Vestiges du matriarcat dans la Bible : Sarah, Marie, Caïn et Abel

Le calendrier hébraïque commence en 3761 av – JC, date de la création du monde dans la Génèse biblique, qui coïncide avec l’avènement approximatif du patriarcat au moyen-orient. En lisant entre les lignes de la Genèse, il est évident qu’à l’époque d’Abraham (2100 av. J.-.C. selon certains spécialistes) les femmes jouissaient encore d’une certaine indépendance. Elles avaient le droit de posséder des biens. C’est Sara qui obligea Abraham, alors que cela lui déplaisait fort, à se séparer d’Agar et d’Ismaël lorsqu’elle mit au monde Isaac (Genèse 21, 11). Agar, une servante égyptienne, est mère d’Ismaël, un enfant que Sarah, qui est jusqu’alors stérile, suggère à Abraham d’avoir de sa servante.

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La Filiation Matrilinéaire dans la Bible

“Sara était supérieure à son mari, Abraham”, disent les légendes juives. Abraham devait ses troupeaux et sa position de chef de tribu à sa femme Sara [Louis Ginzberg].

Il ressort des légendes, mais beaucoup moins du récit de la Genèse, que Sara était une princesse chaldéenne qui conféra son statut à Abraham en l’épousant. Elle était le personnage le plus important ; l’Ancien Testament le laisse entendre et les légendes le prouvent largement.

Le fait est qu’Abraham était le “simple prince consort”. Sa tribu était à l’origine la tribu de Sara, et c’était à elle que la prétendue promesse de Dieu avait été faite – la promesse qu’elle fonderait une grande nation. Selon les légendes, quand Sara apprit qu’Abraham se préparait dans les collines à sacrifier Isaac, ou Israël comme on l’appela ensuite, “elle se changea en pierre” et mourut sur le champ [Louis Ginzberg]. Elle ne sut donc jamais que Dieu avait arrêté la main d’Abraham et que son fils était vivant. Les juifs ne tiennent donc pas leur nom d’“Israélites” du père, Abraham, mais du fils de Sara, Isaac ou Israël.

Les spécialistes du Talmud, les rabbins juifs, savent tous depuis longtemps que les matriarches, Sara, Rebecca, Rachel et Léa, étaient des personnages plus importants que leurs époux, Abraham, Isaac et Jacob [Robert Briffault].

Sigmund Freud fut “abasourdi” (c’est son mot) d’apprendre que, au 5ème siècle A.C. encore, une colonie juive de Haute Égypte, près d’Éléphantine, adorait toujours la divinité originelle et primitive juive, la déesse Anat.

De descendance davidique par sa mère

Dans le Nouveau Testament, comme dans l’Ancien, la filiation matrilinéaire relève à nouveau son auguste tête, en dépit des efforts des rédacteurs pour l’éliminer. Car il est évident que la filiation de Jésus proposée dans l’Évangile de Matthieu était, à
l’origine et en fait, la filiation de Marie et non de Joseph. Jésus tenait son autorité et son sang royal de sa mère, Marie, “descendante de la tribu de Juda et de la maison royale de David” [Joseph Gaer].

Selon la tradition du Nouveau Testament, les légendes de Jésus et Marie furent transmises oralement par leurs propres voisins : “Matthan engendra Anna, qui porta Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle Christ”.

Caïn et Abel : du végétarisme au régime carnivore

L’histoire biblique d’Abel et Caïn reflète le passage de l’âge antérieur non-violent et pacifique à la barbarie de l’âge patriarcal. Sous la déesse, dit Bachofen, “Une culpabilité particulière était liée à la blessure physique de toute créature vivante” – homme ou bête. Aussi, en acceptant l’offrande de viande faite par Abel, “des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse“, et en repoussant l’offrande faite par Caïn, “des fruits de la terre”, le nouveau Dieu mâle annonçait sa loi : l’harmonie entre hommes et bêtes était terminée, et le massacre et la violence faisaient leur entrée.

L’histoire pourrait être une version modifiée d’un récit sumérien plus ancien dans lequel la déesse acceptait le présent de Caïn et condamnait Abel à mort pour sa soif de sang. La marque de Caïn aurait pu être à l’origine un signe favorable de la part de la déesse, exprimant son approbation de l’ancienne race des agriculteurs frugivores au détriment des nouvelles bandes de carnivores représentées par Abel.

Après le meurtre d’Abel, dit Ginzberg, “la terre changea et se dégrada, et les arbres et les plantes refusèrent de donner des fruits”. Cela pourrait fournir une indication sur la cause de la “mutation” de l’homme, de son passage d’agriculteur pacifiste à prédateur [Robert Eisler]. Si une sècheresse mondiale avait eu lieu, comme le suggère la légende et l’affirme Velikovsky dans La Terre dans le Cataclysme, l’homme aurait été dans l’obligation de tuer pour survivre. “À l’issue de l’épisode pluvieux”, écrit Eisler, “l’homme rendu agressif par la faim apprit à chasser en groupe, dévorant vivant le maigre butin”. Cette théorie est en accord avec l’antique légende babylono-sémitique disant qu’il fallut attendre l’époque de Noé, lorsque la terre avait vu sa surface réduite par les inondations, pour que Dieu autorisât l’homme à manger ses semblables animaux [Louis Ginzberg].

La mythologie grecque relate qu’il fallut attendre l’Âge de Bronze, presque encore dans la mémoire de l’homme, pour que
l’homme défie le matriarcat et apprenne à manger de la viande. « Lucrèce, comme Platon, raconte que l’homme primitif vivait de racines, baies, glands, graines et fruits ; et Porphyre dit que nos ancêtres ne sacrifiaient que des fruits et des légumes” [Montesquieu].

Caïn et Abel personnifient la guerre entre le Taureau et le Bélier, et leur conflit est le premier rapporté dans la Bible après la Création. La violence a caractérisé la révolution patriarcale.

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