie sexuelle est un rituel à 2. Une fois l’orgasme atteint par les 2 partenaires, il recueille l’élixir dans le sexe de la femme, c’est-à-dire la semence masculine enrichie par la sécrétion génitale féminine. Il en fait une offrande au dieu invoqué. On remarquera qu’il cherche, dans le coït magique, « une seconde naissan­ce ». D’après lui, l’opération de magie sexuelle se passe dans un état de « lucidité éroto-comateuse » (eroto-comatose lucidity) : c’est une agonie clairvoyante où l’on meurt pour renaître doté d’un pouvoir spécial.

Les 600 concubines du roi Salomon

Ainsi A. Crowley a disposé, pour ses opérations de magie sexuelle, d’un harem renouvelé chaque année, constitué de nombreuses prostituées (certaines le servant en véritables adeptes), mais aussi de bour­geoises et d’artistes cherchant à pénétrer les arcanes du High Magick Art à travers lui. Il passait alternativement de celle-ci à celle-là, comme le roi Salomon parmi ses 600 concubines, et il avait des favorites qui chan­geaient au gré des circonstances.

L’or rouge menstruel

Dans son alchimie de la sexualité, Crowley donna un sens concret à la notion de « menstrues » que les alchimistes prenaient au figuré. Pour rece­voir de l’or, rien de mieux que de faire l’amour avec une femme qui a ses règles, car « l’or rouge » de la menstruation attirera par analogie le vrai métal précieux. Il préparait aussi des talismans, posés sur un autel, en les enduisant de l’élixir recueilli dans la cucurbite d’une partenaire menstruée.

Francis King raconte : « Aleister Crowley détenait un talisman appelé Segelah (destiné à faire obtenir un grand trésor)… J’ai vu cet objet, aussi déplaisant que possible, car il est barbouillé de sperme séché et de sang menstruel. Crowley ne réussit jamais à découvrir un « grand trésor » sauf, comme le diraient ses disciples, dans un sens symbolique. Toutefois l’actuel possesseur du talisman s’en est servi pour dénicher des livres rares ».

Source : ► Sarane Alexandrian, Supérieur inconnu n°15, oct. 1999.

Le messie thélémique

En 1942, Jack Parsons fut nommé à la tête de la Loge d’Agapé de l’O.T.O. par Aleister Crowley. Comme lui, il était obsédé par l’idée de créer un « enfant magick » avec Babalone ou une Femme Ecarlate. Il cherchait à concevoir un enfant magick qui serait le produit de son environnement plutôt que de son hérédité. Crowley lui-même décrit l’enfant magick en ces termes précis dans Moonchild. La Machinerie de Babalone elle-même n’était qu’une préparation à ce qui était à venir : un messie Thélémique.

Aiwass, l’esprit qui inspira Crowley

Les 8, 9 et 10 avril 1904, au Caire, une voix sensée être celle de l’esprit Aiwass — mais qu’il reconnu ê­tre une manifestation de son moi profond —, dicta à A. Crowley le Liber Legis, composé de 3 chapitres et de 220 versets où se mêlent passages à résonances nietzschéennes, positions déclamatives d’un mysticisme sensuel et d’une métaphysique obscure, et indications préci­ses concernant d’éventuels rituels. À partir de l’été 1909, Crowley entreprit d’en faire l’évangile d’une nouvelle religion gnostique et messianiste : le thélémisme.

« Mon observation de l’univers m’a donné la certitude qu’il existait des êtres d’une intelligence et d’une puissance d’une qualité incomparable à tout ce que l’humain pouvait concevoir… Et qu’il n’existe qu’une seule et unique opportunité pour que l’humanité puisse progresser d’un seul bloc : entrer en contact avec ces êtres » – Aleister Crowley, 1944.

Communier avec les extraterrestres

Pour les occultistes qui suivent les lignes de l’O.T.O., l’idée est d’invoquer ces entités Lam au travers de portails magiques (des brèches intentionnellement créées dans l’espace et le temps) pour qu’ils se manifestent physiquement sur la planète Terre. Selon une édition récente du journal Khabs de l’OTO, « l’occupation centrale de la magie est la communion avec des intelligences désincarnées ou extraterrestres.(…) »

Les Travaux d’Amalantrah : Tout est dans l’œuf

Entre janvier et mars 1918, à New York, Aleister Crowley a réalisé une série de rituels magiques, les Travaux d’Amalantrah. L’un de ses objectifs durant la série de rituels était de manifester sur le plan matériel une intelligence. Crowley aurait affirmé avoir réussi, et avoir dessiné un portrait de l’être qu’il a conjuré. Cette intelligence fut Lam, dont la ressemblance avec les extraterrestres gris et d’autres entités paranormales a été noté depuis lors.

Quelques années plus tard, on peut lire dans l’introduction de « La Déclaration de Lam » signée Michael Staley : « Crowley n’a laissé aucune indication sur l’origine de ce portrait, mais il a souligné des années plus tard qu’il s’était inspiré de faits vécus. Il est certain, cependant, que le dessin vient de l’œuvre d’Amalantrah, une série de visions magiques et de communications reçues en 1918 par le biais de Roddie Minor. Cette œuvre constitua à bien des égards, la suite du travail d’Abuldiz effectué des années plus tôt. Dans ces deux œuvres, le symbolisme de l’œuf figure en bonne place. L’une des visions du Groupe de travail d’Amalantrah se clôt par la phrase « Tout est dans l’œuf ». Lors des dernières phases conservées de ce travail, en réponse à une question sur l’œuf il fut dit à Crowley : « tu vas aller dans cette voie ».

L’être supra-humain extraterrestre

Kenneth Grant (8 avril 1924–15 janvier 2011) était un occultiste anglais chef de file de l’Ordo Templi Orientis « Typhonien » ou « Ordre Typhonien ». La carrière magique de Grant commença en 1939, peu avant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’il prétendit avoir reçu sa première transmission de l’« être supra-humain » S’lba. L’« Ordre Typhonien » est l’un des ordres magiques contemporains les plus connus travaillant sur base des écrits de Kenneth Grant. Bien que ce groupe continue à promouvoir la loi de Thelema d’Aleister Crowley, il se concentre sur l’exploration d’intelligences extraterrestres ainsi que du mythe de Cthulhu de H.P. Lovecraft.

Les Grands Anciens de Lovecraft

Kenneth Grant déclare que : « Lam est un Grand Ancien dont l’archétype se retrouve dans les comptes-rendus des témoins d’apparitions d’ovni ».

Ailleurs, il écrit : « Crowley savait qu’il était possible d’ouvrir les portes spatiales et de faire pénétrer un courant extraterrestre dans le flux de la vie humaine… C’est une tradition occulte – et Lovecraft l’a exprimé de façon insistante dans ses écrits – que de penser que certaines puissances transfinies et surhumaines sont en train d’adapter leurs forces dans l’intention d’envahir et de prendre possession de notre planète… Cela rejoint les nombreux écrits pessimistes de Charles Fort concernant une société secrète sur terre qui serait déjà en contact avec des êtres cosmiques et, peut-être, occupée à préparer la voie à leur avènement. Mais Crowley dissipe l’aura maléfique que ces auteurs (Lovecraft et Fort) confèrent au phénomène. Il préfère l’interpréter en termes thélémites, non comme une attaque contre la conscience humaine, mais comme le désir d’embrasser d’autres étoiles pour mêler leurs énergies à un système qui sera ainsi enrichi et rendu véritablement cosmique par le processus… » –  Aleister Crowley and the Hidden God, Kenneth Grant, Editions Muller 1973.

La brèche dans les espaces entre les étoiles

« Il est généralement admis dans les cercles occultes que Crowley a intentionnellement ouvert un portail au moyen de rituels magiques lors de l’œuvre d’Amalantrah qui a fourni à Lam et d’autres entités similaires, un passage vers la terre. La brèche « dans les espaces entre les étoiles » créée par le Groupe de travail Amalantrah aurait généré une passerelle par laquelle Lam et d’autres influences extra-cosmiques pourraient pénétrer l’univers connu, et plus particulièrement, notre terre. Selon les occultistes concernés, le portail a depuis lors été élargi » – « Aleister Crowley’s Lam & the Little Grey Men, A Striking Resemblance », par Daniel V. Boudillion, 2003.

Responsable de l’arrivée des extraterrestres

Désormais, « L’idée qu’Aleister Crowley était responsable de l’arrivée des extraterrestres de type ‘gris’ dans notre monde continue de se répandre dans la blogosphère comme un même particulièrement virulent » – « The LAM hypothesis », Graylien, 2007.

Supercherie ? Le thélémisme dévoyé ?

De cette supposée manifestation d’Amalantrah, Crowley ne dit pas un mot dans son compte-rendu de 80 pages – pas plus que dans le reste de son œuvre. Le dessin aujourd’hui connu comme « le portrait de Lam» fut rendu public pour la première en 1919, lors d’une exposition intitulée « Dead Souls » qu’Aleister Crowley effectua à Greenwich Village, à New York.

La même année, il fut inséré en guise de frontispice au commentaire que le mage effectua du texte de Blavatsky La Voix du Silence, pour sa revue The Equinox. Sous l’image, intitulée « La Voie », se trouvait l’inscription suivante :

« Lam est le terme tibétain pour chemin ou voie, et Lama qui est Celui Qui Va – le titre spécifique des Dieux de l’Égypte, le Passeur sur le Sentier, dans la phraséologie bouddhique. Sa valeur numérique est 71, c’est-à-dire le nombre de ce livre »

Selon ses dires, Kenneth Grant serait tombé en 1945 sur le dessin, en rangeant les affaires de Crowley qui se serait alors proposé de lui offrir s’il découvrait ce que l’image représentait. L’élève se serait exclamé « une entité extraterrestre ! » et aurait remporté le panier garni. Une autre version de l’histoire nous dit que Crowley aurait offert le portrait à son disciple pour le remercier de l’avoir assisté alors qu’il était malade.

Quoi qu’il se soit réellement passé, Grant garda précieusement le tableau et, trente ans plus tard, en publia une reproduction dans son premier ouvrage, The Magical Revival (1972). Désormais, l’entité à grosse tête hérite d’un nom inspiré du commentaire de The Equinox. Il s’appellera « Lam » et sera présenté par Grant comme une « entité extraterrestre avec laquelle Crowley serait entré en contact sur le plan astral en 1919 »…

Des templiers extraterrestres au templiers vaudou

Viols d'enfants : la fin du silence ? est un reportage télévisé sur les réseaux pédo-sataniques, suivi d'une discussion, diffusé en 2000 sur France 3 dans l'émission Paroles d'enfants, réalisé par les journalistes Pascale Justice, Stéphane Taponier et Cécile Toulec, et présenté par Élise Lucet.Pour conclure, l’OTO issu de Crowley a éclaté en une myriade d’ordres se déclarant seuls dépositaires de la pensée & de l’oeuvre du « Maître », des templiers orientaux pratiquant le vaudou à ceux qui voudraient réintégrer le Christ dans les rituels, on tombe sur tout & n’importe quoi.

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