Artémis d’Éphèse (Turquie), déesse anti-mariage des Amazones, et prototype de la Vierge Marie

Lors du synode d’Alexandrie en 430 et du concile d’Ephèse en 431 commença la marche triomphale de la Vierge Marie. Ephèse n’est pas un hasard, là-bas, à l’ère paléochrétienne, il y avait encore un culte suprême de la déesse Artémis. La ‘grande Artémis des Ephésiens’, comme on l’appelait autrefois, se transforma alors en la ‘grande, auguste et glorieuse Marie, Mère de Dieu’ du Christianisme, en l’occurrence, la célèbre Vierge Noire. En se métamorphosant de la sorte, l’ancienne déesse ne changea pas seulement de nom, mais aussi de nature. Marie obtint en effet immédiatement le statut d’une image divine et sublime qui l’éleva au dessus de tout ce qui était humain, mais, en même temps, elle resta strictement sous la tutelle du dieu de la trinité. La Reine du Ciel du Christianisme demeura aussi après son apothéose la « Servante du Seigneur ».

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Convertir les païens

Vierge Noire de MonserratLe Christianisme, après qu’il eût conquis Rome et la Méditerranée, ne réussit pas à exterminer définitivement la déesse méditerranéenne. Son souvenir survécut des siècles durant. C’est la raison pour laquelle les pères de l’église et les évêques trouvèrent un substitut féminin qui ne portait pas préjudice à leurs intérêts de domination et qui, en même temps, était en mesure de combler la nostalgie profonde des hommes d’une divinité féminine et maternelle. Ils y réussirent avec une adresse remarquable du moment qu’ils redécouvrirent la Mère de Jésus et la mythifièrent en tant que Vierge Marie qui a donné naissance à Dieu et en tant que salvatrice. Les chrétiens des premiers siècles, en faisant des dieux du paganisme des démons malfaisants, répétaient sans le savoir les patriarcaux, adorateurs de Zeus, qui avaient métamorphosé en êtres horribles et terrifiants les Erynnies (justice matriarcale), que cependant les masses démocratiques continuaient à nommer, comme auparavant, les déesses bienfaisantes et vénérables.

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L’une des 7 merveilles du monde antique

Le temple d’Artémis à Éphèse (en grec Ἀρτεμίσιον / Artemísion, en latin Artemisium) est dans l’Antiquité l’un des plus importants sanctuaires d’Artémis. Il a été bâti en 560 av-JC sur la côte occidentale de la Turquie actuelle. Ses dimensions colossales (137,74 m de longueur et 71,74 m de largeur) et la richesse de sa décoration expliquent sa mention dans 16 des 24 listes des Sept merveilles du monde qui nous sont parvenues. Le site sacré à Éphèse est beaucoup plus âgé que l’Artemision. Il est occupé dès l’Âge de bronze. Il est bien antérieur à l’époque de l’immigration ionique (patriarcaux aryens) dans la région d’Éphèse. Les habitants pré-ioniques de la ville étaient lélèges, cariens et lydiens (matriarcaux). Les colons ioniens se heurtèrent au culte de la déesse mère Cybèle, alors dominant dans la majeure partie de l’Anatolie (Turquie actuelle). Pour se concilier les populations autochtones, les Grecs optèrent pour une politique de syncrétisme en fusionnant les cultes d’Artémis et de Cybèle.

La déesse de Troie s’installe à Rome

Les célébrations pour la Déesse commençaient le 4 Avril car c’était la date anniversaire de son arrivée triomphale à Rome. Cybèle est une Déesse étrangère qui fut importée d’Anatolie en l’an 204 avant notre ère. Son origine est exactement phrygienne, et les spécialistes s’accordent à dire qu’elle remonte très certainement à la Terre-Mère vénérée dans cette région au néolithique, tel que ce fut le cas à Çatal Höyük. Elle était représentée à cette lointaine époque avec une forte poitrine, et par la suite même avec de très nombreuses poitrines qui symbolisaient l’aspect Mère Nourricière.

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Un souvenir des origines matriciennes de Rome

La première question qui se pose est de savoir pourquoi elle fut reçue triomphalement à Rome comme la Magna Mater, la Grande Mère. La réponse se trouve dans la généalogie mythique de Rome au travers du héros Énée. Les patriciens romains se disaient descendants d’Énée, un des héros de la bataille de Troie, ville au passé grandiose qui se trouve en Anatolie. Cybèle étant la grande Déesse d’Anatolie, les Romains ont voulu y voir la Déesse-Mère de leurs lointains ancêtres. La statue de Cybèle entrant dans Rome était donc célébrée comme un retour de la Déesse parmi ses descendants.

Des mœurs libérées qui choquent la morale patricienne

Mais cette arrivée de la statue de Cybèle à Rome ne se fit pas sans frictions et problèmes. Car avec la Déesse furent aussi importés des rites que les Romains voyaient d’un très mauvais œil. Le caractère orgiaque du culte anatolien est un des aspects qui gênaient profondément le puritanisme patricien. Dès le début donc, bien que la Déesse soit la bienvenue, les lois romaines apportèrent de fortes limitations au culte de Cybèle. De plus, tous les rites devaient se tenir strictement dans le temple qui lui était dédié; seul une fois l’an était autorisé une procession qui permettait qu’on sorte la statue de son temple. Par ailleurs tout sacrifice selon le rite anatolien était lui aussi interdit.

Un dualisme ancien

Au travers de ces différentes restrictions imposées par les autorités romaines, se révèle un conflit très ancien, une opposition religieuse et culturelle qui connût son grand tournant pendant la deuxième moitié du néolithique: cet affrontement est probablement celui qui à l’origine opposa la vision patriarcale et puritaine des aryens-patriciens, à celle matriarcale et libertine des peuples antérieurs aux aryens issus du néolithique ancien. À une époque où les Romains ne s’étaient pas encore étendus comme ils le firent par la suite, les valeurs religieuses patriarcales et puritaines héritées de leurs ancêtres aryens, étaient encore celles qui prédominaient dans la société romaine. Ces valeurs sont celles que défend Rome face aux prêtres de Cybèle et de leurs rites venus du plus ancien du néolithique matriarcal. Le brassage des cultures patriciennes et matriciennes dont fut victime plus tard l’empire romain, fut une des raisons qui mena Rome à sa perte.

Sources: « Les Fastes », Ovide. « La religion romaine archaïque », Georges Dumézil

Détruit par les romains, les ostrogoths et les byzantins

Il est incendié volontairement en 356 av. J.-C. par Érostrate, qui veut se rendre célèbre en détruisant le temple(Selon certains, en particulier Cicéron dans un traité sur les augures, disent que cet incendie eut lieu le jour de la naissance d’Alexandre le Grand). Un second temple est bâti au milieu du ive siècleav. J.-C. sur le même plan. Il est pillé par les Ostrogoths en 263 puis brûlé par les chrétiens en 401. Justinien achève de le démanteler en prélevant une partie de ses colonnes pour le palais impérial de Constantinople. Ce temple est également considéré comme étant la première banque au monde car il était possible d’y déposer de l’argent et de le récupérer plus tard crédité d’un intérêt.

Une déesse autochtone pré-olympienne

Diane, la chasseuse vierge faroucheArtémis fut à l’origine une déesse-mère matriarcale pré-aryenne. Avec les invasions patriarcales aryennes (proto-grecs : mycéniens, achéens, ioniens, doriens…), elle fut transformée en vierge farouche (non mariée et anti-mariage), chasseresse qui tue de ses flèches les hommes qui osent la surprendre nue baignant dans les lacs des bois. On sait que l’Artémis d’Éphèse était la déesse de tous les Ioniens. Mais, comme son culte résulte de l’assimilation d’une divinité grecque à d’anciens cultes chtoniens asiatiques, son influence s’étend, bien au-delà, à toute l’Asie Mineure. Callimaque, la qualifie de « déesse aux mille demeures, déesse aux mille cités ». Le fait que les prêtresses, dans ces cités, s’expriment « en langue barbare » semble prouver que la déesse avait bien la faveur des populations autochtones et non seulement celle des colons grecs. Les prêtresses d’Artemis, mais plus généralement des Mystères (Rhéa, Déméter, Perséphone), étaient nommées Melissai* (sing Melissa, melissa ), terme issu de meli, le miel, transmis au latin mellis, melittus (« assaissonné de miel », qui a donné le nom de l’île de Malte, par exemple).

La déesse des Amazones

D’après certains mythologues, Artémis d’Éphèse est une divinité libyenne que l’on peut rattacher aux Amazones de Libye. Cette déesse symbolise la fertilité comme ce fut le cas pour le palmier ; alors on suspendait des grosses dattes en or sur la statue de la déesse et que l’on prenait pour des seins.

Au Ie siècle ap. J.-C, Pausanias écrit : « Quant à la Diane d’Éphèse, toutes les villes grecques en ont embrassé le culte, et surtout les hommes ; ce que j’attribue premièrement à la réputation des Amazones, qui ont bâti, à ce que l’on croit, le temple de la déesse et consacré sa statue ; secondement, à l’antiquité de ce monument. »

Callimaque, dans son Hymne à Artémis, attribue l’origine de lieu de culte aux Amazones : Callimaque , Hymnes III à Artémis v. 237-250. « Les belliqueuses Amazones t’élevèrent, jadis une statue, sur le rivage d’Éphèse, au pied du tronc d’un hêtre ; Hippô accomplit les rites et les Amazones, reine Oupis, autour de ton image dansèrent d’abord la danse armée, la danse des boucliers, puis développèrent en cercle leur ample chœur ; […] Autour de cette statue, plus tard, on construisit un vaste sanctuaire ; la lumière du jour jamais n’en éclaira de plus digne des dieux ni de plus opulent […] »

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Le symbole de Constantinople et de l’Islam

Le croissant de lune étoilé est le symbole universel des déesses-mères, d’Isis à Artémis, en passant par Allat, la déesse pré-islamique de la Kaaba de La Mecque, jusqu’aux jungles du Vietnam, où les tribus matriarcales austronésiennes vénèrent la Déesse-Mère sous forme de piliers-totems qui soutiennent la maison, ornés d’un croissant étoilé entre ses seins.

Drapeau de guerre Ottoman (1453-1798), orné de Zulfikar, le sabre de Mahomet

Constantinople avait le croissant comme emblème avant Jésus Christ, et Constantin lui aurait donné une signification religieuse en dédiant la ville à la Vierge, et en adoptant un emblème composé du croissant et d’une étoile. La monnaie byzantine portait cet emblème, qui sera ensuite adopté par les envahisseurs ottomans après la chute de la Rome orientale en 1453, qui devint alors le symbole de l’islam. Les églises russes sont souvent surmontées – y compris de nos jours – du croissant et de la croix. L’église de Vienne était surmontée du croissant et d’un soleil jusqu’en 1686. Dans la tradition chrétienne, le croissant est surtout connu dans la représentation de la Vierge selon le verset 1 du chapitre 12 de l’Apocalypse de Saint Jean « Et un grand signe parut dans le ciel, une femme revêtue du soleil ayant la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles ».

« la Bonne Mère » gardienne et protectrice de la cité phocéenne

https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0f/Notre-Dame_de_la_Garde_from_the_city_hall_of_Marseille.jpgNotre-Dame de la Garde, également appelée localement « la Bonne Mère » (en provençal : Boueno Mèro) est une des basiliques mineures de l’Église catholique romaine. Elle est située sur un piton calcaire de 149 mètres d’altitude au sud du Vieux-Port de Marseille. Au sommet d’un clocher de 41 mètres de haut surmonté lui-même d’une tour de 12,5 mètres, se dresse une statue monumentale de 11,2 mètres de la Vierge à l’Enfant. De l’église originelle, nous ne savons pratiquement rien. C’est en 1477 que cette chapelle primitive, qui était presque en ruines, fut remplacée tout à côté, par une nouvelle, avec voûte, elle-même transformée au moment de la construction du fort en 1525 . À Marseille, Notre-Dame de la Garde est traditionnellement considérée par la population comme la gardienne et la protectrice de la cité. Elle constitue le palladium de la cité phocéenne.

Notre-Dame la « brune », ou la vierge noire

Cette statue dont on trouve trace dans des écrits du XIVème siècle, est communément appelée « la brune » Voici ce qu’en dit Madeleine de Scudéry, sœur du gouverneur du fort au 17ème siècle :

 » L’image miraculeuse, pour laquelle les matelots ont une si grande religion et que des miracles de chaque jour affermissent encore, est une Sainte Vierge de bois fort vieille, parée d’or et d’argent semblable à celle de Notre Dame de bon Secours de Rouen « 

Une autre statue remplace la « brune » le 13 juin 1661. Elle est en argent, pèse 22 kilos, fabriquée par la maison Jean Beaumond, maître orfèvre à Marseille. La vierge porte un ostensoir qui sert à exposer le saint sacrement. En dehors des fêtes religieuses, celui-ci est remplacé par un enfant Jésus. Elle sera portée à l’hôtel de la monnaie pendant la révolution, en 1794, pour être fondue.

La « brune » disparaîtra en 1795 pendant la révolution, peut être mise en lieu sûr par Joseph Elie Escaramagne. Après un inventaire, tous les biens de Notre dame de la Garde, sont vendus aux enchères, un an après la Vierge à l’ostensoir qui a été portée à l’hôtel de la monnaie. La vierge brune a disparu. A l’entrée de l’église se trouve aujourd’hui une copie de vierge noire médiévale, repeinte couleur chair, donnée par un collectionneur particulier qui possède l’originale. Peut-être s’agit-il de la « vierge brune » perdue ?

Artémis en Gaule : la fondation de Marseille

La ville de Massalia a été fondée au début du VIe siècle av. J.-C. par des colons venus de Phocée, une des douze cités ioniennes mentionnées par Strabon. Celui-ci nous raconte comment les Phocéens, sur la foi d’un oracle, quittèrent les côtes d’Asie Mineure, et sitôt parvenus à destination, construisirent un temple à Artémis Éphésienne. L’auteur nous apprend que les Phocéens édifièrent à Marseille un temple « Éphésion », ce qui indique clairement la référence au type qu’ils souhaitaient honorer. Il ne s’agit pas de l’importation d’un banal culte d’Artémis mais, très précisément, du culte d’Artémis éphésienne. Ils emportent également une statue en bois…

Les Saintes-Maries-de-la-Mer, temple romain d’Artémis

Strabon indique que c’est sur l’emplacement des Saintes-Maries-de-la-Mer (trinité divine féminine qui apporta le christianisme en Gaule) que les Phocéens de Massalia érigèrent un temple à Artémis. A l’embouchure du Rhône, Strabon indique que les Massaliotes, « désirant marquer de toutes les manières que cette région leur appartenait, (…) ont là aussi construit un sanctuaire d’Artémis d’Éphèse, affectant à cet effet une langue de terre formant île entre les bouches du fleuve. » De plus des vestiges sous-marins ont été identifiés comme un habitat antique au large de la côte. Ils sont antérieurs à la colonisation grecque.
Un temple similaire fut bâti à Avenio, aujourd’hui Avignon. « Dans tous les comptoirs massaliotes, on vénère Artémis par-dessus tout autre divinité et on conserve à son idole la même attitude et à son culte les mêmes rites que dans la métropole. » (Strabon, Géographie, IV, 1,4).