Falsification de l’anthropologie par Lévi-Strauss, black-out sur le matriarcat : réponse à ses disciples

Lire Evelyn Reed – Le défi du matriarcat, contre la décadence de l’anthropologie patriarcale

C’est Lévi-Strauss (1967) qui a pensé la théorie la plus complète et la plus radicale dans l’optique anti-matriarcale. Les disciples de l’anthropologue Claude Lévi Strauss défendent la Théorie de l’Échange (ou Théorie de l’Alliance), qui stipule que le mariage, la paternité, la soumission et la marchandisation des femmes ont toujours existé, c’est à dire que le patriarcat existerait de toute éternité… La théorie de l’échange est par principe anti-matriarcat : comment une société pourrait-elle être matriarcale puisque les fondements même de l’instauration de la société/culture est l’échange des femmes par des hommes, c’est-à-dire leur négation en tant que sujets sociaux ?

==> Matriarcat préhistorique : la première société humaine est la famille élargie matriarcale

Les faussaires-anthropologues

Françoise Héritier pour la théorie du Genre

Le Collège de France est un grand établissement parisien d’enseignement et de recherche. Être nommé professeur au Collège de France est considéré comme une des plus hautes distinctions dans l’enseignement supérieur français.

  • Alain Testart est un anthropologue social, il est membre du Laboratoire d’Anthropologie Sociale au Collège de France et directeur de recherche au CNRS. Il a écrit « La déesse et le grain » et « La femme chez les chasseurs-cueilleurs » qui démontrerait que le matriarcat n’a jamais existé.
  • Françoise Héritier est une anthropologue et ethnologue française. Elle a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France, inaugurant la chaire d’« étude comparée des sociétés africaines ». Lévi-Strauss voyait en elle son successeur. Selon elle, la domination patriarcale existe depuis toujours, mais depuis au moins Neandertal, c’est-à-dire il y a plus de 750 000 ans.
  • Emmanuel Todd est démographe et historien de la famille. Ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), il développe l’idée que les systèmes familiaux jouent un rôle déterminant dans l’histoire et la constitution des idéologies religieuses et politiques. Selon lui, la famille nucléaire conjugale (couple, mariage et paternité) est le système familial originel, qui établit l’égalité entre hommes et femmes.

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Critique de « La déesse et le grain » &« La femme chez les chasseurs-cueilleurs » d’Alain Testart

La soumission des femmes est-elle universelle ?

« Dans toutes les sociétés connues en ethnographie ou en histoire – en dehors de l’Occident et de son influence –, c’est-à-dire dans toutes celles pour lesquelles nous disposons de documents suffisant pour juger de la condition sociale de la femme, cette condition est inférieure à celle de l’homme… Mais, jamais, le pouvoir des femmes n’est supérieur à celui des hommes. »

Selon Françoise Héritier, cette éternelle domination des hommes sur les femmes a aboutit à des restrictions alimentaires, qui seraient responsables de leur moindre taille et musculature :

« L’alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d’avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes – je pense à l’Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits « bons », la viande, le gras, etc. étant réservés prioritairement aux hommes. (..) Cette « pression de sélection » qui dure vraisemblablement depuis l’apparition de Néandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à des écarts de taille et de corpulence entre hommes et femmes. » – dans Libération, le 10 avril 2007, supplément Femmes et pouvoir, page 56.

Le vrai pouvoir, c’est la propriété – dixit Karl Marx

Le vrai pouvoir n’est pas institutionnel (ex : le droit de vote). Le pouvoir réel se trouve dans la propriété (qui possède ?), et dans l’économie (qui donne et reçoit les richesses ?). Dans les sociétés matriarcales, les chefs – qui ne sont que des délégués représentatifs – ont beau être en général des hommes, la propriété et l’économie sont aux mains des femmes.

La propriété aux mains des mères

Article 44 de la constitution Iroquoise :  »La descendance se fait par le lien maternel. Les femmes sont la source de la Nation, elles possèdent le pays et sa terre. Les hommes et les femmes sont d’un rang inférieur à celui des mères. »

Chez les amérindiens iroquois, les femmes possèdent les enfants, les maisons, les terres, gèrent l’agriculture, élisent et révoquent les chefs, et ont un droit de véto sur toutes leurs décisions. On retrouve à peu près la même chose chez les Moso du Yunnan contemporains, le dernier peuple sans père ni mari. Chez les Khasi de Meghalaya en Inde, les hommes se plaindraient d’avoir un statut social inférieur à celui des femmes. Ils resteraient au foyer pour s’occuper des enfants pendant que les mères gèrent le commerce.

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Les chasseur-cueilleurs sont tous patriarcaux ?

Selon Alain Testart, toutes les sociétés de chasseurs-cueilleurs sont patriarcales, et particulièrement violentes à l’égard des femmes. S’il est vrai que la plupart des peuples matriarcaux maîtrisent l’agriculture et l’élevage, on retrouve aussi un tel équilibre égalitaire entre les sexes parmi certains peuples de chasseurs-cueilleurs. Du point de vue de la situation des femmes, les bochimans kung du Kalahari, les pygmées mbuti d’Afrique centrale ou les indigènes des îles Andaman sont autant de cas où il semble difficile d’identifier une domination masculine. Il n’existe aucune corrélation entre les systèmes de parenté et les modes de subsistance.

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Les femmes à l’origine de l’agriculture ?

Démeter transmettant l'agriculture aux hommes, sous les yeux de Perséphone, Musée national archéologique d'Athènes.Testart affirme dans son livre « La déesse et le grain » que la femme n’est pas à l’origine de l’agriculture :

« Pourquoi alors cet intérêt excessif porté aux statuettes d’âge néolithique ? En raison de leur nombre ? Sans doute, mais aussi en raison d’une assez vieille idée comme quoi les femmes auraient inventé l’agriculture et, ce faisant, auraient aussi donné naissance à une nouvelle société, plus douce que celles des chasseurs. Société aimable que dirigent les femmes, avec corrélativement un panthéon surplombé par la figure d’une grande Déesse-Mère, symbole de la primauté donnée à l’agriculture et de la prépondérance des femmes tout à la fois. »

Cependant dans son article sur les chasseurs-cueilleurs, il se contredit et démontre le contraire :

« Il en résulte une loi très générale comme quoi l’homme tend à s’occuper de la chasse et des animaux, tandis que la femme tend à s’occuper de la cueillette et des végétaux… Les expéditions de cueillette conduisent les femmes à effectuer des déplacements très longs que certains anthropologues ont pu mesurer pour montrer qu’ils étaient beaucoup plus importants que ceux qu’effectuaient les hommes au cours de leurs parties de chasse. Les femmes sont donc en général extrêmement mobiles bien qu’elles emmènent avec elles les enfants en bas âge. »

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Pas de femmes guerrières, reines et prêtresses ?

« Étant séparées des armes, les femmes sont exclues de la guerre, du recours à la violence. Tout pouvoir politique étant en dernière analyse fondée sur la possibilité d’un recours à la violence armée, les femmes étant séparées des armes, elles le sont également du pouvoir politique. Les femmes sont soit totalement exclues de la chose politique (conseil, prises de décision, exécution) ou ne l’exercent que de façon subrogatoire (à défaut d’héritier mâle ou en remplacement des hommes) et n’ont tout au plus qu’un pouvoir d’influence sur les décisions. La seconde exclusion, très évidente dans le cas des religions à sacrifice, est celle des fonctions sacerdotales. »

Exclusivement chez les chasseur-cueilleurs ? Ou dans toutes les sociétés ? Dans les sociétés matrilinéaires, les femmes portent souvent les armes, et participent activement à la politique, et sont souvent reines et prêtresses : proto celtes et germains, iroquois, berbères, touareg, Afrique de l’Ouest, amazones des kourganes… Ce sont bien souvent les femmes qui élisent les chefs, et opposent un droit de véto sur leurs décisions.

De manière générale, la femme détient le pouvoir mais ne l’exerce pas, et l’homme exerce le pouvoir mais ne le détient pas.

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La religion de la Déesse-Mère n’a jamais existé ?

« Qu’est-ce qui nous fait croire que les femmes auraient été mieux loties au Néolithique qu’ensuite ? Qu’est-ce qui nous fait croire que les religions néolithiques auraient été vouées au culte des Déesses-Mères ? Uniquement les statuettes de femmes dénudées, et rien d’autre. C’est le seul et unique argument en faveur de la « Grande Déesse ». Aucun autre type de données archéologiques ne milite en faveur de cette hypothèse. »

Gemu, la déesse-mère des Moso, le dernier peuple sans père ni mariage

Dans son livre « La déesse et le grain », Testart affirme que les statuettes féminines préhistoriques ne sont pas une preuve d’une religion de la Déesse-Mère. L’ethnologie contemporaine prouve le contraire. Les Moso du Yunnan en Chine, la dernière société sans père ni mari, vénèrent des divinités totémiques essentiellement féminines, dont d’innombrables déesses-mères. La montagne-mère Gemu, le lac-mère Shinami sont les divinités suprêmes.

La montagne Gemu, déesse-mère des Moso, dernier peuple sans père ni mari. A son sommet se trouve une caverne sacrée, le ventre de la déesse, dans laquelle se trouve une source sacrée, son liquide amniotique.

Lire Matriarcat Moso (Chine) : sans père ni mari, le paradis de la déesse-mère Gemu

Mariage et paternité ont-ils toujours existé ?

« En dehors du monde occidental caractérisé depuis l’Antiquité par l’existence de la dot, partout les hommes payent pour obtenir une épouse. Et ils payent le père de l’épouse. »

Toutes les cultures du monde portent le témoignage d’une ère sans père ni mari (ex : dans les mythologies gréco-romaine et chinoise), où le mariage et la reconnaissance de paternité n’existaient pas encore. Le dernier de ces peuples sont les Moso du Yunnan (Chine). C’est ce que l’on appelle le matriarcat. Il fut forcément une époque où le lien entre la sexualité et la maternité n’était pas encore connu.

Les juristes romains le confirment : seule la maternité est naturelle (enfant naturel), la paternité est culturelle et relève du Code Civil à travers l’institution du mariage (L’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari. — Article 312 du Code civil français sur la présomption de paternité).

Plutarque nous apprend que les Crétois se servaient du mot matrie au lieu de celui de patrie. Ulpien, le jurisconsulte du IIIº siècle, donne encore au mot matrix le sens de métropole qui lui-même préserve le souvenir du temps où l’homme ne connaissait que la famille, le clan et le pays de la mère.

Le mythe du patriarcat ?

« On peut appeler «  patriarcales » des sociétés où le pouvoir de l’homme sur la femme est extrême, comme par exemple dans la Rome Antique où le père à pouvoir de vie et de mort sur ses enfants même adultes et à de plus le pouvoir de transférer le pouvoir qu’il a sur sa fille à un mari, par rapport auquel elle sera comme sa fille. »

Le Patriarcat n’a jamais signifié « pouvoir de l’homme sur la femme », mais « Ordre des pères ». Pater signifie Père, et non homme. Le pouvoir des hommes, c’est l’androcratie. Le patriarcat est donc une société fondée sur la reconnaissance de paternité, la filiation paternelle, le droit des pères, et les moyens mis en œuvre pour les garantir : répression de l’hétéro-sexualité hors mariage, exclusion des mères célibataires et des enfants sans père, esclavage des femmes…

Le mythe du matriarcat ?

« On a formé au XIXe siècle, en grande partie sous l’influence d’un mouvement féministe très fort au moins dans le monde anglo-saxon et suite à la découverte de la matrilinéarité, la notion de matriarcat : l’idée d’une société où ce serait les femmes qui auraient le pouvoir sur les hommes. »

C’est faux. Matriarcat ne signifie pas « pouvoir des femmes sur les hommes », qui se traduirait par « gynarchie », mais « Ordre des mères » (mater). Les sociétés matriarcales sont donc matrilinéaires, matrilocales, et avunculaires. C’est l’oncle maternel qui joue le rôle du référent masculin auprès de l’enfant. Les femmes y ont beaucoup de libertés et de pouvoirs.

Ainsi, matriarcat et patriarcat définissent davantage des structures familiales que le pouvoir d’un sexe sur l’autre, ou la répartition sexuelle des tâches.

Lire Le forestage (celtes, germains, moyen âge) : l’initiation par l’oncle maternel, un vestige de matriarcat

Les sociétés matrilinéaires meilleures pour les femmes ?

« Cette idée se fonde sur un certain nombre de méprises. Beaucoup de peuples sont effectivement matrilinéaires (appartenance à un groupe, à un clan ou à un lignage en fonction de la mère et sans considération du père) : mais matrilinéarité ne signifie nullement matriarcat. »

Pas de père = pas de répression sexuelle

Si le lignage passe par la mère, son statut est forcément plus élevé que lorsque le lignage passe par le père, puisqu’il n’est pas nécessaire de connaître le géniteur pour établir la lignée. Pour garantir l’identité du géniteur, la répression sexuelle à travers le mariage est nécessaire : tout écart est sévèrement puni.

Un père à tout prix

Toutes les lois répressives contre les femmes (code civil Romain, Code Napoléon, charia islamique, Ancien Testament…) n’ont qu’un seul et unique but : contrôler leur sexualité, interdire toute sexualité hors mariage, pour garantir la reconnaissance de paternité et la filiation paternelle, abolir le droit des mères pour garantir le droit des pères. Mères célibataires et enfants illégitimes sont la lie de la société, et sont soit condamnés à la mendicité, la prostitution, ou l’esclavage, soit mis à mort.

Lire Pour restaurer un vrai patriarcat : la répression sexuelle et l’esclavage des femmes !

« La condition des femmes en condition matrilinéaire n’est en général pas meilleure que celle des autres, les fonctions et les pouvoirs du père y étant tenues par l’oncle maternel. »

La condition des femmes est évidemment meilleure puisqu’elles possèdent et transmettent tout : enfants, maisons, terres, commerces, pouvoir d’élire et révoquer les chefs, droit de véto… (ex : les Iroquois, linguères d’Afrique de l’Ouest, Khasi du Meghalaya…).

Lire Ndaté Yalla Mboj, la reine résistante au colonialisme français : le royaume matrilinéaire Wolof du Waalo (Sénégal)

Mariage matrilocal : quand les femmes s’échangent les hommes

« La seule situation qui confère un certain pouvoir, ou tout au moins une grande autonomie, aux femmes est celle de la matrilocalité : le fait que les femmes résident ensemble de mères en filles dans le même lieu où viendra s’installer le mari. Cette communauté et cette proximité de femmes qui sont toutes parentes entre elles font leur force. »

Effectivement, quand le mariage est matrilinéaire et matrilocal, le mari n’est qu’un invité dans la maison de son épouse : il n’y a aucun droits, ni sur les enfants, ni sur les biens familiaux. Il n’a de droits que dans la maison de sa mère. Sa compagne peut le répudier à tout moment pour le moindre prétexte, et changer de mari à volonté. Sa fidélité est rarement importante.

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Les iroquois, une véritable société matriarcale ?

 » L’exemple le plus clair de cette situation est fourni par les Iroquois où toutes les descendantes d’une même aïeule vivaient dans une seule et même « longue maison » (une centaine de mètres de long environ) où elles entreposaient et géraient de façon autonome le grain. La société Iroquoise est exceptionnelle en ceci que le wergeld (somme que doit verser un meurtrier à la famille de la victime) pour la femme était le double de celui de l’homme. Mais la société Iroquoise n’en était pas pour autant matriarcale, la guerre, l’activité principale des Iroquois et l’activité la plus valorisée, étant une affaire d’homme et les chefs étant des hommes même si la représentativité politique était organisée en fonction d’un principe matrilinéaire.  »

  • Article 36 de la constitution Iroquoise : « les femmes sont les héritières des titres des chefs confédérés, aussi bien que de ceux des chefs de guerre »
  • Article 39 :  «  Un chef de guerre qui agit contrairement aux lois de la Grande Paix peut être déposé par les femmes et par les hommes de sa nation, séparément ou conjointement. Après cela les femmes, détentrices des titres, choisiront le candidat. »
  • L’article 53 :  «  Lorsque les femmes royaneh, détentrices du titre de chef, choisissent un de leurs fils comme candidat, elles doivent en choisir un qui inspire une confiance totale, qui est bienveillant et honnête, qui sait s’occuper de ses propres affaires, qui soutient sa famille et qui a obtenu la confiance de sa nation ».
  • Article 95 :  «  Les femmes de chaque clan doivent avoir un Feu du Conseil constamment allumé et prêt à accueillir une assemblée. Si, selon elles, il est nécessaire pour le peuple de tenir un conseil, alors il sera tenu et la décision qui en découlera sera transmise au Conseil de la Confédération par le Chef de Guerre. »

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Les fantasmes d’un matriarcat primordial ?

« Une seconde méprise vient du fait que beaucoup de peuples (dont les Aborigènes australiens, dont les Selk’nam ou Ona de Terre de Feu, dont certains peuples africains) racontent dans leur mythologie qu’autrefois les femmes auraient eu le pouvoir et auraient tenu les hommes sous leur joug. Ces mythes, parfaitement attestés et fort répandus, ont donné lieu à d’innombrables commentaires : on a cru qu’ils traduisaient une réalité historique. »

La réalité de ces mythes est parfaitement attestée par l’ethnologie et l’anthropologie (voir ci-dessus l’exemple des Iroquois).

Quand les femmes détenaient seules le Secret de la Vie ?

« Aussi ces mythes qui nous parlent d’un temps où les femmes auraient été les seules à connaître les secrets des objets sacrés ne nous entretiennent-ils en rien d’un temps passé : ils ne font que justifier la domination actuelle des hommes, liée dans maintes sociétés au fait qu’ils soient les seuls à connaître et à manipuler ces objets sacrés. »

Ces objets sacrés, ce savoir sacré, c’est le secret de la procréation. Le patriarcat n’est rien d’autre que lorsque les hommes dérobent aux femmes le pouvoir de donner la vie, lorsque les hommes veulent devenir mères à la place des femmes, et enfanter sans leur aide.

«Pourquoi Zeus nous oblige à passer par les femmes pour avoir des fils?» – Eschyle.

Lire Mythologie grecque : putsch des dieux-pères olympiens sur l’ancien ordre des déesses-mères

« Ce n’est pas la mère qui engendre ce qu’on appelle son enfant, argumente-t-il ; elle n’est que la nourrice du germe versé dans son sein ; celui qui engendre, c’est le père. La femme, comme un dépositaire étranger reçoit d’autrui le germe ; et quand il plaît aux dieux, elle le conserve. La preuve de ce que j’avance, c’est qu’on peut devenir père sans qu’il y ait besoin d’une mère ; témoin cette déesse, la fille de Zeus, du roi de l’Olympe. Elle n’a point été nourrie dans les ténèbres du sein maternel et quelle déesse eût produit un pareil rejeton ? » – Oreste le matricide, sur Athéna, fille sans mère de Zeus, zélatrice du patriarcat.

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Le Saint Graal, utérus divin source de vie

La remarquable civilisation de Karakoum est matriarcale, et date du IIIe millénaire av. J.-C. Les fouilles attestent que les femmes sont les maîtresses du commerce. Le mythe décodé d’Etana expose l’avènement du premier roi du monde, et du patriarcat.

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Un matriarcat en Australie ?

« … Par exemple, toute la mythologie de la Terre d’Arnhem (nord de l’Australie) est organisée en fonction de deux sœurs qui sont décrites comme les « Mères primordiales », créatrices de toutes choses, qui engendrèrent toutes les espèces animales ainsi que l’ensemble de l’humanité. Ceci semble donner un relief particulier aux femmes, surtout en comparaison avec les mythologies du centre du continent où tous les héros mythiques sont masculins. On connaît des représentations peintes de ces deux sœurs primordiales, on décrit sur certains rochers les traces laissées par leurs longs clitoris qui pendaient jusqu’à terre et on sait qu’avaient lieu de très importantes cérémonies religieuses pour commémorer leurs exploits et leurs différentes aventures dont elles ont été les héroïnes. On pourrait croire à une certaine prépondérance des femmes ou même, comme certains, à l’existence d’une religion centrée sur des déesses dans cette région tandis qu’elle le serait sur des dieux dans les autres. Il n’en est rien. La condition de la femme en Terre d’Arnhem ne diffère pas significativement de ce qu’elle est ailleurs en Australie: on a les mêmes coutumes matrimoniales, les mêmes règles qui font par exemple qu’une femme (c’est-à-dire une personne non initiée, et une femme ne l’est jamais) doit être mise à mort si elle a vu des objets sacrés, etc…

Le cycle mythique relatif aux deux sœurs primordiales de la Terre Arnhem raconte d’ailleurs comment à un moment elles durent abandonner les objets sacrés aux hommes qui s’empresseront quelque temps après de raccourcir leur clitoris (excision ? – ndlr) pour les ramener à leur longueur actuelle. »

Le patriarcat est très récent en Australie et les régions avoisinantes, beaucoup de peuples alentours sont en transition du matriarcat vers le patriarcat :

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L’image valorisée de la femme, un signe de matriarcat ?

« Ce n’est pas parce qu’une culture représente sur des rochers, des peintures ou dans sa mythologie une image grandiose de la femme que l’on peut en conclure qu’elle lui a ménagé une place aussi favorable dans la société. Sinon, on pourrait conclure de certaines images de notre actuelle publicité que notre société est matriarcale. »

L’épouse cachée et la putain dénudée

Les sociétés patriarcales ont deux attitudes face à la nudité des femmes :

  • Soit elle est totalement cachée, car source de tentation vers la sexualité hors mariage, source d’enfants sans père. Ce sont les épouses mères de famille que l’on cache.
  • Soit c’est la nudité de la prostituée qui est mise en valeur, au détriment de l’image de la mère-épouse, totalement dévalorisée et voilée. On cachait par exemple leurs formes par des bandages serrés, à l’origine des soutient-gorges.

Ainsi, les grecs idolâtraient les prostituées de luxe, les hétaïres, au détriment de la mère de famille, esclave et mère-porteuse pour les enfants légitimes de son mari, qui restait ainsi cachée dans son gynécée, et qui ne pouvait en sortir que voilée, et accompagnée d’un tuteur.

Années 60 : la libération sexuelle des femmes

Certaines images valorisantes de la femme dans l’imagerie publicitaire contemporaine sont le témoin de la libération des mœurs (sexualité hors mariage), et donc, de l’émancipation juridique des femmes (égalité des droits avec les hommes). Brigitte Bardot n’est qu’un produit récent de l’émancipation féminine (années 60). Quand aux représentations plus anciennes, ce sont des prostituées (pornê, hétaïres…), ou le souvenir du règne matriarcal pré-olympien (mythologie gréco-romaine).

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Gratuit ou payant : le statut réel du sexe

Ce n’est donc pas la nudité (le sexe) qui est un signe d’émancipation féminine, mais sa gratuité. Dans le patriarcat, le sexe est toujours payant : mariage ou prostitution. Et c’est donc la prostituée, épouse publique, qui est représentée nue. Mais la nudité de femmes libres et puissantes, mettant en valeur la maternité au détriment de la paternité, est évidemment un signe de matriarcat.

L’Afrique et l’Océanie non-matriarcales ?

« Ouvrez seulement un livre sur les arts d’Afrique noire ou d’Océanie, vous ferez le même constat. Rien n’est plus courant, rien n’est plus banal que ces statuettes généralement de bois qui représentent des femmes aux poitrines bien marquées, fortement sexualisées, l’appareil génital étant le plus souvent aussi peu dissimulé. »

Et bien justement, l’Afrique et l’Océanie sont marquées par de fortes survivances du matriarcat.

« Mais aucun ethnologue, aucun historien de l’art n’en a jamais conclu de cette prépondérance de représentations féminines à la prédominance des femmes dans la société. Parce que tout un chacun sait bien que la situation des femmes africaines ou océaniennes, pour être différente de celle des femmes dans la culture grecque, romaine ou chrétienne, n’y est en aucune façon meilleure. »

Et bien c’est qu’ils n’y connaissent rien, ou qu’ils mentent éhontément. Le matriarcat en Océanie et en Afrique est évidemment resté très vivace :

  • Prédominance du lignage maternel
  • Bien souvent, les femmes possèdent : les enfants, les maisons, les terres, les commerces…
  • Femmes guerrières, cheffes, et reines très abondantes.
  • Bien souvent, les rois règnent avec leur mère et leur sœur (linguères), et les chefs sont élus par des conseils de mères.

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La polyandrie, un mythe ?

« La puissance d’un homme se juge au nombre de gens qu’il réussit à garder sous sa houlette, et d’abord au nombre de ses enfants, lequel dépend évidemment du nombre de ses épouses et de leur fécondité. »

La polyandrie (une épouse possède plusieurs époux) est très fréquente dans les sociétés matrilinéaires :

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