Matriarcat nabatéen : une civilisation arabo-romaine dédiée aux 3 déesses pré-islamiques

Une civilisation de bâtisseurs

L’archéologie et les récits antiques semblent attester la présence de peuples matriarcaux en Arabie ancienne. Ainsi en est-il des nabatéens, de l’arabe nabat, signifiant  »né d’un adultère » selon Bachofen. Ce peuple arabe, d’écriture araméenne, et d’architecture gréco-romaine nous a laissé d’incroyables et immenses sites archéologiques tels Pétra (Ier siècle av. J.‑C.) et Hégra. Ils vivaient dans les zones actuelles de la Jordanie, de l’Arabie, et du désert du Néguev. Pétra a été une étape importante sur les routes des épices et a été une ville très prospère. Les  tombeaux et des temples ont été sculptés à même la roche, et la seule façon d’entrer dans la ville est de passer à travers un tunnel, ou plutôt une gorge étroite, de près d’un mile de long, qui s’ouvre soudainement sur la ville (Pétra a été utilisé comme décor de tournage dans le film « Indiana Jones et la Dernière Croisade« ).

La mère des dieux

Leur temples sont dédiés aux déesses Allat (la déesse, féminin d’Allah), Uzza (la puissante) et Manat (la vieillesse, le destin, la mort), ainsi qu’à leur fils Dushara (Dusares), mais ne semblent pas comporter de culte du père. Chez les Nabatéens de Pétra, Allat fut considérée comme la mère de tous les dieux.

La protectrice des animaux

Al-Uzza est un membre du zodiaque nabatéen, et était appelée la Maîtresse du ciel. Elle semble être la première déesse vénérée dans leur capitale, la célèbre Pétra. Al-Uzza est aussi la déesse qui protège les navires. Bien que l’Arabie soit une terre de déserts et de nomades, les nabatéens commerçaient aussi par les océans. Sous cet aspect, elle est symbolisée par le dauphin, dont l’habitude est de nager aux côtés des navires, et est ainsi leur gardien et protecteur. Les félins sont aussi sacrés pour elle, et le temple des lions ailés à Pétra pourrait bien être le sien.

Des moeurs incomprises des grecs

D’autre part, le témoignage de l’explorateur grec Strabon (1er s. av-JC.) semble confirmer des mœurs sexuelles matriarcales, incompréhensibles et donc mal interprétées, pour les grecs patriarcaux de cette époque. Les mœurs des Nabatéens (Strabon XVI 25) :

« Ils n’ont aussi qu’une femme pour eux tous, celui qui, prévenant les autres, entre le premier chez elle, use d’elle après avoir pris la précaution de placer son bâton en travers de la porte (l’usage veut que chaque homme porte toujours un bâton). Jamais, en revanche, elle ne passe la nuit qu’avec, le plus âgé, avec le chef de la famille. Une semblable promiscuité les fait tous frères les uns des autres. Ajoutons qu’ils ont commerce avec leurs propres mères. En revanche l’adultère, c’est-à-dire le commerce avec un amant qui n’est pas de la famille, est impitoyablement puni de mort. La fille de l’un des rois du pays, merveilleusement belle, avait quinze frères, tous éperdument amoureux d’elle, et qui, pour cette raison, se succédaient auprès d’elle sans relâche. Fatiguée de leurs assiduités, elle, s’avisa, dit-on, du stratagème que voici: elle se procura des bâtons exactement semblables à ceux de ses frères, et, quand l’un, d’eux sortait d’auprès d’elle, elle se hâtait de placer contre la porte le bâton pareil à celui du frère qui venait de la quitter, puis, peu de temps après, le remplaçait par un autre, et ainsi de suite, en ayant toujours bien soin de ne pas y mettre le bâton pareil à celui du frère dont elle prévoyait la visite. Or, un jour que tous les frères étaient réunis sur la place publique, l’un d’eux s’approcha de sa porte et à la vue du bâton comprit que quelqu’un était avec elle; mais, comme il avait laissé tous ses frères ensemble sur la place, il crut à un flagrant délit d’adultère, courut chercher leur père et l’amena avec lui. Force lui fut de reconnaitre en sa présence qu’il avait calomnié sa sœur. »

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