Vaudou (diaspora africaine) : déesses aux serpents de la connaissance et de la fertilité

Le serpent-totem, ennemi de la virginité conjugale

Comme pour le mythe universel du dragon, il faut le terrasser pour accéder au mariage. Les reptiles apparaissent comme des gardiens protecteurs de l’ordre matriarcal.

Bida (« boa » ou « python » en sarakholé) est un esprit ayant la forme d’un serpent géant qui apparaît dans une légende médiévale liée à l’histoire du royaume du Ouagadou, à l’origine de l’empire du Ghana. Bida protège le Ouagadou et la famille régnante des Cissé en échange du sacrifice annuel d’une belle jeune fille, jusqu’au moment où il est tué par un homme alors qu’il s’apprête à dévorer sa victime annuelle. La mort du serpent tutélaire est généralement employée par le récit pour expliquer le déclin du royaume. De nombreuses variantes de la légende existent selon les régions, les langues et les ethnies.

L’islam terrasse le serpent-totem anti-mariage

Le meurtre de Bida serait le symbole de l’abandon du culte des ancêtres et de l’adoption de l’islam par les Soninkés selon la tradition orale alors que le récit des voyageurs arabes (Al-Idrissi, Al-Bakri) impute la destruction du royaume par les forces almoravides venues du Maroc en 1076, suivi de l’émigration vers le sud de ceux qui souhaitent rester animistes.

Dans les variantes soninké et sarakholé, le meurtrier du serpent est nommé Mamadou (Mohamed) et il est le futur époux de la victime à sacrifier, qui se nomme Sia Isabéré. Pendant une longue période, les sacrifices sont dûment accomplis et le royaume prospère. Mais une année, c’est au tour d’une belle jeune fille, Sia Isabéré, d’être sacrifiée. Son futur époux, Mamadou, berger et guerrier qui a voyagé et est musulman, refuse de laisser Sia être sacrifiée. Au matin du sacrifice, il se poste non loin du repaire de Bida où est conduite Sia, et, lorsque le serpent sort pour la dévorer, il surgit de sa cachette et lui tranche la tête. Avant de mourir, le serpent profère une terrible malédiction contre le pays, en promettant sept années de sécheresse. L’histoire explique ainsi le dépérissement du royaume du Ouagadou, supplanté par l’empire du Ghana : la malédiction est à l’origine de la transformation du Sahara en désert, tandis que le personnage de Mamadou représente l’influence grandissante de l’islam. Les débris de la tête de Bida retombent dans le Bambouk et le Bouré et s’y changent en mines d’or qui font prospérer l’empire du Ghana par la suite.

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Le serpent-totem, compagnon de la reine-mère fondatrice

La naissance des règnes haoussa fut peut-être la conséquence de la migration vers le Sud de populations berbères, chassées de l’Aïr par les Touareg. Selon la légende, la région était gouvernée par la reine Daoura et infestée par le terrible serpent Sarki (animal totémique des Haoussa), qui empêchait aux gens de tirer l’eau des puits. Un homme au teint clair (un blanc ?) tua le serpent et épousa la reine. Il est devenu ainsi l' »ancêtre mythique » et ses descendants sont les fondateurs des sept règnes haoussa bokoi (purs), dont les rois s’appellent Sarki, du nom du serpent sacré. Les sept règnes bokoi sont: Dawra, Kano, Rano, Zaria, Gobir, Katsena, Biram. Selon le légende, ils furent fondés par la mythique reine Daoura et ses six fils. D’autres nobles haoussa fondèrent d’autres règnes « illégitimes » (banza), qui s’étendent vers le sud, vers la savane humide. La légende naquit au siècle X et réfléchit des influences culturelles orientales. On y voit le culte à l’ancêtre serpent changé, avec des nouveaux fétiches, et la substitution de la ligne de descendance masculine à celle matrilinéaire.

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L’eau par delà le bien et le mal

L’Afrique avait de nombreux esprits-serpents de l’eau avant les premiers contacts avec les européens et l’islam. La plupart sont femelles, et ont une nature duale, à la fois bonne et mauvaise. Cela reflète le fait que l’eau est à la fois un moyen important pour assurer les communications, la nourriture, la boisson, le commerce, et les transports, mais en même temps, l’eau peut noyer les gens, inonder les champs et les villages, et être une voie d’attaque pour les envahisseurs. Pour les Fon, Dan désigne le serpent, plus particulièrement le python, un animal sacré qu’on ne doit pas tuer. Dan a assisté à la création et soutient l’univers. Son culte est surtout répandu à Ouidah et dans sa région, où l’on trouve de nombreuses maisons aux serpents.

Femme-serpent guérisseuse des mères stériles

Mami Wata (Mammy Water) est vénérée dans l’ouest, le centre et le sud de l’Afrique, dans les caraïbes, et une partie de l’Amérique du nord et du sud. Les esprits Mami Wata sont généralement femelles. Ce sont aussi des esprits guérisseurs. Les mères stériles font souvent appel à cet esprit pour avoir des enfants. Des images de mères avec enfants décorent souvent sanctuaires à l’esprit. Le dieu arc-en-ciel des Ashanti était également connu pour avoir la forme d’un serpent. Ses messagers étaient une petite variété de boas, mais seule cette espèce était sacrée. Dans de nombreuses régions d’Afrique, le serpent est considéré comme l’incarnation des défunts.

Matriarcat Ashanti (Ghana et Côte d’Ivoire) : des royautés dirigées par l’oncle maternel et la reine-mère

La déesse-mère de l’océan nourricier et destructeur

Mami Wata (aussi appelée Yemendja dans la tradition du vaudou brésilien) est la (déesse) mère des eaux, déesse crainte des pêcheurs, elle symbolise aussi bien la mer nourricière que l’océan destructeur. Mami Wata est avant tout une divinité éwé, dont le culte est très présent sur la côte atlantique du Togo (mais aussi au Nigéria, au Cameroun, au Congo-Brazzaville) où elle symbolise la puissance suprême, l’entité qu’on invoque pour réparer, obtenir, assouvir, restaurer la vie quand elle s’en va de travers. Mami Wata est souvent représentée en peinture où elle figure sous les traits d’une sirène ou d’une belle jeune femme brandissant des serpents.

La mère-sirène dont les enfants sont comme les poissons

IemanjaIemanjá (au Brésil), ou YemayaYemanja, est une divinité aquatique d’origine africaine. Plus précisément, elle est issue des traditions religieuses des Yorubas, où elle est également la protectrice des femmes (des femmes enceintes en particulier), et la mère de toute chose vivante. Dans la mythologie yoruba, Yemoja est une déesse mère ; elle est la divinité protectrice des femmes, et tout particulièrement des femmes enceintes. Yemaya a toujours existé et que toute vie est née d’elle. Son nom est la contraction des mots yoruba « Yeye emo eja », qui signifient « La mère dont les enfants sont comme les poissons », évoquant ainsi l’immensité de sa fécondité et de sa maternité, ainsi que son règne sur toute chose vivante. Dans le panthéon afro-brésilien, Iemanja est reconnue comme la mère des Orixás (divinités de la nature). Elle est la reine du monde aquatique, parfois représentée comme une sirène, ou plus souvent comme une créature fabuleuse émergeant des flots.

Matriarcat Yoruba-Nago (Niger, Nigéria, Bénin, Ghana, Togo) : la fête de la déesse-mère du Gèlèdé

La femme-serpent du sexe et de la luxure

Mami Wata est associée au sexe et à la luxure. Selon la tradition nigérienne revisitée par l’islam, ses adeptes mâles rencontrent cet esprit sous la forme d’une belle femme aux terribles hardeurs sexuelles. Dans les mythes populaires nigériens, Mami Wata choisi et séduit un mâle devôt, et lui propose des relations sexuelles. Elle exige ensuite de lui sa fidélité et le secret total sur leur relation. S’il accepte, il gagnera santé et fortune. S’il refuse, elle lui jettera un maléfice qui ruinera sa famille, ses finances et son travail.

La couleuvre arc-en-ciel du bonheur et de la prospérité

Ayida Wedo ou Ayida-Weddo ou Aida Wedo est un lwa du vaudou haïtien. Elle est l’amante de Damballa, et représente la richesse, la chance, le bonheur. Comme son époux, elle vit près des rivières, et a une préférence pour les arbres de toutes sortes, le coton et la soie. Comme lui, elle imite les mouvements de la couleuvre. Son symbole est d’ailleurs la couleuvre arc-en-ciel. Elle correspond dans la religion catholique à Notre-Dame de l’immaculée conception.

Le serpent vaudou des connaissances occultes

Damballa ou Damballah Wedo, est l’esprit vaudou de la connaissance symbolisé par la couleuvre ou le boa. Il est l’amant d’Ayida Wedo, la maîtresse du ciel. Il apporte et communique les connaissances occultes et le savoir; il est un grand esprit de fertilité et de sagesse qui aidera également à éviter les mauvais pas et à prendre les bonnes directions. Il représente le principe du bien, et vit près des rivières et des sources. Sa couleur est le blanc, et il demande des offrandes de cette couleur (œufs, farine). Les fidèles possédés par Damballa se mettent à siffler et à ramper comme des serpents. Il est associé au saint Patrick chrétien qui chassa les serpents d’Irlande. Il forme l’arche du paradis, et quand il voyage sur la Terre, de profondes vallées se forment sur son passage. Considéré comme un serpent très puissant, ses mouvements expliqueraient les tremblements de terre et les tsunami.

Prêtre vaudou possédé par l’esprit du serpent

Le pilier-serpent vaudou de la mère courage

Potomitan est une expression antillaise. Il désigne le poteau central, souvent orné d’un serpent, dans le temple vaudou, l’oufo. L’expression peut aussi servir à désigner le « soutien familial », généralement la mère. Ce terme se rapporte à celui qui est au centre du foyer, l’individu autour duquel tout s’organise et s’appuie. Dans la société antillaise le potomitan est la femme, la mère « courage » de famille qui supporte tel un pilier les fondements de son univers. Aux Antilles la partition espace privé/espace public correspond au couple femme/homme. La femme est donc le potomitan de la famille et du foyer dans l’espace privé domestique valorisé positivement par opposition à l’espace public déconsidéré et masculin, « mâle ».

Matriarcat antillais : la famille matrifocale, sans père ni mari, mais aussi sans oncles, où les mères et grand-mères sont cheffes de famille

Matriarcat Haoussa (Niger) : serpent-totem d’une civilisation matrilinéaire pré-islamique

Selon la légende, la région était gouvernée par la reine Daoura et infestée par le terrible serpent Sarki (animal totémique des Haoussa), qui empêchait aux gens de tirer l’eau des puits. Un homme au teint clair tua le serpent et épousa la reine. Il est devenu ainsi l' »ancêtre mythique » et ses descendants sont les fondateurs des sept règnes haoussa bokoi (purs), dont les rois s’appellent Sarki, du nom du serpent sacré. Les sept règnes bokoi sont: Dawra, Kano, Rano, Zaria, Gobir, Katsena, Biram. Selon le légende, ils furent fondés par la mythique reine Daoura et ses six fils. D’autres nobles haoussa fondèrent d’autres règnes « illégitimes » (banza), qui s’étendent vers le sud, vers la savane humide. La légende naquit au siècle X et réfléchit des influences culturelles orientales. On y voit le culte à l’ancêtre serpent changé, avec des nouveaux fétiches, et la substitution de la ligne de descendance masculine à celle matrilinéaire. Le mythe fondateur européen de la fée-serpent Mélusine est identique : Mélusine et Présine, ou le tabou de la maternité et du sang féminin
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