Florilège d’idées reçues concernant le Matriarcat

Voici une liste des principales idées reçues, jugement hâtifs et péremptoires concernant le très controversé terme de « matriarcat », auxquels nous avons été confronté au cours de discussion et divers débats.

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1/ Le Matriarcat concerne le pouvoir des femmes et donc : la soumission des hommes

Cette définition, bien que populaire, mérite introspection et modération. Le mot « Matriarcat »n’a jamais fait l’unanimité du point de vue de ses auteurs et a été utilisé au cours de l’histoire pour désigner plusieurs systèmes différents. Cette dissension sémantique est à l’origine de nombreuses confusions et nous permet de comprendre pourquoi certains chercheurs aient pu voir des Matriarcats un peu partout alors que d’autre n’en ont aperçu nulle part.

Le terme historique désignant l’hégémonie féminine est la gynécogratie (du grec «gyne» : femme, et «Kratos» : pouvoir). Les premiers chercheurs affirmant l’existence d’un passé fantasmé ou les femmes dirigeaient les hommes se référaient à ce terme (Lafitau, Bachofen). L’archéologie et l’anthropologie n’ayant apportés aucun élément sérieux permettant d’accréditer ces théories, elles sont rapidement tombées en désuétude.

Le terme « matriarcat » fut créé au 19ème siècle pour qualifier des sociétés réelles, matricentrées et accordant aux femmes un statut élevé (bien supérieur à leur homologues occidentales d’époque) mais non dominant pour autant. A l’origine, la définition du Matriarcat est d’ordre familial et non politique. Paul Lafargue l’utilisait en 1886 pour le peuple Nayar (Etat du Kérala, Inde), E.B Tylor en 1896 pour les Minangkabaus (île de Sumatra, Indonésie). On retrouve des définitions similaires chez plusieurs auteurs de renom tels que Bronislaw Malinowski, Radcliffe-Brown ou Heide Gotner Abendroth. Les Matriciens se réfèrent à ce paradigme :

La famille matriarcale est une famille élargie, une fratriarchie : l’ensemble des frères et sœurs utérins de plusieurs générations vivent ensemble sur sous un même foyer (le matri-clan) et la propriété se transmet de manière collective. Les hommes et femmes qui se marient doivent appartenir à 2 clans différents, ils ne fondent pas une nouvelle famille mais restent affiliés à leur famille respective, qui leur fournit à vie : sécurité, foyer et héritage. Conformément au principe de matrilinéarité, les enfants sont liés au clan de la mère et la paternité relève de l’oncle maternel. L’homme ne s’y épanoui donc pas en tant que père, mais en tant qu’oncle. Il participe aux réunions décisionnelles de la maison de son clan, dans laquelle il jouit d’une autorité,d’une autonomie et d’une reconnaissance de par ses activités et sa contribution significative.

2/ Le matriarcat fournit un cadre inapproprié à l’éducation des enfants, qui grandissent sans père

Les matriarcats se structurent en familles élargies comptant de 12 (Mosuo de Chine) à plus de 700 personnes (Haida du Canada). L’enfant, situé au centre d’un matri-clan d’au moins 3 générations, possède ainsi de multiples référents masculins et féminins. Il n’est pas nécessaire de développer plus amplement les avantages d’un tel schéma d’organisation sur le plan éducatif, en termes de cohésion, de solidarité et de prévention d’isolement.

Concernant la paternité, l’homme matriarche est lié aux enfants de ses sœurs, qui font partis de son clan et qu’il considère comme sien. Son attention, son autorité et son héritage sera porté en faveur de ces derniers (on nomme ce principe « avunculat »). Il n’est pas concerné par les enfants de sa/ses compagnes, dont la paternité relève des hommes de leur propre clan.

Aucun peuple ne s’est construit sur la négation de l’importance d’une figure masculine au sein de l’éducation et de l’épanouissement de ses enfants. D’un point de vue littéral, partout dans le monde, les enfants ont des pères, on parlera cependant ici de paternité « sociale » et non « biologique ». Ce système comporte 2 avantages notables :

  • Il n’existe pas d’enfants illégitimes et la notion de « bâtard » est désuète, puisque quel que soit leur géniteur, les enfants auront toujours leur mère, leur tantes/oncles maternels, et grands oncles/tantes utérines pour les élever et leur transmettre l’héritage familial. Ils partent donc tous sur un pied d’égalité.
  • De même, la séparation, le divorce ne posent aucunement problème. Ils ne sont dommageables qu’en cas de conjugalité, puisqu’ils impliquent une fissuration de l’unité familiale. En matriarcat, divorcer se réduit à rompre le lien entre 2 membres de 2 familles distinctes qui resteront elles intactes. Les enfants étant situés non pas au milieu du couple mais à l’abri dans le clan maternel, leur cadre social ne sera nullement altéré. En déconnectant les affaires amoureuses des affaires familiales, l’instabilité des premières n’affecte pas les secondes.

3/ Le matriarcat dévirilise les hommes

En société matriarcale, la sécurité d’une mère ne dépend pas de son conjoint, mais est assurée dès sa naissance par les hommes et femmes de son clan familial. Ses enfants perpétueront le lignage, et ce, quel que soit leur géniteur. Une telle organisation sociale autorise donc une grande liberté sur le plan sexuel.

De plus, ces sociétés ne se construisent pas sur une inhibition des identités biologiques. Les Matriarcats sont sexistes dans le sens où il y règne une division sexuelle des taches. Hommes et femmes n’y ont pas les mêmes rôles et s’épanouissent dans des zones d’activité complémentaires (d’une manière générale, les femmes s’occupent des affaires intérieures, de l’économie domestique, les hommes des affaires extérieures, guerrières et politiques).

L’homme matriarche est donc à la fois libéré sexuellement, responsable des enfants de son clan, et garant de la protection des membres de sa famille (mère, sœurs, neveux, nièces).

4/ Le matriarcat fournit un cadre propice à la débauche sexuelle

Le degré de permissivité sexuel varie grandement d’une société matriarcale à une autre. Certaines se fondent sur l’amour libre, alors que d’autres privilégient des unions monogames avec contrat de fidélité. Cependant, ces unions sont envisagées d’un point de vue temporaire et peuvent êtres dissoutes facilement. On parle alors de « mariage apparié ». L’exclusivité sexuelle à vie est une possibilité, mais relève d’un désir personnel et en aucun cas d’une institution.

De plus, les sociétés matriarcales sont liées par un interdit commun : l’inceste. La sexualité envers les membres d’un même clan y est prohibée et sévèrement réprimée, pouvant même aller jusqu’à la peine de mort (Mosuo du Sichuan, Chine).

L’exogamie est la norme et ces modèles prennent bien soins à séparer de manière intransigeante vie de famille et vie amoureuse. La sexualité d’un homme avec des femmes d’autres clans et d’une femme avec des hommes d’autres clans n’interfère en rien avec leur rôle interne de mère et d’oncle.

Liberté et rigueur sont les 2 faces des structures matriarcales.

5/ Le matriarcat se réduit à quelques rares enclaves insignifiantes

Il existe aujourd’hui plusieurs dizaines de peuples et sociétés pouvant soit pleinement prétendre au qualificatif de Matriarcat, soit y ayant conservés certains ingrédients dans leur structures profonde. De multiples exemples vivants peuvent être observés en Asie, en Afrique, en Amérique et en Océanie (Wayuus, Zapotèques, Kunas, Touaregs, Khasis, Mangphus, Trobriandais…). La plus grande communauté matrilinéaire au monde, les Minangkabaus, se situe en Indonésie et compte 8 millions de personnes. De même, le passé témoignage à travers ses écrits, ses historiens, ses explorateurs et ses vestiges, d’une diffusion bien plus prononcée du phénomène, y compris en Europe (Pictes, Etrusques…).

6/ Le matriarcat est l’apanage des peuples primitifs

Cette vision était défendue par certains anthropologues évolutionnistes du 19ème siècle. Le nombre très limité de peuple étudié couplé avec des connaissances historiques fragmentaires ont conduit à théoriser un lien direct entre technologie et structure familiale.

La récolte progressive de matériaux anthropologiques et archéologiques tout au long du 20ème siècle ont conduit à exhiber de plus en plus d’exemples venant contredire cette thèse. Le matriarcat est un système de parenté et les systèmes de parenté transcendent les niveaux de développement. Il n’est donc pas un témoin du développement ou du sous-développement d’un peuple. Quel que soit le « stade d’évolution » auquel on se réfère, on trouvera toujours des exemples de sociétés patri et matrilinéaires.

  • Peuples « primitifs » patrilinéaires : Baruyas, Masaïs. Matrilinéaires : Trobriandais, Timbiras.
  • Civilisation (écriture, structure étatique) patrilinéaire : Empire Romain, Grèce antique. Matrilinéaire : Zapotèques, Minoens.