Tanit, déesse-mère berbère de Carthage (Tunisie), et épouse sacrificielle de Baal-Moloch (Yahvé)

Ashérah est un avatar d’Astarté (phéniciens), Ishtar (assyro-babyloniens), Inanna (sumériens), Tanit (phéniciens carthaginois), Aphrodite & Vénus (gréco-romains), Atar‘ateh (araméens), Atargatis (syriens)… déesses-mères de l’amour, de la fertilité, et de la fécondité. Tanit est une déesse d’origine berbère, chargée de veiller à la fertilité, aux naissances et à la croissance. Elle était la déesse tutélaire de la ville de Serepta et son culte prit de l’ampleur à Carthage où elle était nommée Oum. A l’avènement du patriarcat (phéniciens), elle fut, semble-t-il, épousée de force par le nouveau dieu-père Ba’al Hammon. Selon leurs ennemis romains, les carthaginois pratiquaient en leur honneur le sacrifice par le feu (holocaust / molk) de tous les premiers nés.

La main de Fatma

Déesse berbère de la fécondité, protectrice de tous les héros, les grecs en ont fait leur Athéna. Son attribut est le Delta symbolisant l’utérus de la femme enceinte, d’où son nom. Une tête de bélier la surplombe, symbole du rite agraire de la terre. Les 3 angles du deltas et les 2 cornes ont été récupérés par la suite, pour en faire une protection contre tout, et surtout contre le mauvais œil des superstitieux, ce qui lui donne aujourd’hui la forme d’une main, la main de Fatma.

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Les hébreux, parents des phéniciens, mais non pas des berbères

Les hébreux sont apparentés aux cananéens et aux phéniciens, civilisation punique du pourtour de la Méditerranée, dont Carthage, dans la Tunisie actuelle. Des études génétiques indiquent que les carthaginois (colons patriarcaux) ne sont pas apparentés aux berbères (autochtones matriarcaux), mais sont des colons phéniciens (proto-hébreux). Quoique marquée par un caractère patriarcal, la société carthaginoise accorde une relative indépendance aux femmes : l’étude des stèles du tophet (lieu de sacrifices) de Carthage a mis en évidence des sacrifices effectués par des femmes en leur propre nom. De surcroît, il semble que nombre d’activités professionnelles leur étaient ouvertes.

Ashtar, la déesse de l’amour et de la fertilité

Ashtar (Ashtar -عشتر ـ عشتار en Syrie et dans la Mésopotamie ), il s’agit d’une divinité féminine veillant à la reproduction chez les animaux. Effectivement, cette planète qui est connue sous le nom de  » l’étoile du matin – نجم الصباح «  , et  » l’étoile du soir – نجم المساء «  est visible dans le ciel pendant deux périodes de l’année. Durant la première période, elle apparaît comme un astre très brillant à l’est avant le lever du soleil, et durant la deuxième période, elle est visible à l’ouest, après le coucher du soleil. Justement, ces deux périodes correspondent au cycle naturel de la reproduction chez beaucoup d’animaux, d’où son nom de la  » planète de l’amour, de la fertilité et de la beauté « , Aphrodite des Grecs, Vénus des Romains, et aussi «  al-‘Uzza – العزى «  des Arabes.

La compagne du Léviathan

Anat, déesse sémitique de Palestine, sera recyclée en épouse de Baal qui s’accapare de son pouvoir de fertilité, et se fait appeler à sa place, « le Seigneur des sillons des champs », après avoir vaincu un serpent monstrueux nommé Léviathan, encore un symbole de la déesse Mère (épisode révélé par les fouilles de Ras-Shamra, ancienne Ugarit). C’est un comportement  récurrent dans l’histoire du patriarcat, de diaboliser son ennemi, afin de justifier les pires exactions à son encontre. À noter une fois de plus que les rédacteurs de la Bible s’inspireront de ces récits mythiques antérieurs :

« … Yahvé châtiera avec son épée dure, grande et forte, Léviathan, le serpent fuyard, Léviathan, le serpent tortueux, il tuera le dragon qui habite la mer. » Isaïe 27,1.

« Réveille-toi, Seigneur, réveille-toi vite et agis avec vigueur. Réveille-toi comme autrefois, dans le lointain passé. N’est-ce pas toi qui abattis le monstre Rahab, le dragon des mers ? » Isaïe 51, 9.

En effet, Léviathan, symbole de la grande Mère, ressurgit sans cesse dans la mémoire et le cœur du peuple hébreu.

Astarté, une déesse sacrificielle pour son époux

Chez les phéniciens (patriarcaux), étant à la fois Vénus et la Lune, elle est considérée tour à tour comme une déesse vierge (non mariée) et une déesse mère. De là, dans son culte, des cérémonies et des actes symboliques se seraient transformés en scènes de débauche, aboutissant à des excès sanguinaires et cruels. Comme son compagnon Baal, Astarté aurait été souvent honorée par des sacrifices humains, surtout par des holocaustes (sacrifices par le feu) d’enfants.

L’ennemie de Dieu

Dans l’Ancien Testament, il est souvent fait mention d’Astarté, qui apparaît comme étant une adversaire importante de Jéhovah, le dieu patriarcal d’Abraham et de Moïse. A plusieurs reprises, en effet, le peuple élu a osé abandonner son dieu pour Astarté, la « Reine des Cieux ». Le prophète Jérémie blâme très vigoureusement ses compatriotes de retourner au culte d’Astarté. Ce qui implique que ce culte était auparavant la norme religieuse.

Baal, le premier dieu-père, maître et époux de la déesse

Baal (hébreu : בָּעַל, Báʿal, qui signifie seigneur) est un dieu phénicien qui, sous les dynasties des Ramsès, est assimilé dans la mythologie égyptienne à Seth. Le terme Baal n’est pas à l’origine religieux : cet appellatif répandu dans de nombreuses langues sémitiques dénote un être respectable, le seigneur, le maître, le propriétaire ou parfois l’époux. Baal est une appellation générique d’un dieu, accompagnée d’un qualificatif qui révèle quel aspect est adoré : Baal Marcodés, dieu des danses sacrées ; Baal Shamen, dieu du ciel ; Baal Bek, le Baal solaire ; et surtout, Baal Hammon, le terrible dieu des Carthaginois. On peut aussi citer Baal-Zebub, qui a donné Belzébuth. Ainsi, chaque région avait son dieu, son Baal local. Baal est devenu l’appellation punique de nombreux dieux d’origine sémite dont le culte a été célébré depuis le IIIe millénaire av. J. C. jusqu’à l’époque romaine. Baal signifie Allah, qui signifie Yahvé. Il s’agit du point de vue de la religion musulmane d’un blasphème, car remettant en cause l’unicité de Dieu, puisque la Bible considère les Baal étrangers comme de faux dieux. Son nom — le maître ou l’époux — se retrouve partout dans le Moyen-Orient, depuis les zones peuplées par les sémites jusqu’aux colonies phéniciennes, dont Carthage. Il est invariablement accompagné d’une divinité féminine (Astarté, Ishtar, Tanit).

De Baal à Yahvé : le dieu-père polythéiste puis monothéiste

Les textes bibliques témoignent de la lutte acharnée qui prend place à partir du IXe siècle contre la vénération des divinités qu’incarne Baal qui concurrencent Yahvé, divinité d’Israël en voie de monothéisation (Quand Élie fait égorger près de 1000 prêtres de Baal & Astarté, Livre des Rois, 1/18). On le décrit comme le culte du veau d’or dans le livre d’Osée. Dans la Bible il n’a aucune identité précise, mais rassemble toutes les divinités qui pourraient détourner le peuple de Dieu du droit chemin. C’est pourquoi dans le livre des juges chaque histoire commence par :  »Le peuple de Dieu se détourna du Seigneur et adora les Baals et les Astartés. » De la même façon Astartés rassemble les divinités se référant à Ishtar, la déesse de Babylone. Paradoxalement, certains passages bibliques attribuent à Dieu des spécificités baaliques : à l’instar de Baal, Dieu habite sur une montagne, amène la pluie, la fertilité et les récoltes ou est qualifié de  »chevaucheur des nuées ».

Baal, un dieu-père proxénète, et mangeur d’enfants

Selon la Bible, des prostitués, mâles et femelles, servaient sexuellement sur les hauts lieux et certains passage bibliques rapportent parmi les rituels chaldéens des sacrifices enfants pour obtenir les faveurs de la divinité, dans le livre de Jérémie (19:5 ) : « Ils ont bâti des hauts lieux à Baal, Pour brûler leurs enfants au feu en holocaustes à Baal : Ce que je n’avais ni ordonné ni prescrit, Ce qui ne m’était point venu à la pensée ». Néanmoins, les liens entre de tels sacrifices et les cultes de Baal ne sont pas nombreux dans les textes biblique et les sources extra-bibliques ne sont pas probantes sur de tels liens.

Seth, le Baal sacrificiel égyptien

Seth est une divinité guerrière de la mythologie égyptienne. Par Seth grondent les orages, il s’oppose toujours à l’harmonie des choses et des arrangements, il est la force brûlante, capable de détruire toute forme de vie. Les mythes relatifs à Seth le dépeignent comme un dieu ambitieux, comploteur, manipulateur, quand il ne se résume pas tout simplement à un assassin. On l’appelle aussi le « dieu rouge », le dieu « grand de force », maître du tonnerre, de la foudre et du désordre, dieu du désert et de l’aridité, des pays étrangers : les Égyptiens s’en méfiaient beaucoup, sauf sous les Ramessides où il était vénéré quasiment sur un pied d’égalité avec Horus : les Égyptiens le vénéraient tout en le redoutant. D’autres Égyptiens lui vouaient des cultes secrets qui exigeaient des sacrifices humains ; ces sectes furent toujours maudites et poursuivies par les pharaons. Dans un certain sens, le christianisme a récupéré Seth sous le nom du « diable ».

Baal-Hammon, ou la puissance paternelle par le sacrifice des premiers nés

Ba’al Hammon ou Baal Hammon, parfois surnommé le « Saturne africain », est la divinité centrale de la religion carthaginoise à qui est offert le sacrifice du molk. Avec la romanisation de l’Afrique du Nord, ce dieu d’origine sémitique est capté par la divinité romaine Saturne (syncrétisme d’association) avant de disparaître avec le triomphe du christianisme.

Par ailleurs, certains commentateurs ont rapproché Ba’al Hammon du dieu Moloch cité dans la tradition hébraïque, à cause notamment des sacrifices prétendument rendus à ce dieu à Carthage, le nom Moloch renvoyant probablement au terme molk ou sacrifice. La question des sacrifices humains à Carthage est loin d’être résolue, du fait de la faiblesse des indices archéologiques et de la nature partisane (guerre) des sources littéraires (Rome).

Le molk désigne dans le monde sémitique et carthaginois le sacrifice sanglant constitué par l’offrande des prémices qu’il s’agisse de nouveau-nés des troupeaux, des premiers fruits de la récolte ou de l’enfant premier-né. Ce sacrifice peut être offert à Ba’al Hammon ou à sa parèdre, Tanit, puis, par substitution, à Saturne dit africain.

Ce sacrifice est l’expression de la paternité de la divinité, et un don total ou divinisation du sacrifié. Il se compose d’un sacrifice sanglant et d’une crémation. À ces sacrifices, selon la tradition patristique, le jeu des flûtes et des tympanons ou tambours faisait un si grand bruit que les cris de l’enfant immolé ne pouvaient être entendus.

La cérémonie qui encadre le sacrifice est souvent le support d’accusations de cruauté et de barbarie envers les Carthaginois de la part des Romains puis des pères de l’Église. Si son ancienneté est attestée par l’archéologie, il est parfois remplacé par un sacrifice de substitution, désigné en latin sous le terme de molchomor (« sacrifice d’un agneau », acte rituel par excellence du culte de Saturne). Toutefois la proportion de sacrifice humains a tendance à augmenter, et au quatrième siècle av. JC, l’évolution de Carthage accompagne un accroissement de la proportion de sacrifices humains qui jouaient peut-être un rôle social.

Le sacrifice d’enfants bien vivants, généralement l’aîné des familles de notables, dans le but de prouver la sincérité de leur dévouement à Carthage, semble avoir initié la coutume de ces derniers d’adopter un enfant d’esclave pour cet usage. Le rite punique n’a pas été aboli après la destruction de Carthage par Rome, mais nous savons aussi qu’il s’est implanté dans la population indigène de l’Afrique. L’archéologie semble assurer de la réalité des sacrifices d’enfants après trois siècles de domination romaine. En 1921, l’archéologue Otto Eissfeldt a découvert sur le site de Carthage une nécropole contenant des restes d’animaux et de jeunes enfants, utilisée du VIIIe siècle av. J. C. à 146 av. J.-C.

Diodore de Sicile à propos de l’attaque de Carthage par Agathocle, tyran de Syracuse :

« Ils [les Carthaginois] estimèrent que Kronos aussi leur était hostile, en raison de ce qu’eux, qui auparavant sacrifiaient à ce dieu les meilleurs de leurs fils, s’étaient mis à acheter secrètement des enfants qu’ils nourrissaient puis envoyaient au sacrifice. Après enquête, on découvrit que certains des [enfants] sacrifiés avaient été substitués. Considérant ces choses et voyant l’ennemi [l’armée d’Agathocle] campé devant les murs, ils éprouvaient une crainte religieuse à l’idée d’avoir ruiné les honneurs traditionnels dus aux dieux. Brûlant du désir de réparer leurs errements, ils choisirent deux cents enfants des plus considérés et les sacrifièrent au nom de l’État. D’autres, contre qui on murmurait, se livrèrent volontairement ; ils n’étaient pas moins de trois cents. Il y avait chez eux [à Carthage] une statue de Kronos en bronze, les mains étendues, la paume en haut, et penchées vers le sol, en sorte que l’enfant qui y était placé roulait et tombait dans une fosse pleine de feu. »<

Denys d’Halicarnasse, Archéologie romaine, I, 38, 2 :

« On dit que les Anciens sacrifiaient à Cronos à la façon dont cela se passait à Carthage tant que dura la cité. »

Porphyre de Tyr, De l’abstinence, II, 56, 1 :

« Les Phéniciens, lors des grandes calamités que sont les guerres, les épidémies ou les sécheresses, sacrifiaient une victime prise parmi les êtres qu’ils chérissaient le plus et qu’ils désignaient par un vote comme victime offerte à Cronos. »

Plutarque, De la superstition, XIII :

« C’est en pleine conscience et connaissance que les Carthaginois offraient leurs enfants, et ceux qui n’en avaient pas achetaient ceux des pauvres comme des agneaux ou de jeunes oiseaux, tandis que la mère se tenait à côté sans larmes et sans gémissements. Si elle gémissait ou pleurait, elle devait perdre le prix de la vente et l’enfant n’en était pas moins sacrifié ; cependant, tout l’espace devant la statue était rempli du son des flûtes et des tambours afin qu’on ne pût entendre les cris. »

Tertullien, Apologétique, IX, 2-3 :
« Des enfants étaient immolés publiquement à Saturne, en Afrique, jusqu’au proconsulat de Tibère, qui fit exposer les prêtres mêmes de ce dieu, attachés vivants aux arbres mêmes de son temple, qui couvraient ces crimes de leur ombre, comme à autant de croix votives : je prends à témoin mon père qui, comme soldat, exécuta cet ordre du proconsul. Mais, aujourd’hui encore, ce criminel sacrifice continue en secret. »

Moloch, le dieu-père mangeur d’enfants

Moloch est dans la tradition biblique le nom du dieu auquel les Ammonites, une ethnie cananéenne, sacrifiaient leurs premiers-nés en les jetant dans un brasier. D’après des découvertes récentes à Carthage, le mot désignerait en fait le sacrifice lui-même, molk, et non une divinité, qui aurait été inventée pour traduire l’expression. Depuis, le mot molk est reconnu comme un mot sémitique désignant un sacrifice humain, dont la victime est parfois remplacée par un animal. Là où la Bible lit  »pour faire passer leurs fils et leurs filles par le feu à Moloc », il conviendrait sans doute mieux de lire ‘‘pour faire passer leurs fils et leurs filles par le feu de molk », le feu du sacrifice. La tradition a néanmoins gardé le sens d’une divinité, et le nom désigne aussi un démon dans les traditions chrétienne et kabbalistique.

Dans la littérature rabbinique du Moyen Âge, on peut lire que Moloch, dieu des Ammonites, recevait les sacrifices d’enfants dans un lieu nommé Tophet dans la vallée de Hinnom proche de Jérusalem. Le Tophet est décrit par Rachi (Rabbi Shlomo Itzhaki) comme une statue de bronze avec les bras tendus pour recevoir ses victimes dont des tambours couvraient les cris. Une autre source rabbinique précise qu’elle était creuse et divisée en sept compartiments destinés chacun à une offrande différente : farine, tourterelles, brebis, béliers, veaux, bœufs, enfants ; les sept offrandes devaient brûler ensemble. Les noms de Tophet et Himmon sont parfois interprétés comme dérivant respectivement de tambour et vacarme en hébreu. Des commentateurs ultérieurs du Tanakh ont fait l’association avec les sacrifices d’enfants offerts à Carthage selon Diodore de Sicile et Plutarque, associant Moloch avec Baal Hammon et Tanit, dieux de la colonie phénicienne. Flaubert, avec son roman Salammbô, puis Jacques Martin, avec la série Alix ont également beaucoup contribué à l’association historiquement erronée de Moloch avec Carthage.

Sacrifice par le feu (Molk - Moloch) du premier né à Baal, dieu-père de Carthage (Tunisie) Le terme Tophet peut désigner :

  • un lieu biblique proche de Jérusalem, Tophet comme Géhenne sont devenus des noms pour l’enfer.
  • la partie centrale des sanctuaires à l’air libre et lieu des sacrifices de l’Orient sémitique présent dans les religions phéniciennes, libyques ou puniques. Y sont déposées les urnes contenant les cendres (dites vases cinéraires) des enfants (jusqu’à quatre ans) ou des animaux — par substitution — ayant été sacrifiés aux dieux.
  • Le tophet de Carthage, aussi appelé tophet de Salammbô, est une ancienne aire sacrée dédiée aux divinités phéniciennes Tanit et Baal situé dans le quartier carthaginois de Salammbô, à proximité des ports puniques.

Lire aussi Origine de la circoncision, de l’excision et des sacrifices d’enfants

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