Paganisme matriarcal Slave : les derniers païens d’Europe (17e s.), quand le soleil était une femme

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Les derniers païens d’Europe

Bien que la religion pré-chrétienne de Lituanie ait disparu très tardivement (XVIIe siècle), les sources historiques sont peu nombreuses et très tardives. L’intérêt pour son étude débuta au début du XIXe siècle quand les traditions orales ont commencé à être recensées. Cependant, à cette époque, la majorité des Lituaniens avait déjà oublié leur vieille religion ; les conteurs n’étaient plus en mesure d’expliquer précisément la symbolique de leurs légendes. D’après Marija Gimbutas (archéologue lituanienne), la structure initiale était basée sur un système matriarcal de déesses, chacune symbolisant un élément naturel (la terre, le ciel, la lune…). Cette structure primitive évolua ensuite ver un modèle patriarcal. Les anciens slaves avaient 28 dieux principaux : une année solaire entière est attribuée à chacun de ces dieux et déesses dans le calendrier. Chaque cycle fait donc 28 ans.

Quand le soleil était une femme et la lune un homme

Saulė (Lituanien Saulė, Letton Saule) est la déesse balte du soleil. Saule chez les anciens lettons, est une déesse particulièrement importante. Elle incarne l’astre solaire et la fertilité, veillant sur les malheureux et orphelins. Elle est la mère des Saules meitas et a son domaine au sommet des plus hautes montagnes, et traverse les cieux dans son chariot d’or. La nuit, elle navigue sur la mer. Elle est particulièrement vénérée chez tous les peuples baltes et son symbole est une magnifique pomme rouge.

Reine du ciel et de la terre

Déesse du peuple de Lituanie et de Lettonie. Son nom était Balta Saulite, qui signifie « petit soleil blanc ». Elle a aussi été appelée Reine du ciel et de la terre et était considérée comme le soleil et la déesse de l’Ambre. Déesse vénérée lors du solstice d’été qui se dressait couronnée de tresses faites de rameaux de fougères rouges. Saulè est une déesse loyale et travailleuse. Elle quittait sa demeure à chaque jour pour conduire son char aux roues cuivrées à travers le ciel. Ses chevaux ne se fatiguaient jamais et au couchant elle leur accordait une baignade dans la mer.

Matriarche du cosmos, protectrice des mères célibataires et des enfants sans père

Saule (SOW-lag) est la déesse du soleil balte dont le nom signifie « soleil » aussi et est la Reine du ciel & terre, matriarche du cosmos. Elle est une divinité bien-aimé et populaire des Lituaniens et lettons. Ses principales fêtes se produisent au solstice d’été (Rasa ou Kupolines), le solstice d’hiver (Kaledos) et des équinoxes. Elle est une déesse mère lituanienne de la ferme, la maison et le cœur, dit travailler très dur sur sa propre ferme, aimant les enfants, les animaux, les cultures et les mères. En particulier elle administre les orphelins et les mères divorcées ou abandonnées. Décembre (Solstice d’hiver) est célébré comme la fête de la déesse balte Saule en Lettonie et en Lituanie.

Aventures amoureuses, hors-mariage

Les Saules meitas sont, chez les anciens lettons, les filles de la déesse solaire Saule. Elles sont surtout connues dans les mythes par leurs interactions et aventures avec les Dieva dēli. Les Dieva dēli sont, dans les mythes lettons, les progénitures du dieu suprême Dievs, œuvrant à la bonne tenue de sa maison, et les courtisans des Saules meitas. On les connait également sous les noms de Dieva dehli et, chez les Lituaniens, Ašvieniai.

Le dieu-géniteur non-marié, amant de la Déesse

Dievs, dont le nom signifie dieu ou ciel, est le nom letton du dieu principal du panthéon balte. Ce dieu n’est pas marié, mais on lui prête néanmoins une liaison avec Saule. De ses amours sont nés les Dieva deli. Dievs, s’il est considéré comme le géniteur de tous les autres dieux (en sus des Dieva deli), en est aussi l’essence et tous les dieux du panthéon sont des émanations ou manifestations de Dievs.

Vers le mariage et la criminalisation de l’adultère

Mēness, chez les lettons, est le dieu de la Lune et de la Guerre et l’époux de Saule, dont il est le pendant obscur. Meness restait à la maison toute la journée. Il ne se montrait que la nuit sur son char lunaire. Il fait partie de la courtisans des Saules meitas, les filles de la déesse du Soleil. Une nuit que Mēness comptait les étoiles, il se rendit compte qu’Auseklis (aube de Vénus) s’était absenté et en profita pour abuser sa fiancée. Saule, découvrant l’adultère, le mit en pièces (ce qui expliquerait les phases de la lune).

Mère Sva, déesse suprême, l’éternelle et infinie

L’être suprême du monde divin était la Mère-oiseau Swa : Mère du temps et de l’éternité, de l’espace et l’ordre, fille du Chaos. Elle est éternelle et infinie, à l’origine de la naissance et de la mort (les scientifiques l’appellent Univers). Swa aide à accomplir des exploits et à combattre ses ennemis, comme en témoigne « Le Livre de Veles » : « Cet oiseau n’est pas le soleil lui-même, mais c’est par lui que tout a commencé. Et Mère Sva bat des ailes et fredonne une chanson guerrière. » Beaucoup de civilisations connaissent la déesse Swan Swa. De la racine « Cva » vient du mot « cygne » en anglais et scandinave – Swan.

Svarog, fils de la Déesse-Mère

Son fils Svarog, est l’aîné et le plus important des dieux du ciel : Il est le fondateur des dieux célestes, le chef suprême des étoiles, l’Oeil qui voit le Monde. On le nomme également Svetoyit, Svyatovit, Svarozhich. Les légendes portant sur Svarog remontent au VIIIe-VIe siècle av. J.-C. lorsque les tribus slaves commencèrent à pratiquer l’agriculture. Dans le christianisme Svarog est associé à Saint-Damien, Saint-Côme et l’archange Saint Michel. Une légende raconte l’histoire de la naissance du dieu Svarog et celle de l’Univers :

Au coeur des ténèbres et du chaos originel, vivait la Grande mère, dans les ténèbres du Temps. Grande Mère de l’ordre et la paix, elle voulait connaître les rires d’enfants, les petites mains offertes. Et elle prit la chaleur de son cœur et dans ses mains, et a créé un embryon d’incendie, duquel sortit son fils Svarog. Et du cordon ombilical de son fils, est né un serpent cracheur de feu – Firth, et un serpent sage – Skhotelos. Ils ont grandi et appris en jouant ensemble.

Mais un jour, Svarog qui était devenu un jeune homme, commença à s’ennuyer aux côtés de sa mère. Et skhotelos était encore trop jeune pour avoir des enfants. Il demanda à sa mère de lui venir en aide. Elle prit le cœur de son fils, le transforma en une boule de feu, et le donna à avaler au serpent sage. Il fallut un long moment. Et une fois que Svarog éveillé, il prit son bâton et toucha la queue de Firth, le serpent cracheur de feu. Il en tomba alors un œuf de serpent. Mère Swa le prit et le brisa, mettant au monde le Temps. Alors, Svarog pressa encore une fois le bâton sur la queue du serpent brûlant, et les étoiles naquirent dans le ciel. C’est ainsi que les enfants de la Mère et de son fils Svarog, le Temps et les étoiles, venaient d’être conçus.

Mère-Forêt, un culte matriarcal vivace

Nous pouvons supposer que Mère-Forêt, ainsi que d’autres mythes, est un héritage de la culture paléolithique, car on la retrouve à cette période dans la quasi-totalité des peuples. Aussi le culte de cette déesse chtonienne, associée à un matriarcat prononcé (qui a ensuite été remplacé par le patriarcat), est resté très pratiqué en terre slave. Ce type de divinité indique également un lien très fort entre les Slaves et la forêt, qui était considérée comme un lieu saint. Les rituels sacrés étaient effectués dans les forêts et les bois.

Une déesse totémique de la fécondité

Mère Forêt était la maîtresse des arbres, et l’on veillait alors à garder son sanctuaire intact. Elle était dépeinte comme une femme très belle, avec des seins proéminents, échevelée, les cheveux et les ongles longs. Les seins développés étaient un symbole de fécondité, commun à tous les démons et divinités qui ont un rapport avec la fertilité. Elle était symboliquement décrite comme nue, ou vêtue d’une longue robe blanche. En outre, elle pouvait être représentée sous l’aspect d’une vieille femme, mais qui avait également de gros seins et des dents proéminentes. Elle pouvait apparaître sous la forme d’une botte de foin, ou bien en dinde, en vache, en cochon, en chien, en cheval, ou encore en chèvre.

Une séductrice de mortels

Elle apparaissait seulement la nuit, lorsque des personnes se promenaient tard dans ses bois, souvent des hommes mortels. Les rapports sexuels entre démons et mortels sont présents dans presque tous les mythes slovènes. Certains mortels sont pris par la force, d’autres par surprise. Quelques hommes serbes prétendent avoir eu des relations sexuelles avec la Forêt-Mère, comme ce meunier qui prétend avoir eu la vision d’une belle femme nue avec des gros seins, dans la cime des arbres. Se dirigeant vers la forêt, il se rendit compte que tous les arbres étaient courbés vers le sol. Il fut alors attiré par une sorte de chant très agréable, et fasciné, il fut alors capturé par la mère.

Protectrice des mères et des enfants, déesse de la médecine

Mère forêt est également considérée comme la patronne de la fécondité, des femmes et des nouveaux-nés . On peut également lui demander de l’aide quand un enfant tombe malade. D’ailleurs, certaines herbes communément utilisées pour soigner les nourrissons sont souvent appelées Mère-forêt. Dans certains textes, la forêt et la guérison de la maladie étaient clairement associées. Une herbe en particulier était appelée « mère », sorte d’encens qui donnait à une femme stérile le pouvoir de tomber enceinte. Les femmes devaient selon le rituel, chercher l’herbe magique au printemps, en suivant les cours d’eau dans les montagnes. Une femme qui s’était engagée dans la recherche de l’herbe, n’était pas autorisée à parler, devait être propre, et devait également porter des vêtements propres, et cela avant toute relation sexuelle. Cette herbe sauvage est une autre représentation symbolique de la mère.

Banat, la Mère-Montagne, et Šumenka, déesse de prospérité et de la ruine

Banat était une créature mythique appelée la mère de montagne, proche de la déesse Héra (pré-olympienne). Elle est associée aux Portes de Fer et à Šumenka. Šumenka était une déesse qui pouvait aussi bien apparaître sous la forme d’une belle femme, ou d’une vieille femme laide. Quand elle apparaissait sous les traits charmants, on pouvait être sûrs qu’elle ne voulait pas infliger de dégâts. Mais sous la forme de la vieille femme laide, elle avait avec elle une baguette magique, destinée uniquement à apporter le malheur sur les mortels. C’est sans doute de cette légende qu’est apparu le mythe de la sorcière, ce qui a sans doute sonné la fin de la déesse chthonienne aux deux visages : vie et mort, prospérité et ruine.

Une déesse slave universelle

Si la mère des montagnes était connue par les Bulgares sous ce nom de Banat, les Russes quant à eux l’appelaient Lešačiha. Les Polonais adoraient Mammon, connue pour avoir l’habitude de voler certains nourissons. Les Slovaques ont un démon semblable appelé Matoha, qui a été conçue sans la tête. Les Tchèques avaient une déesse nommée Loess (Cependant Loess ressemble davantage à une fée des forêts). Et les Polonais avaient Dzivoženi.

Avatar d’Artémis, et protectrice contre les ennemis

Nous pouvons raisonnablement supposer que la forêt était une déesse-mère. Et en tant que mère des forêts, elle présente de nombreuses similitudes avec les déesses de la mythologie classique. Certains de ces personnages ressemblent beaucoup à Diane et Artémis. En tant que mère des enfants et des arbres, la déesse non seulement protégeait les enfants et les femmes, mais elle était également une aide contre les attaques ennemies. Ceci est confirmé par le fait que la quasi-totalité de la civilisation néolithique attribuait aux divinités des propriétés similaires à celles de Mère-Forêt. On en déduit donc qu’elle est plus ancienne que la religion Slave elle-même, ou bien qu’elle représente l’Origine de la Création en Terre Slovène.

Lada, déesse de la joie et de l’harmonie

Lada serait dans la mythologie slave la déesse de l’harmonie et de la joie. Elle représente le contre-poids équilibrant la masculinité du dieu patriarcal Péroun (Thor). Elle tire sa force durant le printemps et l’été. Lada ou Lado serait une divinité païenne d’un folklore slave qui n’a probablement jamais existé dans l’ancien pantheon slave. C’est peut être le plus parfait exemple de pure création romantique ou neopaganiste issue de la reconstruction de la mythologie slave.
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