Paganisme matriarcal germain : la déesse-mère totémique face aux nouveaux dieux-pères aryens

En allemand le soleil est féminin: « Je suis la mère soleil, et je porte la Terre de jour comme de nuit » (Goethe)« Ils répugnaient à présenter leurs Dieux sous formes humaines, il leur semble peu convenable à la grandeur des habitants du ciel, ils leur consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Dieux (et Landvaettir — esprits de la terre) à cette réalité mystérieuse que leur seule piété leur fait voir »

Lire Matriarcat germano-scandinave : la femme guerrière et devineresse face à l’empire romain

Les Vanirs, peuple matriarcal pré-aryen

Deux familles divines cohabitent ensembles et forment le panthéon nordique. La première et la plus ancienne, est la famille des Vanir. La seconde et la plus récemment arrivée en Scandinavie, est la famille des Aesir. Ils apparurent dans la religion scandinave après les invasions indo-aryennes, et furent vraisemblablement incorporés au panthéon ancien, au lieu de supplanter leurs prédécesseurs, les Vanes. Beaucoup plus anciens que les Æsir, les Vanir  sont les premiers dieux, les puissances autochtones de la fertilité-fécondité des pays nordiques. Le culte des Vanir possède une origine matriarcale, car les peuples autochtones de Scandinavie vouaient un culte à la Déesse Mère avant l’arrivée du christianisme. Sédentaires, ils étaient honorés comme divinités de la fertilité, de l’amour, de la sexualité, de la nature, de la santé, de la chance, de la jeunesse et des animaux.

Quand les dieux « épousaient » leurs sœurs

Les Vanirs « épousent » leur sœur, pratique typique du matriarcat, où l’oncle maternel élève les enfants de sa soeur, sans en être le géniteur, celui-ci étant inconnu. Freyja et son frère Freyr ( « le Seigneur « ) sont les chefs des Vanir. Freyja est la déesse-mère nordique de la terre, de la fertilité, et de la beauté.

On dit d’elle qu’elle eût tous les Dieux pour amant.

Son nom signifie « Dame ». Le culte de Freyja est essentiellement érotique, elle évoque certaines divinités orientales comme Cybèle. Elle est censée avoir enseigné la science magique du sejdr à Odin. Freyr, fils de Njördr et frère de Freyja, est surtout vénéré en Suède. Dieu par excellence de la fertilité, ses animaux préférés sont le porc et l’étalon. Njörd est le dieu de la Mer, des Vents et du Feu. Il apporte la bonne fortune en mer ainsi qu’une bonne pêche. Il est « marié » à la géante Skadi, mais ses enfants ont été conçus avec sa propre sœur. Sa sœur et la mère de ses enfants aurait été Nerthus.

La guerrière qui choisit les morts

Le mythologue Näsström affirme que : « nous devons nous demander pourquoi il y a deux paradis héroïques dans l’ancienne vision nordique de la vie après la mort. Cela pourrait être une conséquence des différentes formes d’initiation des guerriers, où une partie semblait avoir appartenu à Óðinn, et l’autre à Freyja. Ces exemples indiquent que Freyja était une déesse de la guerre, et elle apparaît même comme une valkyrie, littéralement «celui qui choisit les morts. »

Siegfried Andres Dobat remarque que «dans son rôle mythologique comme le sélecteur de la moitié des guerriers tombés pour son royaume de la mort Fólkvangr, la déesse Freyja apparaît comme le modèle mythologique pour la Valkyrjar et les Dises (esprits féminins de la mort). »

Une déesse très populaire malgré la christianisation

L’église a cherché à diaboliser les dieux autochtones y compris Freyja. Celle-ci a survécu malgré tout à la modernité, et fait désormais parti du folklore scandinave. Jusqu’au 19ème siècle, on invoquait la protection de Freyja en Islande. Le nom de Freyja apparaît dans de nombreux noms de lieux en Scandinavie, avec une forte concentration dans le sud de la Suède. Diverses plantes en Scandinavie portaient autrefois son nom, mais il a été remplacé par le nom de la Vierge Marie au cours du processus de christianisation. Les paysans scandinaves ont continué à vénérer Freyja comme un esprit surnaturel jusqu’au 19ème siècle, et Freyja a inspiré de nombreuses œuvres d’art.

La Terre, mère de tous les hommes

Il existait également une incantation chrétienne connue sous le nom de Æcerbót et durant laquelle, tout en invoquant le Dieu chrétien, les participants à la procession invoquaient également eorþan modor (la Terre-Mère) et folde, fira modor (La Terre, mère de tous les hommes) qui fut identifiée comme une ancienne divinité païenne.

Les elfes, amis de la nature

Le nom Vanir pourrait être un dérivé du vieux norrois vinr qui signifie  »ami », ce qui accentue le lien que ces divinités entretenaient avec les mortels. Ils n’étaient pas des divinités que l’on craignait, mais plutôt à qui l’on pouvait se confier et se comparer. La présence de noms de dieux Vanes dans la toponymie atteste leur popularité et leur ancienneté. Le nom « As » signifie « dieu », ce montrerait que les Vanir seraient en fait des Elfes, « amis de la nature ». Comme dans les textes anciens, les termes Vanir et Elfes sont souvent utilisés comme synonymes, nous avons toutes les raisons de croire qu’il pourrait s’agir de la même race.

Le petit peuple matricien

Les éléments à propos des Elfes dans la mythologie nordique proviennent de la poésie scaldique, de Edda poétique et des sagas légendaires. Les Elfes y sont liés au Æsir, en particulier par l’expression commune « Æsir et les Elfes », qui signifie vraisemblablement « tous les dieux ». Quelques universitaires ont comparé des Elfes aux Vanir (dieux de fertilité), mais dans Alvíssmál (« les Dires de Sagesse »), les Elfes sont distingués des Vanir et Æsir, comme indiqué par une série de noms comparatifs dans lesquels Æsir, Vanir, Elfes ont leurs propres traductions pour différents mots — reflétant ainsi leurs préférences raciales. Il est possible que ces mots indiquent une différence dans le statut entre les dieux principaux de Fertilité (les Vanir) et les divinités mineures (les Elfes).

Des femelles splendides mais dangereuses

Les elfes de la mythologie nordique semblent ainsi avoir survécu dans le folklore principalement comme femelles, vivant dans les collines et monticules des pierres (les tertres). Dans « La Colline des elfes » de l’écrivain danois Hans Christian Andersen, les elfes sont de splendides femelles, vivant dans les collines et les rochers, capables de faire danser un homme jusqu’à la mort. Elles incarnent dans chez les chrétiens l’esprit de la tentation, de la luxure, et de manière générale, le danger du féminin sauvage.

Nerthus la Terre-Mère

Au ier siècle av. J.-C., Tacite rapporte l’existence chez les peuples germaniques de rituels centrés sur une divinité féminine, Nerthus, qu’il appelle Terra Mater. Nerthus, déesse-mère de la famille des Vanes associée à la fertilité des terres, ancienne épouse et sœur de Njord. Objet d’un culte fervent de la part des paysans, elle se promène dans un char tiré par deux génisses, bovins prometteurs d’abondance. Elle forme avec Njord un couple parèdre, c’est-à-dire formant deux faces d’un même ensemble comme c’est le cas de leurs enfants Freyja et Freyr. Evoquée par Tacite dans sa Germanie, elle était vénérée de la façon suivante par des peuples vivant dans la péninsule du Jutland :

«  Puis viennent les Reudignes et les Avions et les Angles et les Varins et les Eudoses et les Suardones et autres Nuitons, qui sont protégés par des cours d’eau et des forêts. Il n’y a rien de bien particulier à signaler pour chacun d’eux, excepté le culte qu’ils rendent en commun à Nerthus, autrement dit à la Terre Mère. Ils croient qu’elle intervient dans les affaires humaines et qu’elle se fait conduire auprès de leurs peuples.

La déesse-mère NerthusDans une île de l’Océan s’étend une forêt sainte. Elle abrite un char consacré, que dissimule un voile. Un seul prêtre est autorisé à le toucher. Il prend conscience de la présence de la déesse dans le sanctuaire, fait atteler le char par des génisses et le suit avec grande vénération. Viennent alors des jours de liesse. C’est la fête dans les endroits que la déesse juge dignes de l’accueillir et de l’héberger. On n’entame pas de guerres, on ne prend pas les armes. Tout fer est enfermé. Ce n’est qu’alors qu’on connaît le calme de la paix, ce n’est qu’alors qu’on l’apprécie. Il en est ainsi jusqu’à ce que le même prêtre rende à son temple la déesse comblée par son séjour chez les mortels.

Ensuite le char et le drap et, si on le trouve crédible, la divinité elle-même sont immergés dans un lac à l’abri des regards. Ce rite est accompli par des esclaves que ce même lac immédiatement engloutit. De là, la peur du mystère et l’inviolable ignorance de ce que seuls voient des êtres qui vont mourir. » — Tacite, Germania

Seigneurs amis et seigneurs liens : cultes positif et négatif

Après Rudolf Much et De Vries, Jean Haudry rapproche le nom des Vanes du germanique *weni- « ami », (en vieux norse vinr). Au plan social, cette notion serait à mettre en parallèle au vieil anglais wine « seigneur » et désignerait le chef d’un compagnonnage aux yeux de ses guerriers. Les Vanes « seigneurs amicaux » seraient « l’objet d’un culte positif destiné à les renforcer pour accroître leur action bénéfique ». Ils s’opposeraient aux Ases « seigneurs liens » qui seraient l’objet d’un culte négatif, consistant à respecter les engagements pris sous leur garantie. Cette racine *weni- « ami », se retrouverait dans le nom des Vénètes selon Raymond Ian Page

Magie sexuelle et chamanisme

Ils sont associés aux cultes de la fertilité, de la fécondité, de la sagesse et de la précognition. Outre leurs attributs divins, on les considère comme des magiciens aux très nombreux pouvoirs, et comme des êtres spirituels plein de sagesse et de conseils. Les Vanes sont proches des pratiques chamaniques, du Seiðr et de la magie. Ce sont des dieux primordiaux dont le culte, souvent assuré par des femmes, est lié aux orgies, à la sexualité sacrée, et aux extases.

L’ancêtre totémique : placenta, femme et animal

La Hamingja est la force tutélaire d’une famille, que l’on pouvait représenter par une femme gigantesque. Elle représente le lignage et les Grands Ancêtres d’une famille auquel est lié un individu qui en a hérité une part de chance et de dons. A ce titre il se devait de respecter une règle de conduite, un code d’honneur et de valeur inhérente à sa lignée représentée par cette force tutélaire, qui veillait au bon comportement de ses descendants.

Sur le centre de la photo se trouve une statuette en argile du musée de Berlin. Cette statuette date d’époque saxonne, probablement entre les 6è et 8è siècles de notre ère. La date exacte n’est pas connue, car l’endroit de la trouvaille ne fut jamais révélé. Jusqu’à la fin du 19è siècle, elle se trouvait en possession d’un particulier, un certain B. Friedländer. La statuette possède une inscription runique comme on peut le voir sur la photo. L’inscription se lit « FULGJA ». C’est un cas unique. On ne connait pas d’autres inscriptions avec ce mot. Par contre le mot est connu par les sources littéraires du moyen-âge. Le terme saxon Fulgja existe en norrois (langue parlée par les Vikings): Fylgja (prononcer « fulgya » avec un « g » comme dans « gag »).

Fylgja désigne le placenta qui suit l’expulsion du nouveau-né, et, symboliquement, la figure tutélaire, l’esprit, le double qui suit un homme et même un clan. La femme-fylgja, la fylgjukona, est celle qui protège l’individu, se rapprochant de notre ange-gardien, mais aussi d’une famille. Elle est liée au culte des Dises, évoquant les dhisanas védiques, déesses-mères de la fertilité et de la fécondité, mais aussi du destin. Dans la mythologie nordique les dises (vieux norrois : dísir ; au singulier : dís) forment un ensemble de divinités féminines sur lesquelles peu de choses connues, à l’exception qu’elles sont associées à la mort et la déchéance. La fylgja est le double de l’individu, comparable au Ka égyptien et à l’eidolon grec, une sorte d’ange gardien prenant la forme d’une entité féminine ou d’un animal protégeant la famille ou la personne qu’elle a adoptée. C’est un être tutélaire dont la fonction est la protection et la prédiction. Il se manifeste aux vivants pendant les rêves.

Source : « Lexikon der germanischen Mythologie », Rudolf Simek

La première guerre du monde

Les Ases et les Vanes se sont affrontés dans une bataille capitale dont l’enjeu est la sorcière Gullveig, dont le nom signifie « Ivresse d’or », une prêtresse Vanir qui aidait les « méchantes femmes ». Cette guerre s’est terminée par une trêve et l’échange de quelques divinités en otage. Gullveig serait une hypostase de la déesse Freyja ou la déesse elle-même.

La mythologie nordique découverte au 18e siècle

Snorri Sturluson (1179 – 1241) est le principal écrivain scandinave du Moyen Âge. Auteur de nombreuses sagas et de récits mythologiques, son œuvre constitue une source irremplaçable pour la connaissance de la mythologie nordique. Snorri Sturluson est d’abord l’auteur de l’Edda. L’Edda a joué un rôle majeur dans la redécouverte de la mythologie germanique au xviiie siècle. Elle constitue en effet la principale source de notre connaissance de la mythologie nordique, sans laquelle de nombreux autres témoignages resteraient incompréhensibles. On lui doit également une Histoire des rois de Norvège (ou Heimskringla), des origines mythiques au xiiie siècle.

Les Ases d’Asie

La Saga des Ynglingar, la première partie de l’Heimskringla, a été écrite par l’écrivain islandais Snorri Sturluson vers l’année 1225. La première dynastie des rois nordiques, les Ynglingar, a été fondée par l’arrivée de dieux orientaux en Scandinavie. Les Aesir seraient venus de l’Est, apportant avec eux leurs coutumes nomades et guerrières. Répugnant les mœurs sexuelles des vanirs, les Aesir instaurent le mariage patriarcal. Odin est un grand chef guerrier et magicien venu d’Asie (« Asaland ») qui est vénéré par ses hommes. Selon certains auteurs, il y aurait un lien entre d’une part le Valhalla (pays des dieux) et Asgard (cité des dieux), et d’autre part le Shambhala et l’Agartha allégués aux tibétains. Guerriers, nobles et rois, les Aesir sont chez eux en territoire conquis. Leur arrivée sonne la fin d’une vie douce et paisible. Avec eux, prennent naissance les mythes et les sagas d’épopées rocambolesques, de guerres sanglantes, de trahison, de tricherie, de serments prononcés et trompés.

Paysans et nobles, terre et ciel

Le prologue à l’Edda en Prose explique l’origine de leur nom en en faisant des hommes venant d’Asie, de Troie plus exactement, que les peuples du nord de l’Europe prirent pour des Dieux. Les traces de cette fusion sont relatées dans la Völuspá, un des principaux textes de la Mythologie nordique, où il est dit que les Ases affrontèrent les Vanes dans une guerre d’intérêt. Les Ases étaient principalement adorés par l’aristocratie tandis que les Vanes qui représentaient la fécondité et la fertilité étaient priés par les paysans. Cela pourrait être révélateur du fossé entre aristocratie d’une part et paysannerie de l’autre. Les Ases sont associés au Ciel tandis que les Vanes sont associés à la Terre. Ils gouvernent la vie humaine ainsi que ses expériences. Les Vanes représentent aussi les Dieux et les déesses associés aux forêts sauvages, aux plantes et aux animaux puis à la nature en général tandis que les Ases représentent l’ordre social, la conscience humaine ainsi que les réalisations en Art et en Technologie. Dans une plus large mesure, les Ases représentent la souveraineté de la force.

Des guerriers venus de Troie

Dans une perspective évhémériste, Snorri Sturluson a présenté les Ases comme des hommes venus d’Asie qui furent pris pour des dieux. Cette version figure, dans des récits sensiblement identiques, dans le prologue de l’Edda ainsi que dans les premiers chapitres de la Saga des Ynglingar. Le prologue de l’Edda fait remonter les origines d’Odin jusqu’à un roi troyen ayant épousé une fille du roi Priam. Prologue et Saga des Ynglingar relatent ensuite comment Odin, qui avait le don de voyance, apprit qu’il devait se rendre dans le nord. Aussi quitta-t-il la Turquie avec une suite nombreuse. Supérieurs en beauté et en sagesse aux autres hommes, les Ases furent bientôt considérés comme des dieux. Odin établit ses fils à la tête des contrées traversées et se rendit pour sa part maître du territoire du roi suédois Gylfi. À sa mort, Njörd puis Freyr lui succédèrent. Ce dernier fut surnommé Yngvi, et c’est lui qui a donné son nom à la dynastie suédoise légendaire des Ynglingar.

Thor, prince Enée de Thrace

Le Prologue de l’Edda de Snorri présente les dieux de la mythologie nordique d’une façon évhémériste. L’un des rois qui régnaient à Troie, se nommait Múnón ou Mennón. Il avait épousé une fille du roi Priam et eut d’elle un fils nommé Trór, « que nous appelons Thor ». Il fut élevé en Thrace par Lóríkus. Il était beau et fort et, quand il eut douze ans, il tua son père adoptif et s’empara de son royaume. Puis, il voyagea et vainquit des berserkir et des géants, un dragon et d’autres bêtes sauvages. Il épousa une prophétesse nommée Síbíl, « que nous appelons Sif ». Au-delà de la référence à Troie, l’influence classique est révélée par le parallèle que Heinz Klingenberg a tracé entre Trór / Thor et le héros troyen Énée, plusieurs traits du personnage de Trór et de nombreux épisodes de sa vie apparaissant démarqués de l’Énéide de Virgile notamment.

Les fils d’Odin se partagent la Scandinavie

Dix-huit générations plus tard naquit Vóden, « que nous appelons Odin », homme d’une grande sagesse et possédant de nombreux dons. Son épouse se nommait Frígídá, « que nous appelons Frigg ». Odin, qui avait le don de voyance, apprit qu’il devait se rendre dans le nord. Aussi quitta-t-il la Turquie avec une suite nombreuse. Supérieurs en beauté et en sagesse aux autres hommes, les Ases (ainsi nommés car ils venaient d’Asie) furent bientôt considérés comme des dieux car, en chaque endroit où ils séjournaient, la paix et la prospérité les accompagnaient. Odin établit ses fils à la tête des contrées traversées : trois d’entre eux se partagèrent la Saxe (parmi leurs descendants figurent notamment Baldr et Fródi, mais aussi Rerir, l’ancêtre desVölsungar) ; Skjöld, dont sont issus les Skjöldungar, gouverna le Danemark ; Yngvi, ancêtre des Ynglingar, régna en Suède, où Odin fonda sa capitale après que le roi Gylfi lui eut offert le pouvoir ; Sæming enfin dirigea la Norvège.

Odin n’a pas inventé les runes

Dans Rúnatal (Edda poétique), une section du poème Hávamál, la découverte des runes est attribuée à Odin. Ce dernier a été suspendu à l’Arbre du Monde, l’Yggdrasil, pendant qu’il était percé par sa propre lance, Gungnir, durant neuf jours et neuf nuits afin qu’il puisse acquérir la sagesse nécessaire à avoir la puissance dans les neuf mondes ainsi que la connaissance des choses cachées dont les runes.

Hypothétiques correspondances graphiques entre symboles de Lascaux, runes germano-nordiques, et d’autres possibles symboles anciens.

1- rune Naud du Futhark récent (rune de la nécessité).
2- croix à 4 branches égales ; ce symbole sera plus tard connu comme étant celui de la Terre-Mère, le 4 est la marque des points cardinaux ; dans un cercle ce symbole deviendra la célèbre roue solaire.
3- deux symboles en pointillés ; le premier rappelle le graphisme d’une rune Ansuz; le second rappelle celui de la rune Isa (la glace).
4- on pourrait penser à une représentation de l’axis mundi.
5- rune Tiwaz inversée, symbole ici très probablement lié à l’arbre du monde.
6- symboles pouvant être soit des cornes soit des croissants de lune; dans les deux cas le symbolisme lunaire paraît évident.
7- rune Laguz, la rune de l’eau et de la vie.
8- symbole dont le graphisme s’apparente à celui de la rune Thurisaz, la rune des Géants et de l’épine.
9- symbole qui fut identifié par certains spécialistes de la préhistoire comme pouvant représenter un abri, un refuge; il aurait des connections avec la Terre-Mère; le graphisme rappelle aussi celui de la rune Uruz, la rune de l’aurochs.
10- rune Ár du futhark récent, la rune de l’aigle et des cycles annuels.
11- rune Algiz, la rune de l’élan.
12- graphisme rappelant les formes archaïques de la rune Fehu, mais aussi celle de l’épi de blé; au niveau symbolique les deux se rejoignent.
13- rune Nauthiz, la rune de la nécessité.
14- variante possible d’une forme archaïque de la rune Nauthiz
15- épi de blé.
16- rune Kaun du futhark récent, la rune du feu, la torche.
17- variante de la rune Fehu, la rune du bétail et des richesses.

Les symboles qu’on y trouve sont typiques de cette période pré-aryenne. Ce site présente quelques symboles solaires avec un graphisme particulier à cette époque, des lignes brisées qui symbolisent le pouvoir vital de l’eau, des croix aux 4 branches égales qui figurent la Terre-Mère, et des spirales qui représentent les phases cycliques de la lune. Ce genre de symboles de la civilisation mégalithique se retrouvent sur toute la façade atlantique, de la Scandinavie à l’Afrique du nord.

Loki, le Prométhée vengeur contre l’ordre patricien

Les Ases combattirent les géants primordiaux de l’ère matriarcale, à l’image des dieux olympiens avec les Titans. Le dieu nordique Thor atteint les berges du royaume de l’élévation et de la vie éternelle en nageant dans une rivière gorgée du sang menstruel d’une « géante » appartenant aux matriarches originelles, les « Toutes-Puissantes ». Même si les Ases sont tous divinisés au sein du Panthéon, tous ne sont pas des dieux au sens originel du terme. C’est le cas pour Loki, qui participant activement à la vie des Ases, est en réalité un géant qui les combattra lors du Ragnarök. Loki est le père de plusieurs monstres totémiques; le serpent Jörmungand, le loup Fenrir, et la déesse du monde des morts Hel. Il est également le parent du cheval d’Odin à huit jambes Sleipnir. Il causera la mort du dieu Baldr. Furieux, les Ases le punissent en l’attachant avec les entrailles d’un de ses fils sous un serpent dont le venin goutte sur son visage.

Un Vanir adopté par les Aesir

Non seulement il est, physiquement de petite taille, mais son parentage ne le relie à aucun des Ases; d’Óðinn il n’est que le frère de serment; de son père, de sa mère, de ses frères, nous ne savons que les noms qui, malgré l’obscurité de la plupart, signale une famille singulière et son père est qualifié de Géant. Il est traité par les autres Ases comme un inférieur, qu’on utilise, qu’on fait pirouetter, qu’on menace. Il reçoit et accepte les rôles de messager, d’éclaireur, de suivant, de tranche-viande, et aussi de bouffon.

Une incarnation du totémisme maternel

Seul des Ases, il a un don inquiétant de métamorphoses animales (mouche, phoque, jument, saumon,…) et met au monde des êtres étranges, généralement redoutables aux Dieux (le loup Fenrir, le Grand Serpent, Hel; et aussi le cheval d’Óðinn, Sleipnir). Il a un penchant particulier pour les métamorphoses en femme ou en femelle, avec leurs conséquences physiologiques.

Thor terrasse le serpent de la Déesse et du Titan

Jörmungandr (parfois francisé en Jörmungand ou Iormungand) est dans la mythologie nordique un gigantesque serpent de mer, attesté dans des poèmes scaldiques et les Eddas rédigés entre les ixe et xiiie siècles. Selon l’Edda de Snorri, Il est le fils du dieu malin Loki et de la géante Angrboda, et le frère du loup Fenrir et de la déesse du monde des morts Hel. Encore jeune, Jörmungand est élevé dans le monde des géants, Jötunheim. Le dieu Odin jette Jörmungand dans la mer qui encercle Midgard, puisque les prophéties racontent qu’il causera de grands dégâts chez les dieux. Mais ce dernier grandit tellement qu’il finit par entourer le monde et se mordre la queue, d’où son autre nom, Miðgarðsormr, « serpent de Midgard ». Un serpent-monde sans nom est connu également dans les légendes populaires germaniques au Moyen Âge, en dehors de la Scandinavie. Les tremblements de terre étaient attribués à ses tortillements. Autrement, la lutte entre un dieu et un monstre se retrouve dans plusieurs mythologies indo-européennes, par exemple, les combats entre Indra et Vṛtrá, et Apollon et Python. Les combats de Thor contre Jörmungand, et du Christ contre Léviathan, se sont influencés mutuellement à la christianisation de la Scandinavie, comme l’attestent la croix de Gosforth qui mélange mythes païens et chrétiens, et l’équation linguistique entre le serpent de Midgard et le Léviathan dans les traductions islandaises tardives de textes chrétiens.

Le dieu serpent fertile, gardien de l’arbre cosmique, et compagnon de la Déesse-Mère primordiale

Légende Viking : Beowulf tue la Déesse-Mère et son bâtard

Beowulf tue une déesse-mère de l'ère matriarcale & ses fils illégitimesPoème épique anglo-saxon écrit au VIIe siècle narrant les exploits du héros scandinave Beowulf (bee-wolf, loup-abeille, ours). Il vient à la rescousse du roi Hrothgar du Danemark, qui chaque nuit se fait dévorer ses guerriers par le monstre des marécages Grendel. Celui-ci est l’enfant sans père d’une ogresse vivant dans un lac souterrain. Beowulf les terrassera.

Comme dans la mythologie grecque, nous avons un héros masculin terrassant un monstre féminin  »de l’ancien monde » ainsi que ses enfants sans père. De nombreux universitaires pensent que ces mythes sont des allégories au nouvel ordre patriarcal terrassant l’ancien ordre matriarcal. Dans une version christianisée, Grendel serait un descendant de Caïn, hors ce dernier est souvent interprété comme un symbole matriarcal : Abel (pasteur sacrificateur patriarcal) est préféré par Yahvé à Caïn (agriculteur matriarcal).

Dans la version cinématographique de Robert Zemeckis (2007), Grendel serait l’enfant illégitime, issu de l’adultère du roi Hrothgar avec l’ogresse (une sorcière séductrice multiformes), venant ainsi se venger de ne pas avoir été reconnu par son père…

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