Déméter et les mystères d’Eleusis : le culte secret de la déesse-mère pré-aryenne de l’agriculture

Didrachme de l’île de Paros, frappé aux Cyclades et représentant Démé

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La révolution du néolithique

C’est sous l’égide de la déesse Mère que s’opère la révolution du néolithique, avec l’apparition de l’agriculture, puis de l’élevage. Les premières  traces d’agriculture  se  trouvent  situées,  vers  9500 ans avant J.- C., dans une bande alluviale qui va de la vallée du Jourdain à l’Euphrate. Une région où les statuettes féminines sont connues depuis le paléolithique supérieur (moins 30 000 à moins 12 000).

La Mère de la Terre

Démeter transmettant l'agriculture aux hommes, sous les yeux de Perséphone, Musée national archéologique d'Athènes.Dans la mythologie grecque, Déméter (en grec ancien Δημήτηρ / Dêmếtêr qui dérive de Γῆ Μήτηρ / Gễ Mếtêr, « la Terre-Mère » ou de Δημομήτηρ / Dêmomếtêr, « la Mère de la Terre », de δῆμος / dễmos, « la terre, le pays ») est la déesse de l’agriculture et des moissons. Les Romains l’associèrent à Cérès. Triptolème (en grec ancien Τριπτόλεμος / Triptólemos) est le héros grâce à qui l’humanité apprend l’agriculture, et donc la civilisation. Il répand le culte de Déméter et crée les mystères d’Éleusis. Le culte de Déméter y est attesté jusqu’en 1801.

Mère de la faune terrestre et marine

Août — Le Triomphe de Céres, par Cosmè Tura (v. 1476–1484)

Déméter, dont le nom veut dire la Mère divine, la mère universelle, était la plus ancienne des divinités grecques, puisque les Pélasges d’Arcadie l’honoraient déjà sous la figure d’une déesse à tête de cheval, tenant une colombe dans une main et un dauphin dans l’autre, signifiant par là qu’elle avait enfanté à la fois la faune terrestre, les oiseaux et les poissons. Elle correspondait donc à ce que nous nommons la Nature.

Pour se préserver des persécutions

La crise sociale qui aboutit à l’établissement du patriarcat a revêtu en Grèce une forme religieuse. Les hommes restés fidèles à l’ordre matriarcal refusant de reconnaître et d’honorer les dieux nouveaux, on été selon Hésiode, exterminés par Zeus pour faire cesser le culte des antiques déesses (Gaïa, Rhea, Demeter, les Erynnies, les Keres, etc…). Les persécutions ne parvinrent pas à le supprimer, mais il dut s’entourer d’ombre et de mystère.

Un culte agraire étendu à tout un empire

Les mystères d’Éleusis faisaient partie d’un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis (à 20 km au sud-ouest d’Athènes). Ils sont consacrés aux déesses Déméter (terre) et sa fille Perséphone (enfer). Ce culte agraire rendu à la déesse grecque de l’agriculture, s’étendra à toute la Grèce et, à l’époque romaine, à tout l’Empire romain. C’est surtout la plèbe qui lui rendait un culte, elle était une Déesse du peuple. L’origine de cette Déesse très étrusque est à chercher parmi les traditions païennes des peuples pré-aryens. Les déesses mère et fille d’Éleusis ont probablement des racines préhelléniques, ceci étant suggéré par la relation entre leur légende et la culture des céréales, introduite en Grèce longtemps avant l’arrivée des Grecs. Selon le mythe, Déméter dévoila aux hommes ses mystères et la maîtrise de l’agriculture.

Son culte défendu par les armes

Le poète Eschyle (Ve siècle avant JC), citoyen d’Eleusis et initié aux Mystères de Déméter, fut accusé de les avoir révélé. Il connaissait les souvenirs de l’époque matriarcale que les prêtresses conservaient et expliquaient aux initiés. L’explorateur Pausanias (I, 38) rapporte que, dans les temps préhistoriques, les habitants d’Eleusis durent défendre par les armes le culte de Déméter, que les Athéniens voulaient abolir.

Lire Déméter ou la voie de la mère – par Agnès Echène, chercheuse en anthropologie culturelle

Permaculture matriarcale universelle : les 3 sœurs

La technique agricole mixte de cultures complémentaires, dite des trois sœurs, représente les trois principales cultures pratiquées traditionnellement par diverses ethnies amérindiennes d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale : la courge, le maïs et le haricot grimpant (habituellement le haricot tépari ou le haricot commun). La culture conjointe de ces trois plantes compagnes présente plusieurs avantages qui profitent à la culture de chacune. De plus, le maïs et le haricot forment une paire alimentaire de base qui fournit tous les apports nécessaires en acides aminés essentiels. Cette technique d’agriculture a une place importante dans plusieurs mythologies amérindiennes.

La trinité divine de la Terre Mère

Il s’agit pour les Iroquois d’une trinité divine qui a jailli de la tombe de la Terre mère, morte d’avoir enfanté les jumeaux Bien et Mal. On n’a pas encore retrouvé chez les autres peuples iroquois (Hurons, Eries, Pétuns, Wenros, Andastes) de légende similaire.

La quatrième sœur, amie des abeilles

Les Anasazi sont connus pour les avoir adapté en environnement aride. Les Hopi et autres tribus du sud-ouest incluent une quatrième sœur connue sous le nom « Plante à abeilles, des montagnes rocheuses » (Cleome serrulata), plus connue localement sous les termes de Rocky Mountain Beeweed, Rocky Mountain Beeplant, Bee Spiderflower, Stinking clover, Waa’ en Navajo ou encore Navajo spinach, attirant les abeilles pour aider la pollinisation des haricots et des potirons.

Des Amériques à l’Himalaya

En Chine, dans le Yunnan, dans l’ancien Tibet historique, sur les contreforts de l’Himalaya, l’ethnie matriarcale Moso, cultive elle aussi traditionnellement les trois-sœurs, selon une technique identique à celle employée dans les Amériques.

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